‹ Persecution et souffrances de l'Église catholique en Russie; ouvrage appuyé de documents inéditsChapitre 17 sur 35 · CHAPITRE IK · texte numérisé non relu

CHAPITRE IK

IGaTOIHE« prières pour les ItORTSi FANAKHIUES DE LÉGLISE GRECQUE (1).

Y a-t-il, OU n'y a-t-il pas véritablement dissidence entre Eglise gréco-russe et TEglise catholique romaine, sur hi docrlne do purgatoire? C'est là une première question à laquelle I serait assez dilUcile de faire une réponse nette et catégori-

iie. S'il en fallait juger par des déclarations publiques et poilîveSf la réponse devrait être affirmative; elle sera négative î ToQ prend en considération la pratique journalière de FElise d'Orient*

Avant d'entrer dans l'examen de ces déclarations et de ces

ralîqaes^ nous allons exposer ^ sur ce point de foi , rcnseijgfiemeutde r£glise catholique^

* On appelle de ce nom des prières solennelles (^ui se cliaotentf plus irâioalreiDciit h Tissue de la messe, pour te repos des âmes. L» formule fit ett pHêrr^ ne deinande pas pour elle^, comme daas TÊglise ealhol«^ le rejtwt éternel^ muis une fnéntoire éUrntiU. Pour célébrer ce» t d'aprÊs le rituel oriental , l'on place, en face de la porte du saDOlualre, un plat chargé de n^ cuit à leâu ou âu bit d'amandes^ adouci tit du miel et çtiafgé de rtiisms de caisse* Un ou plusieurs cierges brtJ- Iftil près de la tabfe oii est placée cette nourriture appelée ktmlia. Après 'nfflc« , t^Ue ajiparlïeot au prêtre, <iuelqiiefofS les parents du défunt en reUenncnt une prirlie qu'Us mangent à rintenlion du mort. f>an* les tiIiget I on «n if oit «ou vent do5 portions déposées sur let tomber.

Le péché est lobstacle essentiel et unique au salut éternel. Il est bien vrai que les souffrances et la croix du Sauveur ont surabondamment pourvu à son expiation et à la réconciliation du genre humain avec le Créateur; mais pour que cette réconciliation devienne applicable, dans toute sa plénitude, à chaque homme, il est des conditions que l'Eglise , organe de toute vérité, nous fait connaître. Car si le seul fait du sacrifice divin effaçait les péchés des hommes, Tinstitution dessaorements, au moyen desquels la vertu de Texpiation divine nons est individuellement appliquée, eût été parfaitement inntile.

Il n'entre pas dans notre objet d'établir ici une discussion relative au principe de la justification; cette thèse appartiendrait plus à une controverse contre les doctrines protestantes*. Ce qu'il importe d'établir, c'est que dès la naissance dn christianisme, les nouveaux baptisés seuls étaient exempts d'œuvres de pénitence, parce que la renaissance de l'âme par leau et par le Saint-Esprit est une œuvre toute de' grâce; et qu'au contraire les pécheurs revenus à résipiscence étaient soumis à des œuvres satisfactoires, plus ou moins sévères , suivant 1^ gravité de leurs péchés. Les jeûnes, les abslioences , les longs et fréquents offices de l'Eglise , dont le temps était, en grande partie , pris sur le repos de la nuit*; les aomônes si recommandées dans les écrits apostoliques, et en gé« néral, la vie si pénitente des premiers chrétiens sont desté^ moignages irréfragables de la doctrine , des préceptes et de ï^ pratique de l'Eglise, sur la nécessité des œuvres satisfàctoi^ res , unies par la foi aux satisfactions du Sauveur, pour effac^'^ entièrement les péchés actuels.

Si, de plus, Ton considère que le péché, par la souillur'*

' On sait tout ce qu'a tenté Luther pour obtenir Tapprobalion du pt^ triarche de Constantinople pour sa théorie de la justification par la fv^ seule. Toutes ces négociations à ce sujet n'eurent d'autre résultat que d^ faire déclarer par le patriarche cette doctrine inouïe et contraire en tou0 aux documents de l'antiquité comme à la tradition de F Église. Celle de^ Russie, malgré ses autres affinités protestantes, n'en juge pas autrement^

* L'Église russe conserve encore un vestige de cette discipline dans le^ jeûne rigoureux et dans l'assistance à tous ses offices de jour et de nuit, pendant une semaine entière, qu'elle exige de tous ceux qui veulent participer à sa table eucharistique.

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qu'il fait contracter à Tàme, déforme eu elle la sublime image de Dieu» à la ressemblance de qui elle a été créée ; qu'une longue habitude du vice, si commune parmi les hommes» imprègne leur cœur d'une certaine complaisance pour le mal , que de longues années^ passées dans Thumiliié du repentir et dans l'exercice de la vertu , parviennent à peine h extirper de nos âmes; si, à cette considération, nous ajoutons Toracle divin: que rien éTxmpur n'entrera au royaume des deux , nous comprendrons parfaitenient la nécessité d'une époque plus ou moins longue, plus ou moins active, tant pour satisfaire à la justice de Dieu, que pour rendre, avec sa grâce, la pureté baptismale à nos âmes.

Or ce temps si nécessaire est-il donné à chacun , et chacun en use-t-il, comme il le faudrait, pour sa sanctification? Deux questions auxquelles nous sommes , par tout ce que nous voyons en nous et autour de nous, dispensés de chercher une réponse.' Me voyons-nous pas les œuvres satisfactoires négligées au point que , loin de nous en imposer de volontaires, nous n'accueillons qu'avec une sorte d'aversion celles que, dans sa sollicitude maternelle, nous impose, en commun avec tous ses enfants, la sainte Eglise ; que sous toutes sortes de prétextes nous cherchons à nous en affranchir , et qu'un grand nombre même affecte de les mépriser , comme des pratiques aussi inutiles que superflues, instituées par des hommes ^ nos semblables, et que nous a léguées la superstition des temps anciens?

Beaucoup cependant sont ramenés, vers la fin de leurs jours, à de meilleurs sentiments, et, se réconciliant avec Dieu et son Église, obtiennent le pardon. Quelques-uns môme, par un Hairacle de la grâce, font pénitence à l'article de la mort, et , par une miséricorde incompréhensible , reçoivent le pardon fl'une vie entière passée dans le mépris^ ou au moins dans l'al^andon de leurs devoirs de chrétiens. Ceux-là meurent bien , dans la foi , dans une sainte espérance et dans le don du Saintïsprit, l'amour de Dieu.

Mais où sont les satisfactions qu'ils devaient à la justice divine, qui nous demande, en langage si «formel, de dignes fruits de pénitence^ A quel degré de pureté auront-ils pu ra-

mener la glorieuse image do Créateur, empreinte en eu&,et si affreusement déformée par la longue habitude du pédié? On voit donc que, sous le double rapport de la satîsfactioi et de la complète purification des âmes, il leur restait beaocoup à faire que la brièveté du temps n'a pu leur permettre d'accomplir.

Ces âmes cependant ont récupéré, dans les derniers sao^ ments, dignement reçus, la vie spirituelle^ la grâce sanctifiante, le don de FEsprit-Saint. Elles ne peuvent donc être rejetées de la face du Seigneur pour être précipitées dansoes ténèbres extérieures, où habitent les pleurs et les grincements de dénis. Débitrices cependant de la justice divine, et portant encore sur elles les honteuses cicatrices des plaies de leurs âmes, comment trouveraient-elles accès au royaume de la lumière , où tout est pureté^ où tout est sainteté ?

C'est à quoi Tinfinie miséricorde de Dieu a daigné porter remède, en accordant à notre faiblesse, à notre misère, ce que Ton pourrait appeler une prolongation du temps, même aa sein de l'immuable éternité. Un troisième lieu , que l'Eglise ^ appelé la porte des enfers, et qui est en même temps l'avenue de la patrie céleste, ouvre son sein à ces âmes , et, au moye^de souffrances dont la nature ni la durée ne nous ont pas ët^ révélées , mais dont la privation de la vision béalifiquede Dieu. est la peine la plus sensible, les purifie^ réforme en eux Ti-^ mage divine, et les rend enfin capables d'entrer dans oe» royaume de Dieu, où rien d'impur ne pénétrera jamais.

Dans cet état de souffrances , ne pouvant rien pour ellesmêmes , parce que le terme de la vie terrestre , hors de laquelle l'homme ne peut ni mériter ni démériter , est franchi sans retour, ces âmes peuvent être soulagées par les prières etpar les actes satisfactoires des vivants offerts pour elles. Cesprières et ces actes peuvent leur être imputés, et la charité de l'Eglise les leur prodigue à toutes , et mille fois chaque jour, dans le très-saint Sacrifice de ses autels.

Telle est , telle a toujours été la doctrine de l'Eglise catholique sur le troisième lieu. De nombreux passages de l'Ecriture';

' La première aux Corinthiens , xy , 29 et 30 , nous montre que cette

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la pratique ancienne et actuelle des Juifs, qui prient et jeûnent aux anniversaires de leurs défunts; le deuxième livre des Macchabées ( chapitre xii ) , pour lequel nous ne réclamerons que la valeur d'un document historique , ^ous ces témoignages prouvent que cette doctrine a toujours été celle de la primitive antiquité religieuse. La parfaite concordance de toutes les liturgies d'Orient et d'Occident , depuis l'ère apostolique jusqu'à nos jours, constate invinciblement que jamais l'Ëglise catholique n'a cessé de professer et d'enseigner l'existence d'un troisième lieu ; doctrine hors de laquelle la prière pour les défunts serait une absurdité religieuse.

Cette évidence cependant n'a pas retenu les auteurs du schisme; comme il leur fallait matière à condamner l'Eglise romaine, la doctrine du purgatoire leur est venue en aide, et l'Eglise gréco-russe n'a point encore , comme nous allons le voir, renoncé à une imputation d'erreur aussi contraire au bon sens qu'à la vérité.

Sur la fin du dernier siècle , et au commencement de celuici, le siège métropolitain de Moscou était occupé par un prélat, du nom de Platon, qui jouissait en Russie d'une haute considération , tant sous le rapport de l'éloquence que sous celui de l'instruction théologique. Consulté sur la foi de l'Eglise de Russie, relativement au troisième lieu, par un ecclésiastique anglais, qui avait entrepris d'écrire une histoire complète de toutes les sectes chrétiennes , ainsi que de la diversité de leurs croyances, le docte prélat répondit en ces termes : Nous rejetons le purgatoire comme une fable indigeste et

Clique pratique de TÉglise judaïque était suivie, de son temps, par les chrétiens; et VApùitt n'en exprime aucun blAme : ce qui prouve que, ^ès les temps apostoliques, les chréiiens Jeûnaient et priaient très-légi- ^niemenl pour leurs morts. Saint Paul tirait de celte pratique une preuve ^« leur foi au dogme de la résurrection dernière; car , dit-il à ses fidèles Corinthiens , s'il en était autrement, que font ceux qui sont baptisés pour ^s morts ? et pourquoi sont-ils baptisés pour eux ? Nous verrons ail- ^^urs ce qui se rapporte à la véritable signification de ce baptême qui '^ ^tait , comme cela se voit encore chez les Juifs , qu'un acte complél^cntaire du jeûne que ceux-ci et les premiers chrétiens, à leur imitation, s'imposaient comme actes satisfactoires devant profiter à leurs défunts.

moderne qui ri a pas éU imaginée sans donner lieu à la eutpiem de lucre'.

Qu'un savant métropolite» un révérendissime membre do synode de Russie , une lumière de son Eglise, soit assez hardi pour qualifier de fable une doctrine qui , par son imporlanoey méritait peut-être un examen moins superficiel et une qaalifi' cation un peu plus réfléchie, cela ne nous surprend que médiocrement, connaissant fort bien le peu de profondeur que Ton donne aux études théologiques en Russie.

Mais qu'il joigne à cette étourderie théologique , à cette qua* lification de fable ^ les épîlhètes d'indigesfe ( nous n^avoossa mieux traduire l'expression latine crtM^um), et de moderne sar^ tout, lorsqu'indépendamment de sa propre Eglise (trop jeune» à la vérité , pour bien connaître ce qui est du domaine de la^ primitive antiquité ecclésiastique), il ne peu t ignorer que eeUe^^' fable a été crue et enseignée par l'Ëglisecatholique, depuis sat —

naissance jusqu'à nos jours ; qu'empruntant le langage haineux

et calomniateur du protestantisme, il fasse de cette fable le^^ produit net de la cupidité du sacerdoce catholique, c*est ce^^ qui nous confond. De tout temps le prêtre a vécu de ''*^'^. et si les prêtres catholiques reçoivent une médiocre aumône^^ pour l'intention satisfactoire que, dans C3 cas, ils attachent ai^^ sacrifice, cela paraîtra parfaitement justifiable aux yeux d^^^ l'équité. Et aux yeux de la religion cette aumône ajoute , en— ^ faveur des défunts, au mérite infini du sacrifice, celui d'un^^s^ offrande de pure charité. Tout cela est, comme on le voit, par— — — ' faitement conséquent, et concorde à merveille avecladoctrÎD^^V d'un troisième lieu, où l'âme temporairement détenue reçoi' ' du soulagement, et voit même arriver l'heureux moment de s^^ délivrance , en vertu de l'auguste Sacrement offert pour elle > et du mérite des prières et de l'aumône faîtes à son intention i offrandes que l'ineffable miséricorde de Dieu reçoit comme vc^^^" nant d'elle. S'il y a là du fabuleux, il y a au moins ooncor ■*" dance avec la saine raison.

' Voici le texte original de cette réponse qu'il faut avoir lue pour croire : Purgatorium , ut crudum et recens , non sine suspicione Itu €â:cogila(um commenlum respuimus.

BE L'eHPIRE de RUSSIE-

Sli

Maïs qn'iio illustra prélat, dont la mëmoîreestprt^ietise au synode, viennenoiis parler, avec une incoij venante si marquée, de choses qui, bien que blâmées par sa maligniié, se pratiqueot dans sa propre Éî^Hise ; qu'il vienne parler rfe lucre ^ et en adresser au mains le soupçon au clergé latin . lorsque luimême recevait des sommes considérables ( 1000 roubles au moins pour la célébration d*uoe messe pour un défunt, et sou-

^ veut davantage pour son assistance personnelle aux funérailles de ce défunt ); que son clergé se soit fait $ous ses t^eujc^ comme cela se pratique encore et se pratiqneratoji jours, la principale partie de son revenu casuel , des obsèques et des panakhides , et

I loui cela, lorsqu'il déclare rejeter, coiume une fabte, la doctrine d'un troisième lieu, ce qui implique directement et logiqu^meût rinutîtité de toutes ses pratiques; en vérité, l'on ne &attqiie rougir, pour le préhilet ponr le synode auquel, à cette

> époqne, il appai'Lcnaît, et qui, n'ayant jamais désavoué une doctrine si scandiileusement opposée à ses propres pratiques. Fa virtucllemeut acceptée, maintenue et sanctionnée*

Abandonnant ici le docte et vénéré métropolite Platon, et sa réponse à laquelle nous trouvons une crudité bien plus saillanie que celle qu'il atiribueànotre doctrine, voyous confmeut rÈgfise russe essayera, dans son sysLème.^ de justiner les prières, assez bien rétribuées, qu'elle cbanieou récite pour les morts. AcetelTet, nous allons extraire un passage fort curieux , relatif à ces prières, et que nous trouvons (Lettre sur les funérailles, page 454) dans un ouvragi^" récemment publié, sous la sanction impériale, et par conséquent aussi synodale en Russie. Cet ouvrage, qui sort des presses de 1% police gênérak de rcmpirel, porte un caractère d'autant pins remarquablement officiel, qu'il a été commandé par le gouvernement, et publié

* Cet ouvrage, qui a été publié sans nom d'auteur, n'est aoûayme qiEi>ii apparcace. Son auteur est ïL MoDravietf, i^erivain eotiau par d'autrei ouvrages mystiques , et surtout par &ea Voyages en Orient et aui titnts Lieui.

• Vorci le tïlre de cet ou^ra;re écrit en rusçe, et qui n'a pas, que miu§ «idilons, été traduit en d'autres langues : LtUm but Ui iiturgit de

4^Égfifr miholiquû oricnlak. Saint-Pétersbourg; de riTiiprimeriB de lu '^roîfième division de Ja chânce[Jerie personnelle de S, 51. t. i^î9^

immédiatement après la réunion des Grecs-unis avec TËglise nationale. La théorie indiquée dans cette lettre, sur Tétat des âmes, immédiatement après leur séparation des corps, paraîtra un peu plus moderne que Tantique doctrine du purgatoire; elle offrira même quelque chose de plus indigeste que celle-ci, au bon sens, ainsi qu'aux idées que nous en donne la révélation.

a Depuis le moment même de la séparation de Tâme et do corps , jusqu'à ce que les restes mortels soient rendus à la te^ re , Ton célèbre des panakhides, et , jour et nuit , Ton récite le Psautier surledéfunt; et suivant les dispositions', on prolonge davantage ces oraisons, on les continue même pendant quarw^ jours, afin de faciliter à Vàme, par la prière ^ son terrible passage au monde invisible^ et de la soulager dans les épreuves auxquelles^ SUIVANT LES TRADITIONS DE l'ËgLISE , elle eSt SOUIMSi

pendant les premiers jours de son départ. Et comme le troisième jour a été choisi pour les obsèques, attendu que lescaractèras de la mort commencent à se. manifester alors d'une manière trop apparente sur le corps ; de même les neuvième, vingtième et quarantième, par la mémoire qui est faite du défunt, i^respondent à sa situation graduelle, suivant les lois de la nature, pendant cette époque. Quant au nombre des quarante jours, il est particulièrement révéré par l'Eglise, comme étant celui des jours que le Seigneur a daigné passer sur la terre, après sa résurrection , dans son corps glorifié, nous attendant pour le jour de la résurrection universelle. »

Nous l'avouons avec peine et franchise : notre sagacité ne va pas jusqu'à pénétrer, dans toute sa profondeur, la très-singo- Hère révélation qui nous est faite , suivant des traditions qui n'étaient pas encore parvenues jusqu'à nous, et dont il eût été obligeant de nous indiquer les sources, sur l'état des âmes» pendant la quarantaine qui lui est assignée » pour parcourir

' Il s'entend que ces dispositions ne sont autre chose que les commandes de la famille, c'est-à-dire les sacriûces pécuniaires qu'elle peut et veut faire pour cet objet ; car Ton comprend que les prières dont il est question ne sont rien moins que gratuites , et que , par conséquent , elles n'intercèdent que pour les riches.

DE L EMPIEE DE KUSSIE.

des eipaces imaginaires, avant de parvenir au Ueu de son repos. Jusqu'Ici nous avions pensé, et imus le pensons encore , qu'à rinsiant de sa séparation du corps , rame subit un premier jngt*nient, qui lui niartjfeste sa destinée pour toute Téfcertiilé; qu'àdërant même de ce premier jugemenl, la connaissance « qu'en sa nouvefle situation d*esprit dégagée des enlrave&dessenSf elle acquiert d'elle-méme^sunirait pour robliger à se juger d'une manière inraillible; car à Tinstant rame elle âauraît sî, aimant Dieu, elle est aimée de lui ; et si, pour son mallieur, elleseniaiien elle cette baine du souvemîn bieiî , qui m le premier et le plus épouvantable cliûiimeni des réprou- T&, elle se précipiterait d'elle-même dans le monde du mal; ne pouvant supporter lu vue ni les joies du monde du bien.

Graade est notre surprise > en appi^nant de Torgane avoué de TEglise gréco-russe, que les cUoses sont bien loin desc pasi^r ainsi; que IVime, dont le sort parait être indécis pendant celte é|>oqne de son exi^sience, a besoin d'un temps plus ou moius long , et qui peut aller jusqu'à quarante jours, pour effectuer son passage au monde invitîjble; ce qui ferait supposer qwc trialgré sa nature toute spirituelle, elle tient encore par un iîen quelconque au monde visible, dont elle aurait quelque peioe À se détacher; que pendant la du rëo de ce travail , et stirtûut p^Jidanl les premiers jours de son départ , elle est son- ^^médeâéitreuves que Ton peut croire très-périlleuses, puis" tft'il Ê$isi essentiel de Ten préserver, ou au moins de les lui *<loucir par des prières. Et comme , dans toutes ces hypothè- ^^» il n est pus fait la moindre distinction entre lesùmes saintes ^Hefiâmei criminelles, il paraîtrait que toutes sont soumises *ttt aiômes teniatiom; et que, par conséquent , les premières, *i Hlcs sont vaincues, peuvent et doivent perdre leur droit à

'Hquj crûYoos devoir appeler de ce nom ceoi que, suji^anl le docte *^lcyf ^ râvne duîl parcourJrj lors que, déjà séparée du monde maléHci ^ *Wf opèr^ mn Inrible patsaye ctu monde $pi rituel ou inmsihlt. Nous ^'avIûhs pas encore entfiidti dire «qu'entre res deui mondes* il en DiistAl **ft troisième iviî n'esl d^nucunc des ùent natures, cl qui devrait élre *PNA le monde des éprc^uves. Jusqu'ici ta Lhéc^logie chr^^lienne. dans son %»I1IIC« des cîéçou vertes pré tondu es Itadilionnetles faili!» en Bifi^ie, ^vmidfrait nutre monde inulériel et r^leodue di; là vie terrestre cornue *■ iaonde et la fie des épreuves*

la vie éterDelle; tandis que les autres , si, aidées par de noiDbreux panakhides, elles remportent la victoire dans ces épreuves décisives , peuvent échapper aux tourments éternels doftli leurs crimes précédents; que lésâmes, pendant cette époqaesl critique, passent même par une situation gradtAelle^ conformeoKa Uns de la nature; de sorte que si, en pareille matière, il éuit convenable de chercher un point de comparaison dans ces lois de la nature , la situation des âmes pourrait être représentée par celle d'un papillon ou d'un sphinx qui , pendant unasseï long temps, travaille à se défaire de sa chrysalide, et détendre ses ailes, pour aller, après ce périlleux travail, les étaler au radieux soleil du midi, ou les brûler aux sombres fenxd*0De lampe sépulcrale ; et qu'enfin , le Seigneur a passée après son glorieux triomphe sur la mort, quarante jours sur la terre, non pas, comme nous l'enseigne l'Ecriture, pour entretenir ses apôtres du royaume des cieux , mais pour nous attenéhnsu jour de la résurrection universelle. Cette attente ne s'étant pas réalisée, aurait sans doute décidé le roi de gloire à remonter sur son trône et à s'asseoir à la droite de son Père, en attendant, dirait-on, quecette résurrection dernière, dontle Verbe divin n'a pas su apparemment connaître l'époque précise, puisse s'accomplir et l'appeler enfin sur son tribunal sopréme. Si jusqu'ici nous n'avons relevé que le ridicule du système exposé par l'écrivain anonyme chargé de le développerai nom de son Église, ce n'est pas que son impiété nous ait échappé. Ëh quoi! les sublimes apôtres, ces vases d'élection i envoyés du Sauveur pour appeler tous les peuples à la connaissance du vrai Dieu; celui même à qui THomme-Dieu a laissé les clefs de son royaume; ces généreux martyrs dont la charité s'est manifestée par une preuve au-delà de laquelle, au jogo* ment même du Rédempteur, il n'y a pas de charité, tant d'il* lustres pontifes et docteurs qui ont honoré la foi qu'ils ensdgnaient, par les plus ém inentes vertus; de si glorieux modèles de la perfection chrétienne ont eu à subir de longues et périlleuses épreuves, avant d'avoir pu prendre possession du royaume qui leur avait été préparé dès l'origine du monde! car , dans lesystème que nous critiquons, aucune exemption n'est mêai^ indiquée en leur faveur. Et d'autre part, ces cruels et immoft*'

DE L EMPIRB DB BUSSIB,

es Césars, qui, sans le vouloir, ferlilisatent Tarbre évangéiqiio des lorrenis de s:ing que répandaii leur féroce aveugleent; le iraître lui méiue qui avait vendu au sanhédrin La vie e son divin Maître; tant d'autres scéiérats Fameux irouveraient encore, avant d'être jetés aux feux préparés à Salan et il ses ogês, dts épreuves qui ponrraieni leur devenir salutaires! car des (épreuves » do quelque espèce qu'elles puissent être, ne se présenient à la pensée qu'en y 'faisant naître Tidëe nécessaire d'une victoire ou d'une déraiie. Ah! certes, une doctrine si décourageante pour k vertu, si encourageante pour le crime, 'a jamais été celle de TEglise j elle n'a de fondement ui dans es €%rits évaugéliques , ni dans les traditions de la sainte au- Iqnité; elle ne peut avoir pris naissance que dans les super- Slitions populaires ou dans TcxtravaganLe imagination de quelque visionnaire de Torthodoxe Orient; elle est aussi op-

I posée à la vérité révélée qu'au sens commun. Encore sî par épreuve» on entendait des soti^rawce^ réservées aox faiblesses de la nature liumaine, bien que rachetées par de hautes vertus, la raison cesserait de se révolter contre de pareilles billevesées, livrées à la crédulité des ignorants ou des insensés! car, quelque grandes que soient les vertus delà créaliire, rÉcriturc nous apprend que, hors Faction de la miséricorde divine, nul des vivants ne sera jintifté aux yeux du Créateur* Aluis, dans ce cas, ce serait le purgatoire ^ lieu des purifieations, où des souITj ancés temporaires elïïicent les der- Bières traces des cUnteset des imperfections humaïues. Laies inri* aimées de Dieu et pénétrées de son iaiulamour, tout an fétuissant, avec une douleur inexprimable, de se voir privées de la vision béatifique du souverain bien, dont elles connais* lent les iocOahles perfections, adorent, bénissent même la italn qui les ebalie, sachant bien que leurs souffrances sont iVtivte de la paternelle miséricorde de Dieu. Elles attendent, vcc une sainte patience, que les prières de TÉglise leur ourtnl enfin le lieu de rétornel repos, le glorieux théâtre des manifestations divines,

\ a-t-il la moindre analogie entre ces consolants enseignetnenià de VKglise catholique et les épreuves dont nous parle iDlerprête des doctrines derEglise de Russie? On ne saurait

le croire, en vopnt d'abord oel auteur fixer aa temps de ces épreuves un maximum de quarante jours, pourassigneranxâaM ainsi éprouvées une situation graduelle^ conforme aux lais d$k nature, comme si ce que nous appelons la nature etsesloii pouvait s'appliquer, en quoi que ce soit , à des esprits dëstx^ mais soustraits à Faction des organes et du monde matériel; el enfin parce que, admettre, sous quelque dénomination eta^ quelque modification que ce puisse être, un lieu de souffrances, ce serait se donner à soi-même une situation digne de mépris ou de piiié; car ce serait condamner un mot en aoeeptant et justifiant la doctrine qu'il exprime. Il faut donc de tonte nécessité, pour fixer le vrai sens et la véritable acception dei épreuves en question , s'arrêter aux tentations; car la vive inngination de notre auteur ne parviendra pas facilement à traduire autrement ses épreuves qu'en tentations ou en souffhBh ces; seuls modes d'épreuves que des êtres spirituels pnisaeat subir. Or, dans le premier cas, l'acception adoptée renfemerait, comme nous croyons l'avoir fait voir, une incontestable impiété; au second cas, elle serait équivalenteànotredoctrÎM. Se voir réduit à pareille alternative n'est pas chose rare, lorsque , combattant la vérité , l'on est soi-même combattu par ses propres pratiques , pour lesquelles l'on se voit ainsi forcé de chercher des interprétations contraires àla réalité. Et c'est ici le cas de faire observer combien toute cette fable' d'épreuves et de diflicultés pour passer du monde matériel au monde des esprits, est formellement contredite par la pratique de l'Ëglise et du peuple russes, surtout quant au terme des eiBbarras de cette migration. Dans la penséede l'écrivain, ibpa* raissent ne pouvoir s'étendre au-delà de la quarantaineiet pourquoi, s'il en est a{nsi , l'Eglise gréco-russe » ainsi qae l'Eglise catholique, fait-elle mémoire, chaque jour, au caiio&

' Ce serait assurément peine superflue de rétorquer contre la lhèot»« que nous venons d'examiner la déGnition que le très-vénérable Plato** donnée de la doctrine du troisième lieu. Aucun de nos lecteurs ne ^^^ sans doute, embarrassé de découvrir de quel cAlé se trouvent des coi»** indigestes et récents , et, par-dessus tout, entachés d*UDe lésitime s^*' picioD d'intérêt.

DE L'EVPinE DE RUSSIE. SI 7

de la messe, de tous ses défunts et particulièrement de ceux qui ont construit le temple où se célèbre le sacrifice , ou qui en ont été les bienfaiteurs , quoique souvent cette construction ou ces bienfaits remontent à plusieurs siècles? Pourquoi célèbre- t-elle des panakhides aussi souvent qu'il lui en est demandé, et par- • ticalièrement aiuc anniversaires des défunts? Pourquoi , enfin, termine-t-elle par de longues prières pour les morts, Toflice du soir du jour de la Trinité, qui, comme nous l'avons dit, est b première solennité de la Pentecôte? Toutes ces pratiques ne parlent-elles pas plus haut queles fabuleuses imaginations exposées dans un livre quia la sanction du synode? Ne témoi* gnent-elles pas de la manière la plus irréfragable, qucFEglise gréco-russe, aussi bien que TEglise catholique, croit et professe, au moins en pratique, ce que nous croyons et professons également en théorie : c'est que les péchés qui n'ont pas été entièrement expiés sur la terre le sont dans cet autre monde, dont l'existence nous estrévélée, bien que ses mystères soient restés, pour notre intelligence si bornée, un inscrutable secret; qu'il y a doue un troisième lieu, mitoyen , s'il est permis de s'exprimer ainsi, entre le ciel et l'enfer, lieu que nous mp» "pelons purgatoire; et que les âmes qui y sont temporairement détenues peuvent être soulagées et môme délivrées de leurs peines, par la vertu du sacrifice eucharistique et des prières de l'Église.

De tous ces faits nous nous croyons donc autorisés à conclure que, au fond, la doctrine du troisième lieu, si puissamment consacrée par les liturgies orientales comme par les nôtres , est celle de l'Église gréco-russe, dont la critique n'a de véritable objet que le mot purgatoire introduit dans la langue théologique (fula/tni^me^ postérieurement aux premiers siècles de l'Église, et que, par ce seul motif, elle refuse d'accepter, comme si un nom devait être rejeté, pour avoir été peut-être ignoré de la primitive antiquité dont il exprime cependant si parfaitement la foiM Réduite à cette expression , si simple et

' A ce compte, TÉglise russe devrait aussi rejeter, comme des contes indigestes et récents, les deux doctrines de la consubstaDtîalité et de la transsubstantiation , parce que le premier de ces deux termes parait avoir

si vraie , la question n'en est plus une , ce n'est plus qae la censure irréfléchie d'un mot, qu'il serait aussi contraire à h raison qu'à la charité d'ériger en cause du schisme. Nous noos bornerons donc, en nous résumant, à dire que, si, dans celte question, ilserencontrequelquechosede fabuleux, c'est du» le système mystico-romantique exposé au nom et de Tavea da synode russe qu'il faudra le chercher ; et que la basse inciilpation adressée à ce sujet à un clergé qui croit et professe h doctrine d'un lieu d'expiation retombe, de tout son poids, sur un autre clergé, qui, disant n'y pas croire, tire néanmoins profit de prières qu'il chante ou qu'il récite, et qu'il sait dans ce cas être inutiles à ceux pour lesquels il lesoffreau Seigneur.

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