CHAPITRE III
BAPTÊME PAR AFFUSION. CONFIRMATION SANS IMPOSITION DES lilHS.
Un écrivain russe' dont l'ouvrage , après avoir fait grand bruit en Russie il y a environ vingt-cinq ans; puvrage qni, bien que généreusement rétribué par la munificence impériale' , est bientôt tombé dans l'oubli; cet écrivain s'était mis
été créé par le premier concile de Nicée, an quatrième siècle, et qneto second est d'une création beaucoup plus récente.
' M. Stourdza, auteur de Touvrage en question, n*est pas réelleiDCnt russe, au moins par son origine; il appartient à ces familles grecque qui, du nom du quartier qu'elles habitent à Stamboul, sont appdées fanarioles^ et qui s'occupent principalement de marchander tour î tour les principautés tributaires de Moldavie et de Yalachie , sauf à se Téenpérer , eux , leurs proches et les capitalistes qu*il8 intéressaient dffS leurs brocantages , sur les extorsions horribles qu'ils exerçaient ftf Isf malheureux sujets livrés à leur maltùte. M. Stourdza était l'une des créatures du ministre Gapo-d'Istrias dont il a probablement suivi la fortaaeeo Grèce. Au moins, depuis longtemps, ne parle -t-on plus, en Russie, a^ de lui , ni de son livre.
* L'empereur Alexandre, sur la foi , sans doute, des bons témoignage^ qu'on lui avait rendus de cet ouvrage, fit à son auteur un don de 20,000 roa " blés , et en ordonna l'impression aux frais du gouvernement et au profi ^
DE l'empire de RUSSIE. 219
en grands frais d'érudition pour, au moyen de discussions étymologiques' et de considérations mystico-philosophiqnes , prpuver au monde, entre beaucoup d'autres choses, que le baptême par immersion porte seul le caractère de Tinstitution divine» d'où il résulterait que seul il est valide, et que par conséquent les neuf-dixièmes du monde chrétien n'auraient pas reçu la grâce de la régénération spirituelle, par Teau et par le Saint-Esprit.
Une 9ï étrange assertion ne pouvait être goûtée qu'en Russie , où le peuple se persuade, ou se laisse persuader que tout ceux qui n'appartiennent pas à son Eglise, sont, ni plus ni moins que les Turcs, des infidèles, auxquels il applique indistinctement la qualification injurieuse de boussourmani , tandis que les personnes un peu mieux élevées se contentent de les désigner sous le nom d'oblivantsi ^ c'est-à-dire d'a/ftm'onnés. Ce terme, assez équivoque de sa nature, montre cependant, par son existence même et par son application, qu'il renferme l'idée, mitigée il est vrai , d'une grande irrégularité dans Tadministration du premier des sacrements , si toutefois cette irrégularité n'implique pas sa nullité radicale.
Quelle est, demandera-t-on , la doctrine, ou au moins l'opinion du synode de Russie , sur une si importante question? Ici encore la réponse devient aussi incertaine que sur l'objet du précédent chapitre, à raison de la même opposition entre la doctrine officielle et la pratique journalière. Car indépendamment du livre de M. Stourdza, dont nous venons de parler , et qui a obtenu le plein assentiment et les éloges du synode, les Lettres sur la liturgie, citées au chapitre précédent, et que nous serons encore induit à citer dans le chapitre suiirant, disent en termes formels, que Vimmersion est V essence même du sacrement.
Or, s'il en est ainsi ; si ce qui constitue Vessence d'un sacrement se trouve aboli pour faire place à un usage contraire,
de Fauteur. Cette munificence n*a pas empêché l'ouvrage, auquel , d^ailleurs, il a été fait une réponse victorieuse en fait de raisonnement comme en fait d'érudition , de disparaître entièrement du monde littéraire. ' Voy* note additionnelle 32.
moderne qui n'a pas été imaginée sans donner lieu à la suspiei&n de lucre'.
Qu'uQ savant métropolite, un révërendissime membre do synode de Russie , une lumière de son Eglise, soit assez hardi pour qualifier de fable une doctrine qui , par son imporlanœ, méritait peut-être un examen moins superficiel et une qualification un peu plus réQéchie, cela ne nous surprend quemé* diocrement, connaissant fort bien le peu de profondeur que Ton donne aux études théolpgiques en Russie.
Mais qu'il joigne à cette étourderie théologique » à cette qua*-* lification de fable ^ les ëpilhètes d'indigeste ( nous n'avons si^ mieux traduire l'expression latine crudum) , etde modemewT'-^ tout, lorsqu'indépendamment de sa propre Eglise ( trop jeone^ à la vérité, pour bien connaître ce qui est du domaine de \^m^ primitive antiquité ecclésiastique), il ne peutignorerqueeeH^^ fable a été crue et enseignée par FÉglise catholique, depuis 8^^ naissance jusqu'à nos jours ; qu'empruntant le langage haineo^^ et calomniateur du protestantisme, il fasse de cette fable 1^^ produit net de la cupidité du sacerdoce catholique, c'est c^^ qui nous confond. De tout temps le prêtre a vécu de l'auiel ^-» et si les prêtres catholiques reçoivent une médiocre aamôn^^s pour l'intention satisfactoire que , dans C3 cas , ils attachent ar::^=3 sacrifice, cela paraîtra parfaitement justifiable aux yeaic d^^ l'équité. Et aux yeux de la religion cette aumône ajoute, faveur des défunts, au mérite infini du sacrifice, celui d'i offrande de pure charité. Tout cela est, comme on le voit, pai""^faitement conséquent , et concorde à merveille avec la doctrin -^« d'un troisième lieu, où l'âme temporairement détenue reçoS- t du soulagement, et voit même arriver l'heureux moment de fl^^ délivrance , en vertu de l'auguste Sacrement offert pour ellc^ t et du mérite des prières etde l'aumône faites à son intentioi^ i offrandes que l'ineffable miséricorde de Dieu reçoit comme v ^^ nant d'elle. S'il y a là du fabuleux, il y a au moins concordance avec la saine raison.
' Voici le texte original de cette réponse qu'il faut avoir lue pour J croire : Purgatorium , ul crudum et recens , Twn sine suspicione lucri esccogitalum commenlum respuimus.
DE LEMPIRB DE RUSSIE. 2il
Mais qu'un illustre prélat, dont la mémoire est précieuse an synode 9 viennenous parler, avec une inconvenance si marquée, de choses qui, bien que blâmées par sa malignité, se pratiquent dans sa propre Église ; qu'il vienne parler de lucre ^ et en adresser au moins le soupçon au clergé latin , lorsque luimême recevait des sommes considérables ( iOOO roubles au moins pour la célébration d'une messe pour un défunt, et souvent davantage pour son assistance personnelle aux funérailles de ce défunt ); que son clergé se soit fait sous ses yeux^ comme cela se pratique encore et se pratiquera toujours, la principale partie de son revenu casuel , des obsèques et des panakhides , et tout cela, lorsqu'il déclare rejeter, comme une fable, la doctrine d'un troisième lieu, ce qui implique directement et logiquement l'inutilité de toutes ses pratiques; en vérité, l'on ne saitqoe rougir, pour le prélat et pour le synode auquel, à cette époque, il appartenait, et qui, n'ayant jamais désavoué une doctrine si scandaleusement opposée à ses propres pratiques, Ta virtuellement acceptée, maintenue et sanctionnée.
Abandonnant ici le docte et vénéré métropolite Platon, et sa réponse à laquelle nous trouvons une crudité bien plus saillante que cellequ'il attribue à notre doctrine, voyons confVnent l'Église russe essayera, dans son système, de justifier les prières, assez bien rétribuées, qu'elle chante ou récite pour les morts. Acet effet, nous allons extraire un passage fort curieux , relatif à ces prières, et que nous trouvons (Lettre sur les funérailles, page 454) dans un ouvrage' récemment publié, sous la sanction impériale, et par conséquent aussi synodale en Russie. Cet ouvrage, qui sort des presses de la police générale de ^empirel, porte un caractère d'autant plus remarquablement officiel, qu'il a été commandé par le gouvernement, et publié
■ Cet ouvrage, qui a été publié sans nom d*auteur, n'est anonyme qu'en apparence. Son auteur est M. Monravieff , écrivain connu par d'autres ouvrages mystiques , et surtout par ses Voyages en Orient et aux Baints Lieux.
• Voici le titre de cet ouvrage écrit en russe, et qui n'a pas, que nous hachions, été traduit en d'autres langues : Lettres sur la liturgie de VÈglise catholique orientale, Saint-Pétersbourg; de l'imprimerie de la troisième division de la chancellerie personnelle de S. M. 1. 1839.
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donné ce grief de sa vénérable mère, oa bien qu'elle ne sait trop elle-môme ce qu'il peut y avoir de vrai ou d'exagéré dans cette troisième accusation portée contre TElglise romaine!
Puisque nous avons parlé de la confirmation /ce sera ici le lieu d'élever nous-môme une question qui ne manque pas d'importance , puisque la réalité des dons du Saint-Esprit dépend de sa solution. L'Eglise gréco-russe confère-t-eîle validément ce sacrement ?
On sait qu'en Russie « et probablement dans toute l'Eglise d'Orient, ce sacrement est conféré immédiatement après le baptême et par le ministère d'un simple prêtre. Mais ce que l'on ne sait pas de même , c'est que, en Russie au moins, il s'administre par de nombreuses onctions % mais sans mpon" tion des mains.
Le nom même par lequel l'Eglise russe désigne la confirmation, myrapamazanie (onction du chrême), paraît indiquer clairement que cette onction , faite avec le saint cbréme, constitue à elle seule et à Texclusion de tout autre la forme de ce sacrement. Or , s'il y a quelque chose de littéralement constaté dans les Écritures , c'est que l'imposition des mains était la forme qu'observaient les apôtres eux-mêmes. Le livre de leurs Actes , qui est une sorte de continuation du récit évangélique, nous montre partout et toujours les disciples de Jésus-Christ et leur chef lui-même imposant les mains pour donner le Saint-Esprit ; et l'onction, quelque vénérable qu'elle soit par son antiquité traditionnelle^ ne s'y trouve aucunement mentionnée.
Mous ne voudrions pas en inférer que l'onction n'est pas également de tradition apostolique. Mais , ce qui est certain* c'est qu'elle est moins authentiquement constatée que TimpO' sitiondes mains, qui, d'après les Actes, semblerait étreai^moins la forme la plus essentielle du sacrement.
Nous sommes donc fondé à douter de la validité de la coïm^^ firmation conférée avec omission de la forme extérieure qu'ofar ^
' En faisant ces onctions au front, à la nuque, aux yeux, aux oreilles aux mains, aux pieds, etc., le prêtre prononce, à chacune d'elles, ce^^ paroles : Sceau du don de i'Esprit-Saint, Amen.
DE L'ëHPIRE de BtSSlE.
senutent les opôtres, et qui bien certaînemeDt leur avait été
enseignée et prescrite par l€ divÎD AuieurdessucrenieDts, ei, par cetix-d, de la sancliticatîon de nos âmes. Car il est hors de doute que tout ce tjyi est néeessaire à l'application des mérites infinis du Hedemptcur à notre salut a été înslilué par fui-îuémeï et bien que le Sauveur ait laissé tout pouvoir à son Eglise, quant h l'administration des sacrements, il ne lut a laissé le pouvoir ni d'en instituer de nouveaux , ni d'y apporter des changements quant à la matière , non plus qu'à la forme, hnqu'Uajugé à propos de la fixer ti de renseif^mr â ses apôtres. Tontefois nous laisserons au jugement des théologiens h prononcer sur une question dont la solution ue saurait nous appartenir, et nous passons à un dernier objet de dissidence en matière sacramenklle.