CHAPITRE IV
Pxm AZYME EMPLOYÉ A LA CÉLÉBRATION DE LA MESSE LATINE* FOItMË DE LA CONSÉCRATION EUCBARISTIQUE ET QUESTION UE LA VALIDITÉ DE LA CONSÊCHATION DANS l' ÉGLISE RUSSE.COM- MONlOfit SOLS LES DEUX ESPÈCES. ABUS QUI EN RÉSULTENT BK RUSâlE.
Il nVst pas un chrétien éclairé qui ne sache que la sainte Eucharistie , complément de notre consécration à Dieu , est IVssençc du clirisLiunisme, an moins qnanl au culte d*adoralîou qui) rend a Dieu en esprit et en vérité» Elle est le prin- Gipal lien qui unit ù ta ttioni[>l]a[iie Eglise des cîeux la miti* taute Eglise de la terre, puisque, par ce sacré mystère, le Verbe incarné qu'adorent, dans les ardents transporta de la lîision Ijéatitiquc^ les anges et les saints, se rend également présent à rudoratioti de ses fidèles dans les humbles transports d'une foi que rien ne saurait ébranler ; de sorte que le même agneau qui s'offre perpétuellement à Dieu, son Père, dans les splendeurs de sa gloire, â'oiïie également sur nos au-
214 DE LA SITUATION RELlGlEtSE
la vie éternelle; tandis que les autres , si, aidées par de nombreux panakhides, elles remportent la victoire danscesépreives décisives , peuvent échapper aux tourments éternels dosa leurs crimes précédents; que lésâmes, pendant cette époqnesi critique, passent même p^r une situation graduelle^ conformeaux lois de la nature; de sorte que si, en pareille matière, il était convenable de chercher un point de comparaison dans ces lois de la nature, la situation des âmes pourrait être représentée par celle d'un papillon ou d'un sphinx qui , pendant un assez long temps, travaille à se défaire de sa chrysalide, et détendre ses ailes, pour aller , après ce périlleux travail, les étaler au radieux soleil du midi, ou les brûler aux sombres feuxd'one lampe sépulcrale ; et qu'enfin , le Seigneur a passé, après son glorieux triomphe sur la mort, quarante jours sur la terre, non pas, comme nous renseigne r£cri(ure, pour entretenir ses apôtres du royaumedescieux , nvàis pour nous attendre ou jour de la résurrection utiiverselle. Cette attente ne s'étantpas réalisée, aurait sans doute décidé le roi de gloire à remonter sur son trône et à s'asseoir à la droite de son Père, en attendant, dirait-on, quecette résurrection dernière, dontleVeri)e divin n'a pas su apparemment connaître l'époque précise, puisse s'accomplir et l'appeler enfin sur son tribunal suprême. Si jusqu'ici nous n'avons relevé que le ridicule du système exposé par l'écrivain anonyme chargé de le développera» nom de son Église, ce n'est pas que son impiété nous ait échappé. £h quoi! les sublimes apôtres, ces vases d'élection i envoyés du Sauveur pour appeler tous les peuples à la connaissance du vrai Dieu; celui même à qui l'Homme-Dieu a laissé les clefs de son royaume; ces généreux martyrs dont la charité s'est manifestée par une preuve au-delà de laquelle, au JQgo^ ment même du Rédempteur, il n'y a pas de charité, tant d'il^ lustres pontifes et docteurs qui ont honoré la foi qu'ils ensei^ gnaient, par les plus éminentes vertus; de si glorieux modèle de la perfection chrétienne ont eu à subir de longues et périlleuses épreuves, avant d'avoir pu prendre possession du royaum ^ qui leur avait été préparé dès l'origine du monde! C4ir, dan^ lesystème que nous critiquons, aucune exemption n'est méoiP' indiquée en leur faveur. Et d'autre part , ces cruels et immoc^
DE L EMPIRB DE RUSSIE. Si 5
des Césars, qui , sans le vouloir, fertilisaient Tarbre évangéliqae des torrents de sang que répandait leur féroce aveuglement; le traître lui-même qui avait vendu au sanhédrin la vie de son divinHaitre; tant d'autres scélérats fameux trouveraient encore y avant d*étre jetés aux feux préparés à Satan et à ses anges, des épreuves qui pourraient leur devenir salutaires! car des épreuves , de quelque espèce qu'elles puissent être , ne se présentent à la pensée qu'en y* faisant naître Tidée nécessaire d*nne victoire ou d'une défaite. Âli! certes, une doctrine si décourageante pour la vertu , si encourageante pour le crime , n'a jamais été celle de rÉglise; elle n'a de fondement ni dans les écrits évangéliques , ni dans les traditions de la sainte antiquité; elle ne peut avoir pris naissance que dans les superstitions populaires ou dans l'extravagante imagination de quelque visionnaire de l'orthodoxe Orient; elle est aussi opposée à la vérité révélée qu'au sens commun.
Encore si par épreuves on entendait des «ou//ranoes réservées aux faiblesses de la nature humaine , bien que rachetées par de hautes vertus, la raison cesserait de se révolter contre de pareilles billevesées, livrées à la crédulité des ignorants ou des insensés! car, quelque grandes que soient les vertus de la créatare, l'Écriture nous apprend que, hors l'action de la miséricorde divine , nul des vivants ne sera justifié aux yeux du Créateur, Mais, dans ce cas, ce serait le purgatoire , lieu des purifications, où des souffrances temporaires effacent les dernières traces des chutes et des imperfections humaines. Là les âmes aimées de Dieu et pénétrées de son saintamour, tout en gémissant, avec une douleur inexprimable, de se voir privées delà vision béatifique du souverain bien, dont elles connais- ^nt les ineffables perfections, adorent, bénissent môme la >K2ain qui les châtie , sachant bien que leurs souffrances sont ï^cenvre de la paternelle miséricorde de Dieu. Elles attendent, ^vecune sainte patience, que les prières de l'Église leur ouvrent enfin le lieu de l'éternel repos , le glorieux tbéûtre des i^nifestations divines.
Y a-t-il la moindre analogie entre ces consolants enseignements de l'Eglise catholique et les épreuves dont nous parle l'interprète des doctrines de l'Eglise de Russie? On nesaurait
node de Russie ni les patriarches d'Orienl n'oseraient en soutenir le principe.
Mais si Tirrégularité reprochée à TEglise romaine n'était pas attentatoire à Tessence du sacrement ; si elle n'ôtait riee à sa validité 9 non-seulement elle ne pouvait pas servir de motif à la séparation de communion, mais il était même sonfBrainement déraisonnable d'en faire la matière d'un blftme. Il eût été plus sage assurément d'imiter sur ce point la charitable tolérance de l'Eglise catholique, qui , bien que convaincue que sa pratique se fondait sur une imitation plnsparfiite de l'institution divine , laissait cependant l'Eglise d'Orient svvre paisiblement son antique usage; coutume dont elle n'a pas même demandé la réforme aux Orientaux de difiérents rits, qui successivement sont rentrés dans sa communion.
Tant d'équité n'entre pas dans l'esprit de ces hommes passionnés dont se sert l'ennemi de Dieu pour faire au Rédempteur la plus sensible des injures , en. brisant cette unité de foi et cette unanimité de culte dont Jésus-Christ a fait, comme nous le verrons, le signe disiinctif de sa propre unité ayec son Père ; le caractère spécial et la preuve de sa mission sur la terre. Dans l'absence de motifs plus plausibles, il a donc fallu en tirer un d'une différence de pratique qui n'avait riea d'essentiel, et pour peu que le lecteur ait donné d'attention! l'examen des motifs précédents, il verra que celui-ci n'apaa moins de futilité que ceux-là; et que par conséquent le schismo oriental devait, comme on l'a vu , avoir un tout autre principo que des motifs de si mince valeur, il ne sera donc pas surpris de la facilité avec laquelle , à la suite d'explications aussi loya* les que charitables, la concorde sur ce point s'était rétablie « au deuxième concile de Lyon , et à celui de Florence.
Nous avons vu, au commencement de ce chapitre, que la seconde condition d'une consécration effective et valide est de se conformer rigoureusement à la forme sacramentelle qui, étant V œuvre de JésuS'Christ luv-méme, ne souffre aucune altération , à peine de nullité. C'est donc ici le lieu d'examiner si l'Eglise d'Orient, si mal à propos rigide quant à la matière^ ne s'est pas elle-même écartée , quant à la forme, de ce qui est convenable , régulier et même indispensablement nécessaire à la confection du sacrement.
Nous n'avons aucun moyen de juger, sur ce point, la pratique générale (s'il en existe une) de FEglise d'Orient, que celle que nous avons nou^-méme observée dans TEglise russe, qui, comme Ton sait, emploie les liturgies de saint Basile et de s^int Jean-Ghrysostôme , et s'enorgueillit de l'immuable fidélité avec laquelle elle prétend avoir conservé, jusque dans leurs moindres détails , l'observance de ces rits. Or , voici comment l'Ëglise russe croit opérer le mystère de la transsubstantiation.
Peu après le chant du Sancius , le célébrant , continuant à voix basse les prières du canon, en vient au récit de l'institution du sacrement, et prononce à haute voix les paroles consécratoires du Sauveur. Jusque-là , le rit oriental parait satisfaire entièrement à la forme du sacrement. Toutefois, aucun signe extérieur d'adoration, ni de la part du célébrant ni de celle des assistants, ne proclame leur foi au mystère de la transsubstantiation accompli en veriu des paroles divines , ce qui tend à faire croire que le prêtre ne croit pas encore avoir parfait l'œuvre divine , et cette présomption se confirme , comme on va le voir, par le développement ultérieur de l'action sacerdotale. Les prières secrètes du canon continuent ; puis tout à coup le diacre , élevant de sa droite Torarion , et montrant la patère sur laquelle repose le pain, dit à haute voix : Seigneur^ bénissez cepain! A quoi le célébrant répond, paiement à haute voix, et en faisant sur la patère le signe de /a croix : Afin qu'il devienne le corps trèS'pur deNotre-Seignewr. La même demande est faite par le diacre pour le calice, et le prêtre y répond encore par une bénédiction, disant à haute Voix : Afin que cela devienne le trèS'précieux sang de Notre" Seigneur. Enfin le diacre répète la même demande pour les fâeux espèces , à quoi le prêtre répond encore par une bénédiction accompagnée de ces paroles : Afin qu'ils deviennent le ^orps très-pur et le sang très-précieux de Notre-Seigneur. Immédiatement après cette triple bénédiction, le célébrant et ses assistants se prosternent en terre, et le peuple prend part à cet acte d'adoration.
De tout cela , il parait résulter clairement que l'Eglise russe et ses ministres n'attachent pas la vertu consécratoire aux
toutes-puissantes paroles de Jésus-Christ, mais aux bénédictions subséquentes prononcées sous forme déprécatoire; de sorte que Vintention actuelle de la comécration se trou^Hmtii' placée et attachée, non plus aux paroles de Jésus-Christ, mais à la simple cérémonie d'une triple bénédiction , il nous parait douteux que le mystère s'accomplisse.
A Tappui de notre opinion sur la transposition des rits li* turgiques et des intentions consécratoires , nous citeront le texte même des lettres sur la liturgie catholique orientale, dont déjà nous avons invoqué le témoignage, et dont la publication porte (nous ne saurions trop le répéter) , tous les caractères d'une explication authentique des rits grecs, approuvée on plutôt commandée par le gouvernement impérial et par son synode. Voici ce qu'on y lit, première partie , page M :
a Voici venir la véritable Cène de J^us-Christ. L'évèque', représentant la personne du Sauveur, prononce sur le pain sacré les paroles du Seigneur : Prenez et mangez , ceci est mon corps qui va être rompu pour la rémission des péchés'.Et sur le calice : Buvez-en tous, ceci est mon sang du Nouveau Testament, qui va être versé pour vous, et 'pour plusieors^ pour la rémission des péchés. Et offrant à Dieu le Père cette volontaire oblation de son Fils, que le diacre élève de ses deux mains placées en croix, il dit à haute voix : Les tims des tiens \ à toi offerts par tous et pour tous. Puis , élevant les mains, il invoque par trois fois TËsprit-Saint envoyé aux apôtres ; puis , prononçant les paroles mystérieusemeni^ ejp-
' L*auteur, pour expliquer les rits et cérémonies de la messe ,. a choisi la liturgie pontificale qui, quant au canon, n'offre aucune différence avec la simple messe chantée par un prêtre.
* Cette variante de la parole de Jésus-Christ, qui , en saint Lue , dit : qui est donné, et, d'après saint Paul aux Corinth., ii, qui sera livré pour vous, semble contredire formellement le texte des Écritures cité par saint Jean : Os non comminuelis ex eo.
^ Ce qui signifie : Vos dons que vous offrent ceux qui sont à vous. Nous ferons remarquer cette admirable concision de la langue slavonne , qui lui assigne le caractère évident de la plus haute antiquité.
* Taino, Taïnstvo signifient , comme en latin , mystère et sacrement, de sorte que Tadverbe slave , Taïnslvenno , signifie également mystérieusement et sacraraentalement efficaces.
DE L'BMPIHË 0B EUSSIfi.
ces, î\ bénit avec crainte et irembUtmnt, par le sigoe de la çfoix > d*abord le pain, puis le calice, et enfin les deux espèuî ne forment qu'un même sacrement, Àlùrs, aj/ant déliant luit ^on plus du pain et du vin , mais le véritable corps il h vrai mng de Jésm-Chrisi , lui et tous ses assistants se prasternent pieusement devant le sacrement surnaturel que, par la grâce du Saint-Esprit , un mortel a osé consaci^er et produire! »
Comparons mainleuant tes actes et les paroles de rinstttu* lion divine avecle rit qu'observe l'Eglise latine et celui qu'a adopté l'Eglise russe, et voyons de quel côté se trouvera une «lî vergence i ni portante , une sorte de transgression des règles que les apèlres ont puisées dans la scrupuleuse îmiiatlonde Celui qui leur a dit : Faites ceci en commémùraison de moi*
Dans les récits évaugéliquos , ainsi que dans celui que nous donne saint Paul , qui déclare avoir reçu du Seigneur lui- 4uéme ce qu'il a enseigné à ceux de Corinthe, nous voyons le Sauveur prendre le pain, et, rendant grâces , le bénir ^ puis opérer sa transsubsiantialion par la toute-puissante vertu de sa parole divine , qui seule consomme le mystère,
L*Eglise catholique suit, avec la plus scrupuleuse fidélité , la marche de l'action divine. Elle aussi invoque la venue du Saint-Esprit, et, par sa venu, la bénédiction du sacrifice ; mais celte invocation trouve sa place immédiatement après lolTrande de lu matière de la consécration. Elle aussi bénit par la main du pnHre les deux espèces, et prie Dieu de les agréer, afin qu'elles dévie nii en t fe corps et le sang de son divin Fiis; mais cette bënediclion , purement déprëca toi re,j?r^cMe immédiatement y àTimitalion du Sauveur^ les divines et loule^puis^ntes paroles qui, opérant le transsubstantiation, consomment le mystère. Et ce prodige, le prêtre l'opère, non point en vertu de ses invocations, de ses bénédictions , mais par la vertu de celte toute-puissante parole à luqut41e obéit tout ce qui est dans le ciel et sur la terre; parole qui lui a éié confiée pour être prononcée par lui avec la même autorité, la ntéme puissance, la même certitude d'être obéi qu'avait le Sauveur en les prononçant dans leur toute-puissante et sublime si m plici lé- C'est en venu de celle conviction quelepréire
:i30 DE LA SITUATION RELIGIEUSE
catholique fi^e et attache son intention active sur ces sacrées paroles, et que» à peine sont-elles sorties de sa bouche, il fléchit le genou et adore les espèces transsubstanliées qu'il offre ioimédiatement à Tadoration collective des fidèles.
L*Eglise grecque au contraire , ou an moins TEglise de Russie , intervertit évidemment les actions et les paroles du San* veur , et , ce qui est bien plus grave , elle attribue à une simple bénédiction, purement déprécatoire , et à une action mpl&' rieuse de VEsprit-Saint, entièrement séparée de la vertu cofuécratoire des paroles du Sauveur, ce qui ne peut être que Feffet de ces mêmes paroles, auxquelles, si Ton veut, l'Esprit-SaÎDl donne sa vertu active et vivifiante, parce que rien dansie monde matériel et spirituel ne s'opère ni ne se consomme sans la coopération des trois personnes divines. PTy a-t-il pas erreur de foi dans cette transposition , dans cette espèce de négation de Vefficacité intrinsèque des paroles créatrices du Verbe divin? Et la consécration est-elle valide lorsque le prêtre, après avoir prononcé les paroles de Jésus-Christ, attend encore le complément de son action , d'une mystérieuse opération de r Esprit-Saint, qu'il appelle avec crainte et tremblement; de sorte que ce n*est plus le Fils de Thomme , mais le paradet qui est le véritable prêtre pour Téternité , selon l'ordre de Melchisédcch ? C'est ce que nous laisserons à la décision de théologiens plus compétents que nous , en pareille matière , nous bornant à deux observations que nous fournit le sujet.
Et d'abord il nous est impossible de croire, que les irrégularités que nous venons de signaler proviennent des illustres auteurs des liturgies en usage en Russie. Ce serait supposer que ces vénérables Pères de l'Eglise ont méconnu dès les premiers siècles , si voisins encore des temps apostoliques, ce qui était de foi dans toutes les Eglises. Il nous paraît bien plus probable que cette transposition, cette variation pratique dans la doctrine de la transsubstantiation s'est introduite dans l'Eglise d'Orient postérieurement à son schisme'; car la sépa«
' Nous avons déjà eiprimé ropinion que celte transposition peut remonter à Tépoque de la version des livres liturgiques grecs, jusqu'alors en usage en Russie , en langue slave. Cette époque nous parait évidemment postérieure à rétablissement du christianisme grec parmi les Russes.
DE L EMPIRE BE EtSStE.
ira lion du centre de Tunili^ caihoUque, la révolte contre Tautorilé centrale et suprême dans TEglise, provoque toujours des déviations plus ou moins prochaines, plus oti moins s^n- ^Sibles» de la rectitude de la foi \ Ensuite nous demanderons *ïi lexeproclie adressé à FEglise catholique, sur Tusage du pain azyme (usage qui , comme nous lavons fait voir , ne pouvait détruire lu validité du sacrifice), en regard d'une praii- ,qu€ qui rend cette validité au moins problématique ^ ne rappelle pas la parabole évangélique de l'hypocrite qui voit une ira perceptible paillette dans rœil de son voisin , et qui n'a garde de s'apercevoir de la poutre qui le prive lui-même de la faculté de voir clair autour de lui?
Il est une cérémonie dont rorigine nous paraît non moins difficile h rapporter à la primitive antiquité de TEglise, et qui s'observe dans la liturgie russe- Pendant le canon. Ton toit à côté de Tau tel un réchaud chargé d'une bouilloire qui ne brille pas ordinairement par sa propreté extérieure. Avant la communion, et loisque déjà les espèces ont été mêlées dans le calice , Ton y verse une quantité de Teau ainsi chaulFée, au point que lecatice eu est quelquefois rempli aux trois quarts, et le prêtre prononce ces paroles : Temphta venj' { chaleur de la foi ). Ici se présente une question d'un ordre bien plus élevé que celle du choix d'un emblème, c'est de savoir ai l'admixlîoo d'une quantité d'eau , trois ou quatre fois plus considéra'
' Al ce sujet, Dous pouvons citer le lÉmoîgnage d'un abbé réguUtjr,
ff^-unî de Damas en Syrie, auquel nous avons demanilé si la mémo
ilraiiflp^iUiun se faiBaît remarquer dans la liturgie des catholiques grecs
10 Àsfe? La r^^onsc du vénérable prélat fut Don-seulemeul négalive « tuais
tlk fyl f^ite avec un geste et un tofi quasi dMudi^iiution* Nous croyoa$
! pouvoir assurer que tes Grccâ-unis « en Russiiî comme en ÂutHcUe» avaient
llgaletiieol rectilîÉ le vice essentiel de cette transposition, Cétaît snns doute
'loe de €^ss sjii^rations que tonfessatenl les évi^ques prêvaricalaurs, krs-
.ftte, à J'instïg;itiç}n 4e son procureur , ils suppliaient k synode de leur
Iftècordcr des livres liturgiques purs de tous les dcfaul^ que le bps du
Ptflmp« €l des impressjuns fautives avaient introduits dans ceui dont hnr
Êflise faisait usaf;e.
* Cette cérémôDtt! et cette cidamation nous ont toujours paru eitrâ^ ■imtitt siaguliéres; car il faut avouer que Teau chaude servirait plus fio&venablcmçnl d'etntïtémc à la liédeur de ta foi qu'à sn ardeun*
25â DE Là SITUATION RELIGIEUSE
hle que celle de V espèce du vin , lorsque d'ailleurs Teau chaude opère si facilement la décomposition du pain , n'altère pas tellement l'une et Fautre espèce, qu'elles ne sont plus propres à servir de voile eucharistique au corps et au sang de Notre* Seigneur? £t dans ce cas, qui ne nous parait pas invraisenh blable , la communion du prêtre, lors même que sa consécration eût été valide, n'ayant plus de réalité, il n'y aurait plus de sacrifice non sanglant dans l'Ëglise de Russie. Nous remets trons encore cette importante question à l'examen de juges plus compétents que nous ne le sommes en pareille matière, et nous nous bornerons à une observation qui , quoique twt hypothétique , n'en frappera pas moins les esprits accoutomés à réfléchir.
N'est-il pas remarquable , en effet, que dès qu'une sodété chrétienne s'éloigne delà mère et de la maîtresse des Eglises, elle perd aussitôt, ou bientôt après , U fruit et même Vessenee <b divin mystère? Le protestantisme niant , plus ou moins nettement, la présence réelle, ne peut plus avoir l'intention cousécratoire, quand d'ailleurs il n'aurait pas, dans le plus grand nombre des pays où il domine, aboli Tordre et le caractère épiscopal, et par cette abolition rompu la chaîne de la transmission apostolique, et par conséquent perdu le sacerdoce. Dans les faits que nous venons de signaler , nous voyons l'Eglise d'Orient , malgré la foi orthodoxe en la présence réelle qu'elle conserve, n'avoir plus peut-être qu'une ombre trèséquivoque , un vain simulacre du mystère eucharistique , qui ne se maintient intact en tous points que dans la seule Eglise catholique. Ne serait-ce point que la bonté et la justice divines , dont le merveilleux accord se manifesterait ici de la manière la plus éclatante, permettent ces aberrations, d'une nature si diverse , afin de prévenir l'innombrable multitude de profanations sacrilèges qui, sans cela, déshonoreraient le plus sublime des mystères divins et provoqueraient sur le monde entier ses plus terribles vengeances? Cette pensée a son côté consolant, et elle nous découvre en même temps un nouveau motif de haïr la révolte et le schisme plus que les plus grandes calamités dans l'ordre de la nature. Car quoi de plus terrible que de se voir exclu , dès cette vie, du festin des noces de l'agneau !
DB l'eUPIRB de ntJSSlE*
L'Eglise d^Orienl, et avec elle l'Eglise de Russie, sont-elles ti moins dans le vmî lorsqu'elles reprochent à TEglise romne de n'accorder aux fidèles que la coraniunion sous une nie espèce; et, pur celte discipline, celle-ci viole-t-elle en ffel le sens clair de ce coiiHiiandement ; Bumz-en iom! Kous pourrions en peu de mois trancher celte question en rappelant que, dans la primitive Eglise , les diacres allaient porter la sainte Encliaristie aux infirmes, ainsi qu'aux confes- &eiirs de la toi dans leurs cachots^ ce qui se Taisant dans le plus grand secret, n aurait pu avoir lieu s'il eut fallu leur porter les divins mystères sous les deusL espèces» Nous pourrions encore rappc 1er à TEglise russe qu'elle même se coufoniie chaque jour à cet antique usage, en portant à ses malades le viatique sous la seule espèce du [iain, et donnant la communion aux enfants nouveau-nés sous la seule espèce du vtw j d'où il nous serait facile d'induire que ce qui se pratique en certaines circoostances ne saurait être rëpiéhensibte en sai'^Eiiénie» et que dès lors le reproche adressé sur ce sujet à rEglisa romaine n'a qu'un fondement bien mal assuré. Cependant nous ne nous arrêterons pas à cette remarque préjudicielle t et nous entrerons sans crainte dans t'exanieu d'une question qui nous découvrira eucore un criant abus pratiqué dans l'Eglise deBussie,et qui^ nous eu faisons volontiers Taveu, découle comme de lui-raôme de la communion sous ks deux espèces.
Et d'abord la parole dn Sauveur : Bu^e%-en tous , à qui s'adresse- t-el le? Au collège apostolique seul, alors assemblé autoor de lui, et auquel en ce mt^me iostant le Pontife éternel conférait le sublime caractère du sacerdoce chrétien. C'est <)u*en ce moment solennel, le Sauveur du inonde n'instituait pas seulement le festin eucharistique destiné d nourrir nos âmes, mais qu'il établissait, surtout et avant tout, le sacrifie» CQfnmémoîatif de celui de la crotx , auquel il allait se dévouer* Eti en elTet, le principal bal du repas cucliaristique est d'appeler l'hoinme i\ la participation personnelle du sacrifice de b croix, en ridentiriant, au moyen de la céleste iiourriture , qui Tunit étroitement avec Jésus-Chrisi, à la victime sans tache qui s'est offerte pour nous. En consacrant le corps ei le
sang de Notre-Seigneur et le recevant sous les deux espèces, les prêtres catholiques remplissent donc, suivant la lettre et suivant l'esprit, le commandement divin; précepte qui ne pouvait s'étendre à l'universalité des fidèles, (absente du feiSn pascal , sans devenir souvent, comme nous venons de le faire voir , impossible à remplir.
Les motifs pleins de raison qu'a eus TEglise catholique poar abroger la coutume de donner la communion sous les deux espèces, ont été si souvent mis au jour , qu'il serait aussi fastidieux qu'inutile d'en renouveler ici l'énumératipn. Noas nous bornerons donc à en démontrer la sagesse en mettant sous les yeux du lecteur les inconvénients qui en résultent dans les Eglises où elle continue à être pratiquée , et les abos auxquels ces inconvénients donnent lieu, en particulier, dans l'Eglise de Russie.
La communion sous les deux espèces pouvait être facilement pratiquée au temps de la primitive Eglise, parce que les fidèles, toujours recherchés, toujours menacés de la mort, s'assemblaient, pour offrir le divin sacrifice, dans des cryptes, ou dans des maisons particulières, qui ne pouvaient contenir qu'un petit nombre d'assistants ; leur propre conservation les obligeant à une grande circonspection à cet égard. Un seul calice suffisait donc pour l'administration du sacrement à toute une assistance. Le service divin ne se célébrant qu'une seule fois par jour, ceux qui le pouvaient participaient au sacrifice, dont les espèces étaient consommées entièrement, sauf celle du pain , qui , comme nous l'avons vu^ était mise en résenre pour être portée aux absents, aux prisonniers, aux malades.
Dans l'Eglise russe la fréquente communion est entièrement ignorée, si bien que les personnes les plus régulières reçoivent rarement la communion plus d'une fois dans l'année , au temps pascal'; ce qui , à cette époque, cause une af-
' G*est que , pour être admis à la commuDion , il faut avoir passé ht semaine entière en préparations, qui consistent en un jeûne rigonraiii joint à l'assistance journalière au service divin , même aui heures canoniales. Il est vrai que les riches se facilitent cette dernière observance en faisant venir chez eux les prêtres qui, au moyen d'une rétribution pécuniaire , expédient le plus rapidement possible , et à la suite les uns des autres, tous ces offices.
floence d'autant plus grande, que la communion ne se donne ordinairement aux laïques qu'à la messe du samedi '•
Or, le peuple russe communiant debout et sans être séparé da célébrant par une balustrade, comme dans les églises latines j Ton imagine facilement la cohue qui se forme dans ces occasions, et le danger qui en résulte, et qui se réalise assez fréquemment, de voir une partie quelconque du vin consacré répandu et profané , sans qu'il soit possible de prévenir de pareils accidents.
De plus , comme il est impossible de connaître d'avance , même approximativement, le nombre des communiants, il est également impossible de calculer les proportions du pain et du vin qu'il faudrait consacrer pour satisfaire au besoin de tous. Et quel est le calice dont le contenu pourrait suffire à quelques centaines , dans les grandes paroisses et dans les ^lises des régiments, même à des milliers de communiants. Contre cette difficulté les prêtres russes ne trouvent d'autre expédient que de rentrer au sanctuaire, et d'ajouter au calice près d'être épuisé de nouvelles portions de vin non consacré ; et, le croira-t-on , nous avons vu de nos yeux un vieux soldat faisant office de clerc, apporter dans un pan de sa redingote une portion de fragments de pain que le prêtre fit entrer dans le calice , afin de pouvoir continuer la communion !
Nous ne signalons de si énormes abus , qui témoignent d'un bien médiocre respect , ou d'une bien honteuse ignorance de l'inefTable grandeur du divin mystère', cpie pour mieux mon-
' Cela se conçoit , d'après ce qui Tient d*étre dit de la oécessité d'une préparation hebdomadaire à la communion des laïques. U va sans dire que le clergé n'y est pas astreint. U faut encore observer k cet égard que , d'après de nouvelles dispositions ordonnées par Vempereur, les gens Agés et infirmes sont aujourd'hui admis à la communion pascale, les mercredis et les vendredis , jours de la messe des présancliflés: que le samedi appartient aux hommes valides , et le dimanche est réservé pour la cornmunion des enfants.
" Combien TÉglIse catholique comprend mieux Tineffable grandeur du Aerement ! A cet égard , Il n'est aucun doute que le culte d'adoration fi'elle lui prodigue , hors la liturgie , et que l'Église russe miéprise et Kjelte comme une invention humaine^ contribue très-efficacement h maintenir , h exalter même , s'il était permis de se servir de cette expression,
âS6 DE LA SITUATION RELIGIEUSE
trer les ioconvéoients de la communion laïque sons les deiii espèces. C'est peut-être de ces mêmes abus qu'est née , dans TEglise d'Orient , l'absence de tout culte de l'eucharistie hon de la messe, et par suite de celte froideur , le blâme irrâléchi du culte de reconnaissance et d'adoration perpétuelle par lequel l'Eglise catholique, elle seule, se distingue de toutes les Eglises* Celle de Russie s'est empressée , comme nous IV vons vu dans l'historique de la défection des Grecs*unis, (te faire éliminer de leur culte public , dès qu'elle l'a pu , ce sigae caractéristique de la sainte Eglise romaine. Elle le qualiie dHnvention humaine^ comme si toutes les liturgies, les siennes' nommément, qui portent les noms de leurs auteurs» n'avaient pas été composées par des hommes I Et remarquons que ces hommes vénérables et universellement vénérés, n'ont enrichi l'Orient de leurs belles liturgies qu'au quatrième siècle , c'est-à-dire lorsque la liturgie romaine, qui respire l'esprit de l'ère apostolique , comptait déjà plus de trois cents ans d'existence.
Nous protestons hautement et de tout notre pouvoir contre l'intention qui, à raison des abus que nous venons de dévoiler, pourrait nous être attribuée, d'opposer des récriminations aux attaques dont nous sommes Tobjet. Ce mode de défense, outre qu'il est malséant, répond très-impar&itement aux intérêts d'une juste et solide défense. Nous ne sommes pas moins éloignés de la pensée de dénigrer ou de rendre méprisable aux yeux du monde une Eglise dont tout le malheur est dans sa fidélité à l'Eglise schismatique , de laquelle elle a reçu la foi , et dont elle adopte aveuglément les injustes préjugés. Combien de fois, au contraire, n'avons-nous pas génii
le vif sentiment d'adoration et de culte de latrie que la foi en la préaenee réelle doit inspirer au véritable chrétien.
' L'Église russe emploie ordinairement la liturgie de saint Jean-Chrysostôme, beaucoup moins longue que celle de saint Basile. Gelle-d ne lui sert que le 1" janvier, jour où elle célèbre la fête de ce saint, et les dimanches du carême. Une troisième liturgie dont elle fait usage est celle de saint Grégoire de Naziance, qui est celle des présanclifiés ^ qu'elle emploie tous les mercredis et tous les vendredis du grand carême. Elle se célèbre » ces jours-là , en ornements noirs.
devoir un peaple si naturellement pieux , et qui pourrait, à cet égard» servir de modèle à beaucoup d'autres, égaré dans des voies qui l'écarlent du bercail du véritable pasteur! Et sonvent nos yeux se sont mouillés des larmes du regret, de ce que des obstacles, qui, 5Ï^ étaient purement religieux^ seraient si faciles à surmonter, opposent une lamentable barrière à cette fusion des âmes et des cœurs en une seule Eglise , en un culte unique, bien que ditférent par les formes extérieures; en cette unité parfaite que nous promet le Sauveur, lorsqu*iI n'y aura plus qu'un troupeau et un seul pasteur!