CHAPITRE VI
CAUSE RÉELLE DU SCHISME DE l'ÉGLISE DE RUSSIE. GOUVERNE- MENT DE l'église par le POUVOIR POLITIQUE.
Nous aurions à déplorer l'imperfection de notre trayail , et nous en éprouverions une humiliation profonde , si, armés comme nous le sommes, de tous les droits, de toute la puissance de la vérité et de la raison , nous n'avions réussi à faire partager à nos lecteurs (les membres du synode russe y compris , si quelque exemplaire de notre ouvrage venait à tomber en ses mains), notre entière conviction, que le schisme, si opposé à la charité chrétienne , et par conséquent si criminel, qui sépare de nous l'Eglise de Russie, n'offre, en réalité, que de futiles prétextes , également opposés à cette raison et à cette vérité.
Tout schisme, politique ou religieux, renferme en luimême le crime de rébellion à l'autorité légitime ; il est de plus un attentat contre la société. L'Europe connaît, assez imparfaitement , il est vrai, l'implacable colère qu'a fait naître au cœur de l'empereur Nicolas la révolte de la Pologne et Tinexo-
abandonné ce reproche comme nous croyons qu^il en a abandonné bien d'autres.
DE l'£KP1E& I>E RUSSIE,
ble sévérité avec îaquelle il continue, depuis plus de diK ânoées, à la eliLilicr dans les personnes, dans les propriétés ecclésiastiques et privées, et, ce qui est bien moins excusa* ble, dans la religion des Polonais. Et cependant la Pologne ne formait pas partie intégrante de rem pire ; les traités, en verla desquels Tenipereur a pris possession de la couronne des Jagellons, Favaient agrégée et non pas mcorporée à la Russie» Dans régarenient politique des auteurs de celte révolution f se manifestait le but de reconquérir, pour leur nation , la vîe politique inséparable de son indépendance; ils voulaient se séparer de Tempire de Russie pour redevenir nue nation \
Or, comment se fait-il que le monarque qui venge d*nn8 •manière sî durable Toutrage qu'il juge fait à sa couronne, cette tentative de récupérer Vindépmdance , ce désir de se reconstituer en corps de nation , approuve et maintienne , dans Vordre reUgieux^ ce qu'il déteste et punit avec tant de rigueur dans V ordre politique f Comment l'Eglise grecque et la sienne ne paraissent-elles pas bien plus coupables que son royaume de Pologne ^ elles qui formant , dès Torigine , non pas des États agrégeai mais bien des provinces intégrantes de la grande monarchie spirituelle fondfîO par le Christ, s'en sont séparées pour se former en Eglises nationales f frappante analogie avec ce qu'il impute à crime aux Polonais! Pense-t-il que le monarque suprême, aux yeux duquel les peuples et les princes 6onl moins que la poussière, et dont Tinévitable justice recherche , Juge et punit tout ce qui est contraire à sa sainte 'Volonté, voie avec indifférence des nations entières se sousiraireau joug de la salutaire obéissance quelui-méme a voulu
Nous Tavon^ dit en partant de la destruction du Daf^ Empire : lorsque, pir iOU opiniâtre persistance dans le mal ^ une nation s'est elle-même iéfouèe à Tanathèmc divin , ta mort imlUique devieul ^on cbâlîmcni inmL La Pologne doit le »ten à quelque gr^nd crime , devenu national par ■ eUen^ion , et lious nltésiterun» pas à lui rappeler encore une fois crlmioelle ubsUnaliun dans la scandaleuse babitude du divorce, auquel i etcrgé connivait de la manière la plus coupable* l^ar cette bon leuse ffftUciue, elle iifnigeaU rÉ;>lise, qui le condamne sans reslriclion^ elle icuidalîsîiil la dirâticnté» cl elle fournissait contre la religion catholique ooe arme envenimée, dont ses eDtiemis oe faisaient qu'un trop fataiusdgc.
leur imposer envers son vicaire sur la terre ? Ah ! que les soaverains sont à plaindre lorsqu'ils vengent sur d'autres ce qu'eux-mêmes commettent , sans craindre de plus terribles vengeances!
En vain le synode de Russie croit se disculper du crime de rébellion envers la suprême puissance dans l'Eglise , en niant, comme le fait son manifeste, l'existence de ce pouvoir. Noas lui avons montré que , par celte théorie qui fait injure à l'histoire il adopte le mensonge du protestantisme et s'écarte de la doctrine de cette Eglise de Byzance , qui l'a infectée de son schisme. Montrons actuellement l'étrange développement de cette théorie, aussi contraire à la raison qu'à la vérité, qne nous donne , dans ses Lettres sur la liturgie orthodoxo^athoUeO' orientale ( partie 11% page 286 ) , l'organe reconnu du synode.
« Il existe quatre degrés dans la dignité supérieure del'é* piscopat , qui , d'après les canons des conciles œcuménique» , doivent être nécessairement étrangers au lien et aux devoirs du mariage', afin que les Pontifes, en renonçant au monde, puissent plus commodément, et comme de véritables pasteua*^ s'occuper du troupeau qui leur est confié par le Christ, chef de l'Eglise.
» Ce sont des évéques ou des archevêques, suivant Fimportance de leurs éparchies ( diocèses). En Orient, l'on commença d*abord à appeler archevêques ceux qui avaient autorité sur quelques évéques de la même province^ La dignité de métro-
' Cest par cette raison qu'en Orient l'épiscopat est exclusivement réserté à Tordre monastique, institution qui n'est rien moins que d'origine apostolique , puisque la vie ascétique n'a commencé à fleurir dans l'Église qu'au quatrième siècle. Les protestants l'appeUeraient une inslitutùm humaine , de la même manière que le synode qualifie notre culte eucharistique, nos confréries et autres pratiques d'une utile et solide piété.
* Cela revient tout simplement à dire , avec nous et comme nous, que le célibat est l'état naturel du véritable pasteur^ parce qu'il renferme le véritable renoncement aux intérêts de ce monde. Mais dans ce cas pourquoi n'y pas astreindre , pourquoi au moins ne pas le laisser librement embrasser par le clergé séculier ? Vos prêtres ne sont-ils donc pas de vé^ ritables pasteurs , sont-ils de ces mercenaires qui ne s'occupent guère du troupeau parce qu'il ne leur appartient pas?
^ Avec quelle hâte l'auteur glisse sur le principe de subordination établi
BË l'empire de HtSSlË*
pùïtie indique en parliculier révéqQe de la capitale, avec joou- ^Gîr archiêpiscopuL Le lilre de patrkrcbo fut exclusivement attribué aux archevêques de Jérusalem , coiume Pontifes de Sîon^ la mère des Eglises; d'Antioche; comme héritiers de la chaire où se sonl assis ks apôlres Pierre et Pmd^ et à laquelle appartient Torigine du nom de chrétiens; d'Alexandrie^ eu Qualité de successeurs du saint ap6irc Marc; de Constantiuoiple j en qualité d'archevêques de la capitale de renipiregrec. 'Jusqu'à lepoque de h séparation de TOccident » Tarchevéqne ide Kome occupait le même rang, en qualité de Pontife del'anïcitnnempitale; mais depuis la séparation du Pape de la communion des autres patriarches de l'Orient, le titre du cinquième , d*entre eux fut transféré, avec Vassenlimmt de tous ks autr^s^ à r£gUse de Russie, élevée si haut par la Providence. D'après cela , les patriarches actuellement existants , de Consiantino- I pie, d'Alexandrie , d'Antioche et de Jérusalem , qui se mainlienuent dans ralliance spirituelle avec le très-saint synode , qui , en Russie , a remplacé le patriarche, sont les représen- Itants de TEglise orthodoxo-catholico-orientale , établie sur le fondement des apùtres et des prophètes, ayant pour pierre [angulaire Jésus*Christ notre Dieu* «
£st-œ ignorance , est-ce imposture, que tout ce que Ton nous débite ainsi sur Torigine et sur la nature de la hiérarchie dans TEglise? Quelque pénible qu'il nous paraisse de formui|er un jugement aussi sévère sur Torgane du synode russe* ipous ne pouvons, sans manquer à la vérité, embrasser la partie la moins acerbe de celte dure alternative ; car il nous pâli rail absolument impossible qu^une assemblée de prélats du premier ordre puisse porter jusqu'à ce point Tignorancede la [Vérité historique, lorsque, dans les œuvres des Pères grecs , elle possède des monuments si irréfragables de la suprématie de juridiction et d'honneur du siège apostolique de Home sur loiis les sièges du monde chrétien !
I D'après Tincroyable théorie exposée parTorganedusynode ,
maire les sièges orî«alâui , d'abord , c'est- i- dire dès iei premiers jûurs |da TEgliie ! Cela conduirait Irop DutuTellemenI k la conséquence d'um bvifiordiiialioii commune de tous les siëj^es à k ctiaire aposlolique t
les dignités ecclésiastiques n'auraient étéy dès leur origine, qne des titres d'honneur^ institués sans doute pour flatter Tamoarpropre de leurs titulaires , et sans utilité pour le gouvernement de l'Eglise. Si l'on pouvait lui en croire, le pouvoir a^ chiépiscopal établi , d'abord y avec une certaine autorité , aurait bientôt perdu cette apparence de juridiction , et ce désordre d'indépendance universelle aurait bientôt gagné toute l'Eglise d'Orient. Nous comprenons fort bien que les choses étant établies sur ce pied en Russie, il pouvait importer au synode de les présenter comme primordiales dans l'Eglise. Mais de quel nom qualifier des théories contradictoires, à ce point,! tous les souvenirs et à tous les monuments de l'histoire. A ce compte , l'Église ne connaissait donc aucune hiérarchie ; elle manquait donc, non pas seulement de gouvernement central, mais même de pouvoirs provinciaux, elle était la plus désordonnée de toutes les républiques !
Suivant la doctrine de M. Mouravieff , l'évéque de Jérusalem aurait été le premier, en ancienneté au moins, de tous les patriarches de rOrient , non pas comme successeur de saint Jai> ques, frère du Seigneur, maison qualité d'héritier du suprâme sacerdoce d'Aaron, de pontife de Sion, la mère des EgliMÎ Mais s'il entrait dans les vues du Sauveur que la cité déicide fût la mère vénérée de toutes les Églises, comment était-il arrivé que, ni pendant la vie de saint Jacques, ni après son martyre, Jérusalem (hors le temps où tous les apôtres y avaient leur demeure) ne jouait pas ce rôle prédominant que lui assigne notre écrivain? Et s'il est vrai que Jérusalem soit la mère des Églises , de quel droit le moderne évéque de Byzance venait-il occuper le premier rang dans l'Eglise d'Orient, ce qui n'allait pas à moins qu'à dépouiller la Sion chrétienne des honneurs de la maternité spirituelle dont on lui fait honneur'?
' Nous ne savons si le commentateur des rits de TÉglise de Russie s'est jamais occupé d'études historico-ecclésiastiques. Dans ce cas il saurait que le premier des dignitaires de TÉglise était, après le Pontife romain, celui d'Âleiandrie, le second celui d'Antioche, le troisième celui de Jérusalem, et enfin le quatrième d'âge y maisbientôt l'usurpateur, comme nous Favons fait voir, du premier rang d'honneur et de juridiction sur tout rOrient, le patriarche de Gonstantinople.
DE l'eHPIRB de RUSSIE. 251
Suivant la même déduction historique, la chaire épiscopale d'Ântioche aurait obtenu les honneurs du patriarcat, parce que sur elle s'était assis» non-seulement le prince des apôtres ^ mais aussi le docteur des nations ^ ainsi associé au gouvernement général de TËglise.
Nous savons que les deux apôtres, après avoir évangélisé l'Asie , finirent par se réunir à Rome, où un même jour les vit cueillir les immortelles palmes du martyre ; mais qu'à Antioche ou à Rome, ils aient ou partagé entre eux ou exercé collectivement la puissance des clefs du royaume, que Jésus-Christ n'avait confiées qu'à Pierre seul, c'est ce qui n'est fondé sur aucun témoignage de l'histoire. C'est cependant ce que voudrait nous faire croire l'organe de l'Eglise de Russie, et son erreur , sur un fait si important, n'est pas, comme on pourrait le croire, fortuite; elle est la conséquence delà théorie habituelle de l'Eglise russe qui , dans l'impossibilité de nier la résidence finale de saint Pierre à Rome, et pour échapper à la conséquence qu'en tire l'Eglise romaine , pour justifier sa prééminence héréditaire surtoutes les Églises, associe les deux apôtres au même gouvernement , comme la grâce divine les a associés dans leur martyre. Au reste , et s'il était vrai que saint F^aul se fût, ou eût été associé à saint Pierre, jusqu'à partager a\ec lui la suprématie apostolique, et jusqu'à partager, à antioche comme à Rome, avec son siège, le gouvernement S^néral des Églises, il n'en résulterait nullement que le siège apostolique de Rome n*ait aucun droit au gouvernement su- E^réme de l'Église universelle. Il faudrait au contraire en conclure que le véritable tort à reprocher à l'Église romaine ne Serait pas d'avoir un Pape^ mais de n'en pas élire deux pourle Bonvernement de l'Église !
Mêlant toujours, à la façon grecque, le sacré et le profane, <^nfondant la religion avec la politique, ce qui est la plus sensible injure qu'il soit possible de faire subir à cette fille du <îiel, notre écrivain nous apprend que le titre de patriarche a ^té attribué à l'évêque de Ryzance en sa qualité d'évêque de la résidence impériale f et, par une sorte de condescendance ou de compensation, au Pape, comme évêque de l'ancienne capitale. ï^si-il une preuve plus évidente que la préteption des évêques
de Byzanceau patriarcat œcuménique, c'est-à-dire au gouvernement suprême et central de TEglise , n'avait point d'autre fondement que Torgueil qu'ils tiraient de la puissance de leors empereurs et des splendeurs de leur résidence? Ils regardaient la vieille Rome comme déchue de son haut rang de'.capitale do monde 9 et leur Rome moderne comme ayant succédé à ses grandeurs; et de là ils inféraient, sans s'arrêter le moins h monde à la succession apostolique si essentiellement liée à Yinstitulion divine, que, demémeque leurs Césars se regardaient encore comme les maîtres du monde, Tévéque de leur splendide résidence devait être le maître, le docteur, le chef de toutes les Ëglises. Ils ne voyaient pas que leur situation si habituellement précaire, si misérablement dépendante du poovoirpolitique, les pvïysiii delà première condition indispensable pour exercer le pontificat suprême. Et ce qui démontre d'ane manière plus frappante encore qu'ils avaient à ce point perda de vue les droits inaliénables de l'institution divine, c'est la folle affectation que met toujours l'Eglise grecque, et que notre auteur n'a garde d'oublier, d'assigner au Pontife romain le dernier rang parmi les cinq patriarches, sans égard pour l'antiquité du siège apostolique, transféré à Rome, par le chef des apôtres, l'an 44 'de Jésus-Christ, et moins encore ponr l'immense étendue de sa juridiction qui, quand elle aurait réellement été circonscrite dans l'Occident, le rendait encore le plus grand des cinq patriarches : car au onzième siècle, époque du schisme, elle embrassait l'Europe entière, et même quelques contrées de l'Asie et de l'Afrique. Cette étendue de puissance, jointe à ce que le Pontife romain , loin d'être le courtisan d'un empereur grec, résidait dans sa propre capitale, jouissant d'une indépendance qui jamais ne fut le partage d'aucun autre patriarche, aurait dû, dans le système de cinq patriarcats, lui assigner au moins la place d'honneur. Hais ce premier rang eût jeté sur la folle prétention des patriarches de Constantinople un voile trop transparent pour le système que Ton doit soutenir; il fallait dissimuler cette situation an moyen d'une déconsidération aussi favorable à la fourbe qu'opposée au bon sens.
Cinq cents ans s'étaient écoulés depuis que le nombre des
DE L^EMriRE DE RUSSIE. 255
grands patriarcals se trouvait, au dire des écrivains grecs et russes , mutilé, en vertu de l'acte de puissance souveraine proclamé par Michel Cérulaire, et l'on n'avait pas songé à lui rendre son complément, en transférant la dignité patriarcale éteinte pour Rome sur quelque autre prélat. Nous avons indiqué la circonstance qui engagea , vers la fin du seizième siècle, un patriarche de Constantinople , dépossédé de son siège et fugitif de son pays, à disposer de Y emploi vacant dans TEglise en faveur du chef de TËglise russe que la Providence, dit notre auteur, avait si haut élevée. Il assure^ sans en fournir la moindre preuve, que cette exaltation du métropolite de toutes les Russies se fit d'un commun accord avec tous ses collègues. Cette circonstance cependant manque de vraisemblance, car il est plus que douteux que celui qui siégeait alors à Constantinople et duquel dépendaient encore les sièges d'Alexandrie, d'Antioche et de Jérusalem , ait jugé à propos de corroborer de son assentiment cet exercice du pouvoir suprême de la part de celui qu'il en avait dépouillé; et quant à 'ceux de Jérusalem , d'Antioche et d'Alexandrie qui, à cette époque comme aujourd'hui , se courbaient sous le bâton de leurs pachas, il est probable qu'ils se sont bien gardés de s'immiscer dans une promotion qui eût pu leur porter malheur. Nous laisserons donc, jusqu'à plus ample et meilleure preuve, cette assertion dans sa valeur à laquelle, il faut bien le dire, nous n'accor-» dons pas la moindre importance.
L'auteur glisse avec une bien suspecte légèreté sur le fait de la transformation postérieure du siège patriarcal de Russie en une institution empruntée au protestantisme ^ et qui, alors comme à présent, n'a eu ni antécédent ni modèle dans l'Eglise orthodoxe d'Orient^ non plus que dans la véritable Eglise. Il nous laisse ignorer si l'auteur de cette institution s'est donné la peine de la faire agréer également aux patriarches orientaux , qui, sans doute, n'auraient su que dire à une aussi étrange innovation introduite par le très-pieux empereur de Russie dans son Église. Mais le caractère connu de Pierre P"^ nous fait présumer que l'assentiment de prélats , dont le nom même devait lui être inconnu , lui parut chose très-superflue, et dont sa volonté impériale pouvait et devait tenir lieu. Il lui
:25i DE LA SITUATION RELIGIEUSE
suffisait pleiaement de s'établir suprême ordonnateur de son très-saint synode, et de réunir dans sa main , désormais toute* puissante, le sceptre et la crosse; il avait pour ces misérables rayas, décorés de la mitre par la grâce du sultan , tout le nié* pris dont un despote accable des esclaves, et le peu de respect qu'il portait àTépiscopat de son empire ne milite pas en faveur de celui qu'il pouvait avoir pour les pasteurs d'un troupeau si honteusement avili.
Quant à Tulliance spirituelle subsistante , au dire de Tanleur, entre les quatre patriarcats restants et lesynode impérial de Russie, on peut la croire d'une nature beaucoup plutôtné* gative que positive ; car quel point de contact peut-il y avoir entre cette assemblée et les patriarches y ignorés du monde , de quelques cités , fort importantes avant la conquête musulmane, mais qui aujourd'hui, avec leurs noms tronqués, n'ont plus que l'ombre de leurancienne existence. Courbées sousle bâton de l'exacteur turc, quelques populations chrétiennes sont encore parquées dans leurs murailles croulantes, et ce délégué du pacha, que l'on appelle patriarche, ne peutgnère étendre sa caduque juridiction hors de ces murs. Contents d'exister sous les conditions les plus dures et les plus avilissantes , ces pasteurs , déshérités de leurs troupeaux , s'infor* ment peu de ce que pratique ou condamne l'Eglisede Russie, et si les pasteurs de celle-ci , hors de la liturgie^ ont quelque souci de leurs collègues dans lepastorat, cela ne va pas jusqu'à entretenir des communications directes avec eux'.
Toute société exige un gouvernement; ce n'est même qu'à la condition d'être soumise à ce gouvernement unique et central, qu'elle acquiert et conserve l'état de société. A cet égard, la société religieuse n'est pas dans une autre condition d'existence que la famille, ni que les autres agrégations sociales ou poli* tiques. Ce gouvernement est nécessairement identique , par
' Si le gouvernement russe trouvait quelque intérêt à faire parvenir à son synode quelques nouvelles religieuses de l'Asie , ou s'il jugeait à propos d'établir quelques relations de son synode avec la Syrie et la Palestine , ces communications se feraient par l'intermédiaire des agents diplomatiques ou consulaires de l'empire, et certainement pas an moyen d'une correspondance synodale.
sa nature , à la natare de la société qu'il domine et conserve. Le gouvernement (Tune nation doit donc être national ; celui étune société universelle doit avoir le caractère de cette universaliti. Donc, rien de plus absurde, rien de plus contradictoire ne peut être imaginé' que le fait d'une Eglise qui s*est donné ou qui s'est laissé imposer un gouvernement national ^ qu'il soit exercé par l'aulorilé spirituelle ou temporelle , peu importe, et qui conserve la prétention d'être appelée catholique. Une pareille prétention ne trouvera jamais moyen de s'introduire dans le domaine de la raison , ni de se faire admettre dans le langage des hommes.
A cela , le synode répond : Que r Homme-Dieu est le seul véritable et unique chef de son Eglise; et nous, catholiques, souscrivons avec empressement à cette proposition. Nous ajoutons même que le Sauveur est non-seulement le chef unique de son Eglise, qu'il est encore son unique époux; consolant, fortifiant et sauvant des incessantes tentations et souffrances par lesquelles il permet qu'elle soit éprouvée , et au moyen des-i quelles le mystère de sa passion se renouvelle , se propage et se consommera jusqu'à la fin des siècles, celte épouse si pure et si chère qu'il s'est acquise au prix de tout son sang.
Rappelons le principe que nous venons de poser : Que tout gouvernement est nécessairement identique , par sa nature , à la société qu'il domine et conserve. Cela posé (et qui pourrait en douter) , disons que .l'Eglise de Jésus-Christ est un corps visible y ce que , à moins d'admettre encore une autre ihéorie proiestante, le synode ne peut nier, et que, par conséquent, son gouvernement, ainsi que le chef qui l'exerce, doit être visible. Dire que le gouvernement, c'est-à-dire l'action du chef, peut être visible, lui restant invisible, serait une sottise si grande, que nous ne pouvons croire personne capable de la
' Ce serait imaginer une monarchie universelle divisée eo cent royaumes, indépendants l'un de l'autre , et régis chacun par son propre prince et par ses propres lois. Une telle monarchie ne pourrait être mieux représentée que par la chimérique agrégation de membres dont parle Horace, et qui jamais ne formeront un tout : Ut nec pes nec caput uni reddatur forma.
soutenir. (1 a donc fallu que Jésus-Christ, se rendant invisible au monde, laissât sur la terre , pour le gouvernement desoD Eglise , un lieutenant, un chef visible, un alter ego^ chargé de la sublime mission de le représenter sur terre , et que cette souveraine autorité, se transmettant à ses successeurs , dorât autant que TËglise elle-même , c'est à-dire jusqu'à la fin des temps.
Si un fonctionnaire de TEtat refusait , en Russie, de reconnaître Tautorilé d'un ministre ou de son général , en récusant cette autorité comme ne pouvant appartenir qu'à Temperear, seul souverain maîire de son empire ou de son armée ^ serait-il, par cette folle allégation, justifié ou au moins excusé d'une désobéissance qui , au fond, ne serait qu'un acte de rébellion, c'est-à-dire de schisme politique?
Dire que Jésus-Christ n'a pas pu déléguer à un homme sa puissance sur l'Eglise, c'est dire qu'il n'a pas pu lui communir quer le précieux don de rinfailltbilité divine; c'est la négation protestante , et c'est , de plus , la négation de sa toute-puiS' sance^ c'est-à-dire de sa divinité; dire que le pouvant ilneta pas voulu , c'est avancer une proposition d'avance condamnée par la promesse formelle de l'incessante assistance divine; c'est encore , sous une autre forme, la négation protestante équivalente à celle de la sagesse et de la bonté du Sauveur. Ou , le synode de Russie n'ayant pas encore adopté en ceci l'hérésie protestante , quoiqu'il n'en soit plus éloigné qu'à peu de distance, nous raisonnerons avec lui suivant les principes catholiques.
Et d'abord nous lui ferons remarquer qu'avec lui la position de la question n'est plus la même. Il reconnaît^ comme nous, la nécessité d'une autorité souveraine et centrale , au moins dans son Eglise, puisque, dès les premiers jours de l'existence de cette Eglise, elle a reconnu la suprématie du siège de Constantinople, jusqu'au moment où un siège patriarcal propre lui fut donné. Depuis la suppression de cette autorité» c'est le synode qui gouverne son Eglise, et pour concentrer son pouvoir d'une manière encore plus étroite ; en d'autres termes , afin de remédier aux inconvénients inhérents à tout gouvernement collectif, il souffre d'être gouverné lui-même par
DE l'empire de RUSSIE. S57
un chef, juge irès-iocompétent en matière ecdésiastique, mais qni a le grand avantage d'avoir une volonté et une puissance absolues. Que dis-je? il ne le souffre pas , il ne s'y résigne pas, comme à une situation plus forte que lui; il loue^ il prône Fomnipotence qui le presse de toutes parts; il la recommande comme établie par les canons des premiers conciles; et, de fait, il en proclame la nécessité. Avec lui ce n'est donc plus Vexistence de droit d'un gouvernement suprême et central qu'il faut débattre; il ne nous faut plus disserter que sur le porteur légitime de cette autorité souveraine. Nous le ferons , d'une part , en examinant , sur cette question , les témoignages des Ecritures , et, de l'autre , en exposant les conséquences de son système de h prééminence impériale.
La foi chrétienne, comme vertu théologique ^ premier fondement du salut, présuppose nécessairement to certitude la plus absolue. Ce n'est même qu'à cette condition que Dieu a voulu nous l'imposer, et l'absolue certitude forme, avec la foi du chrétien , deux idées tellement connexes, tellement corrélatives , que l'une ne peut absolument être conçue sans l'autre dans l'entendement humain'.
Cet axiome, que nous croyons incontestable, posé, il ne nous restera plus qu'à rechercher la source où cette certitude, par laquelle seule la voie de la céleste patrie nous est ouverte , peut et doit être puisée.
Dans l'ordre de la nature visible , elle se déduit du témoignage de nos sens ou d'hommes auxquels nous accordons pleine conflance. Ces témoignages alors ne sont pour nous que des motifs de crédulité ^ et ne produisent que la croyance.
' Il faut bien observer qu'il n*est point îei question de foi humaine ou rationnelle, telle que la veut le protestantisme; mais de celte haute Yertu théologale , le plus précieux des dons de FEsprit-Saint ; vertu tellement active dans le cœur du chrétien, qu'elle le rend virtuellement martyr , dans ce sens qu1l doit toujours être dans la ferme et inviolable disposition de sacrifier ses biens , son honneur , sa vie , à la conservation de sa foi. Demander à Phomme une disposition si élevée au-dessus de sa nature, sans lui offrir, pour hase de celte disposition, la certitude la plus absolue, serait une exigence folle autant que tyrannique. Dieu n*a ni pu ni voulu Texiger de sa créature.
Dans Tordre surnaturel , au contraire, dont tous les mystères sont clos à notre intelligence, ni témoignage des sens, ni témoignage des hommes ne peuvent nous suffire pour engendrer la foi ; car il est bien entendu que cette foi doit être assez élevée, assez puissante pour qu'aucun motif puisse nous porter à l'abjurer ou même à la dissimuler.
Or jamais cette conviction , celte certitude à la fois si vive, si efficace, si inaltérable , ne pénétrera nos cœurs, à moins du témoignage immédiat ou médiat que rend à la vérité Vinfaii' lihle intelligence divine; c'est donc cette infaillibilité même qui devient le seul motif possible de notre foi.
Les protestants ont nié, et non sans motif dans leur incrédulité raisonnée , que Tinfaillibilité puisse jamais être l'apanage de l'homme ; et cette négation eût été parfaitement raisonnable s'il était ici question , d'une capacité naturelle à l'homme ; car elle est un des merveilleux attributs de l'essence divine, qui, ayant tout fait et possédant toute chose, ne peut rien ignorer ni se tromper sur rien de ce qui se rapporte i leur nature matérielle ou inielleciuelle ; mais la prescience, la toute-puissance sont également des attributs éternels, infinis de la nature divine, et cependant les livres saints nous montrent, surtout dans les exemples de Moïse et de Josaé, non pas la possession réelle et absolue, mais l'exercice de celte toute-puissance qui, au moyen de la suspension des lois de la nature, abaltit Pharaon et conquit la terre promise. Nous voyons de même, dans les livres saints, les prophètes annoncer, plusieurs siècles à l'avance, des événements impossibles à prévoir, et ce nous est une preuve irréfragable de la communication qui leur avait été accordée de la prescience divine. Il est donc bien évident que cesattribuls divins, ou plutôt la faculté de les exercer suivant les intérêts de la gloire et de la bonté divines, peuvent être communiqués à l'homme; et ce qui est vrai et historiquement constaté pour la toute-puissance et pour la prescience divines ne peut pas être rationnellement nié pour l'infaillibilité de Dieu.
Celle-ci a donc pu êire déléguée à l'homme ; mais comme c'est un axiome de saine logique , que de la puissance à Pacte la conséquence rCest pas valable , il nous reste à démontrer d'à-
DE l'empire de Russie. 259
bord que cette délégation existe en réalité\ et puis de rechercher entre quelles mains elle a été déposée.
Les saints Evangiles nous apprennent qu'après avoir reçu de la bouche de son apôtre la célèbre confession de sa filiation divine , le Fils de Thomme dit à Simon : Et moi je te dis que tu es Pierre, que sur cette pierre je bâtirai mon Eglise^ et que les portes de V enfer ne prévaudront point contre elle; et c'est à toi que je donnerai les clefs du royaume des deux. Tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux , et tout ce que tu auras dèUé sur la terre sera également délié aux cieux.
UËvangile nous rapporte encore ces paroles de THomme- Dieu adressées à Simon-Pierre : « J'ai prié pour toi, afin que ta foi ne dé faille point. Et lorsqu'un jour tu seras converti , confirme tes frères, >»
Le disciple bien-aimé, à la fin de son Evangile, raconte comment le Seigneur, après sa résurrection, demande à Pierre, par trois fois, s'il Taime plus que les autres, et sur sa protestation affirmative, trois fois répétée, lui donne le pouvoir <fe paître ses agneaux^ de paître ses brebis.
Le premier de ces récits évangéliques nous montre , sous Pemblème du roc, dont le Sauveur lui ordonne de prendre et de porter le nom , son lieutenant , son aller ego sur la terre. Et que le synode de Russie veuille bien remarquer que ce qui est accordé à l'apôtre n'ôte au maître rien de ce qui lui appartient. Quoiqu'il donne pour fondement à son Eglise le roc dont il a fait élection , il n'en est, et n'en demeure pas moins, comme il le déclare à ses adversaires, la pierre angulaire de l'édifice qu'il veut élever à la gloire de son Père ; d'où résulte la très-claire évidence que la proposition à laquelle se cramponne la schismatique Eglise d'Orient, que Jésus-Christ est le seul , véritable et unique chef de son Eglise, n'ofl*re pas la
' Ce sera , si Ton peut s'eiprimer ainsi , une sorte de pléonasme lo- 9ique; car c'est un axiome d'une évidence majeure, que tout ce qui est Nécessaire existe. Or, nous avons fait voir que Tinfaillibilité est la condition absolue de la certitude; que la certitude est la condition nécessaire de la foi chrétienne ; que celle-ci est la première condition du salut, ^onc , rinfaillibilité étant la condition absolue du salut pour lequel tout ^<^nime a été crée , elle est nécessaire , donc elle existe.
â60 DE LA SITUATION RELIGIEUSE
moindre contradiction avec Tidée de la substitution de Pierre et de ses successeurs à sa personne divine. Ce n'est que la svistitution d'un rocher^ visible à tous les yeux^ à la pierre onjiikttre, devenue invisible aux hommes, depuis son exaltation ao plus haut des cieux'.
Et celte substitution , qui ne devait avoir son effet qu'après que le divin époux se serait corporellement séparé de son Église ; cette parfaite substitution future éclate, avec une vive lumière, dans la promesse, non de lui confier ^ mais de lui donner les clefs du royaume des cieux ; par où THomme-Dieu mettra entre ses mains la plénitude de la puissance divine, non-seulement pour la rémission des péchés , mais pour tout ce que la puissance divine peut lier ou délier sur la terre et dans les cieux. La parole apostolique aura la même puissance que la parole de grâce du Rédempteur ; tout, sans exception aucune , sera lié ou délié dans le ciel, suivant qu'il l'aura remis ou retenu sur la terre.
£t quelles étaient donc ces clefs immatérielles du royaume» qui devaient rester sur la terre, pour le salut des hommes i déposées en des mains uniques*^ chargées d'en communiquer et d'en transmettre, sans fin , la vertu à ce sacerdoce chrétien qui ne devait recevoir son institution qu'à la Cène du Seigneur? Que pouvaient-elles représenter , dans le langage fi* guré du Sauveur , si ce n'est renseignement des mystères de la foi et des règles de la morale révélés par le Verbe incarné, et
' Il faut bien admettre quMl y a accord parfait entre les deaz emblèmes que Jésus- Christ nous offre pour sa sacrée personoe et pour celle de son apôtre ; autrement il y aurait conlradiclion entre les paroles de la soU' veraine Sagesse.
* Nous ne pensons pas que , malgré Taffeclation calculée qu'apporte I0 synode à accoupler, en quelque sorte et toujours, saiot Paul à saint Pierre « eu leur donnaol la dénomioatiou indivise de chefs des apôtres ^ il ose pré' tendre que saint Paul ait participé à la possession des clefs du royaume et de la houlette du pasteur , remises, comme Tatteslent les saints Évan^ giles, aux mains de Pierre. Il faudrait, pour établir cette copossession^ dont rien ne démontre l'utilité, mettre au jour quelque témoignage évan--' gélique ou apostolique ; et saint Paul était si loin de réclamer autant prérogative de cette espèce , que , dans son admirable humilité, il se pro^ clame lui-même leplits petit des apôtres, un avorton du collège apostolique^ indigne de lui appartenir , parce quHl avait persécuté V Église de Dieu^
DE l'empire de RtSSlE. 261
sans le maintien desquels nul n'enirera au royaume réservé à ceux-là seuls qui y auront été fidèles ! Mais , comme nous l'a- TOUS vu , cet enseignement si précieux , si indispensable» n'eût été d'aucune vertu , s'il n'eût eu pour garantie suprême la divine infaillibilité sans laquelle aucune certitude, dans l'ordre surnaturel, aucune foi n'est possible.
Le second texte que nous avons cité développe davantage encore l'étendue de la substitution de la personne de Pierre , à celle de THomme-Dieu dans l'exercice de son pontificat divin. Après lui avoir assuré, par la vertu de sa toute-puissante prière» l'inappréciable privilège de VindèfectihUitè dans lafoi^ dont la droite raison ne saurait séparer VinfaillibUité dans Tensetgnement, le divin Sauveur le charge de confirmer ses frères. Que peuvent signifier ces paroles qui n'ont plus rien de figuré, si ce n'est de les fortifier dans cette même foi dont l'indéfectibilité n'est assurée qu'à lui , et de les confirmer dans l'exercice de la puissance sacerdotale dont la plénitude devait leur être conférée?
Eh quoi, nous dira-t-on , c'est le Sauveur en personne qui doit les élever à ce sacré caractère , et ne sera-ce point une offense faite au suprême pontificat de THomme-Dieu, que de les confirmer dans l'auguste caractère qu'ils auront reçu de lui? £n jugeant les choses d'après les courtes vues de notre raison et sa débilité en matière surnaturelle, il faut l'avouer, cela semblerait ainsi. Mais la parole de Jésus-Christ est là^ elle suflit et supplée à toute réponse. Toutefois l'objection qui nous serait ainsi faite est toute à l'avantage de notre doctrine, elle prouverait même plus que nous n'avons avancé ; car, puisque cetie confirmation a été attribuée à Pierre, elle a donc éié jugée nécessaire par Jésus-Christ lui-même, malgré Tincontestable efficacité de la consécration sacerdotale que les apôtres devaient recevoir de lui , et cela nous donne une idée plus nette encore de la substitution des personnes, lorsque le Seigneur aurait quitté la terre ; substitution tellement étroite, qu'elle a , quant à Texercice du pontificat suprême , quelque chose d'éqmy^leni kVidentification des deux personnes'.
* C'était sans doute pour déclarer cette sorte d'identiûcalioD de Jésus-
26i DE LA SITUATION RELiCiBUSfi
Le coiniDandement du Sauveur prouve, d'ailleurs, quHl avait un objet plus spécial encore , pour Vavenir de son Eglise, que pour son état présent , car si cette confirmation a été ju- | gée nécessaire par le fondateur de TEglise^ à Tégard du col- ' lége des apôires , qui tous avaient reçu leur caractère sacré de Jésus-Christ lui-même \ qui tous avaient reçu son enseignement divin et l'explication des mystères de sa prédication; qui tous devaient être les témoins de sa glorieuse ascension , et recevoir» peu de jours après un événement si pleinement confirmaiif de leur foi , la plénitude des dons de TEsprit-Saint; et qui , armés du don des langues et des prodiges ', devaient bientôt se diviser la surface du globe pour y porter la lumière évangélique; si , disons-nous, cette confirmation, cette juridiotion suprême de Pierre sur ses frères dans l'apostolat, a été jugée nécessaire , afin^ sans doute, de mieux assurer et de resserrer plus étroitement le lien de l'unité; combien plus devait-elle devenir indispensable aux temps futurs, alors que, par la puissance de la voix pontificale, des milliers d'ouvriers évangéliques, pénétrant jusqu'aux extrémités du globe, y auraient enfanté à Jésus-Cihrist une multitude d'Eglises, fidèles à cette unité, quoique diverses de races, de langues et mémedecoa^ leurs ? De là il faut conclure , à moins de fermer à la lumière les yeux de la raison , que la substitution de Pierre à la personne de Jésus-Gbrist doit se perpétuer, de siècle en siècle, avec la même puissance de confirmation et de mission , que le Sei«gneur a si clairement léguée au vicaire perpétuel qu'il s'est donné sur la terre. Dire, ou faire entendre, avec le synode de Russie et les évêques qu'il a pervertis, que Jésus-Christ , parce qu'il est le chef véritable et unique de son Eglise, n'a
Christ avec son TÎcaire , que le Sauveur paya la capitation de Pierre avetp la sienne propre, comme ne constituant, en quelque manière, qu^un» seule et même personne.
' Les livres saints nous montrent Pierre favorisé , même quant aa don» des miracles, au-dessus de ses frères. C'est en lui que s*est accomplie la promesse qu'il avait faite à ses ap6tres, d'opérer, par la puissance d» son saint Nom, des prodiges encore plus éclatants que ceux qu*il avaiC' opérés lui-même, puisque nous voyons V ombre même de Pierre rendra la santé aux malades sur lesquels, souvent à son insu , cette ombre passait.*
ni ne peut avoir sur la terre un représentant , dépositaire de sa puissance souveraine, ce n'est pas seulement manquer à la vérité comme à la droite raison , c*est encore résister au rayon lumineux qui jaillit de la parole évangélique.
Ce que nous voyons donc clairement ressortir de cette pa* rôle y et ce que , d'ailleurs, à défaut d'un témoignage écrit , la simple raison nous ferait connaître , c'est que le fondateur de notre sainte religion a dû laisser et a laissé en effet un représentant de sa sacrée personne, un héritier perpétuel et visible de sa puissance pastorale sur la terre; mais ce dont nous ne trouvons aucune trace, ni dans les Écritures^ ni dans la tradition de l'Eglise, c'est que cet héritage ait été laissée la puissance politique. La réponse du Sauveur aux Pharisiens qui le tentaient sur le tribut à payer à César nous montre , bien au contraire, la distinction radicale que faisait l'Hommc-Dieu entre le pouvoir temporel et la puissance spirituelle. Rendez à César ce gui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu, Ce précepte nous découvre , sans ambiguité quelconque , la ligne de démarcation établie entre les deux pouvoirs. Âl'un le tribut, c'est-àdire l'obéissance dans son application la plus difficile, qui est le sacri6ce de la propriété, du prix de ses labeurs; à l'autre, le sacrifice du cœur et des penchants viciés de la nature ; le sacrifice, par la foi, de l'orgueilleuse indépendance de la raison , et par la pratique de la pure et sanctifiante morale de l'Evangile, le sacrifice des passions déréglées de notre nature. Nous ne croyons pas qu'il y ait rien de plus antiévangélique que la doctrine de la confusion des deux pouvoirs, dans ce sens , q^ue le souverain temporel ait pu s'arroger de droit l'exercice de l'autre pouvoir , ou qu'il puisse le posséder par délégation divine'.
Et comment, en effet, cela pouvait-^il être? Au moment où le Sauveur fondait son Eglise , le monde presque entier était gouverné , ou plutôt tyrannisé par ce monstrueux Tibère, qui devait avoir pour successeurs les Néron , les Caligula , les
' Et cependant, hors la délégation divine, ^exercice du suprême pon* tiGcat de THonime-Dieu est une usurpation aussi évidente qu*elle est impie et gacrilége.
264 DE LA SITUATION RELIGlKtSE
Dioclétien, impurs et sanguinaires antagoDistes delà religion du divin crucifié. Plus lard , cet empire romain , si longtemps gouverné par des monstres dont la mémoire inspire encore de l'horreur, devait, avant de tomber sous la hache vengeresse des peuples barbares, se diviser en deux grandes moitiés, et chacune d'elles avoir des maîtres différents. Si le pouvoir pastoral avait été délégué h ces princes , le schisme était établi de fait, et même de plein droit dans l'Eglise; car leur jalouse rivalité suffisait pour les engager à imiter Jéroboam et ses successeurs, en établissant dans leurs églises, sinon des cul* tes et des dogmes différents, au moins deux pontificats rivaux, et bientôt ennemis '. Et chose merveilleuse , chacune des deni Eglises, malgré leur opposition, eût été parfaitement orthodoxe; car chacune d'elles eût obéi au vicaire de Jésus-Christ, revêtu par lui d'une inconiestable autorité. Nous réserverons le développement de cette consécfuence pour le moment où elle entrera d'elle-même dans notre controverse.
En attendant , quelques propositions intimement liées à notre sujet nous paraissent essentielles à établir.
Premièrement , les souverains temporels sont radicalement incapables d'exercer le gouvernement spirituel '.
Toute autorité vient de Dieu seul. Lui seul ayant tout créé, possède toutes choses, et, par droit de propriété, en dispose en toute souveraineté. D'où il suit que nul autre que lut, ou celui à qui lui-même en a conféré le droit, n'a celui de donner des lois , c'est-à-dire d'imposer sa volonté à aucune créature raisonnable, douée, comme lui , d'une volonté libre et indépendante. Dans l'ordre temporel, des événements dont Dieu permet les causes et les conséquences, et dont lui seul prévoie
* Nous ne parlons ici que de la division de i*empire romain en deo^ grandes souverainetés indépendantes. Que serait>il arrivé à Tépoque où tant de royaumes devaient sortir et se former des immenses débris du colosse romain? Le Sauveur avait-il prévu cette transformation du monde romain; et si, comme on ne peut, sans impiété, le révoquer en doute» ces grands événements ont été, non-seulement connus à l*avance, mais préparés et conduits par sa toute-puissante providence, pouvait-il exposer son Église à subir les mêmes déchirements?
' Voy, notes additionnelles 35.
DB l'empire de RUSSIE. 265
et connaît toute la portée , font naître ou périr ces grands établissements politiquesque qoqs nommons des Etats; ils déterminent la forme extérieure de leur gouvernemeDi, et mettent Tantorité aux mains de tel ou de tel individu , de telle ou de telle famille; car les événements historiques ne sont que les leviers visibles qui servent d'instruments à Texécuiion des décrets de sa prescience divine. C'est pour cela que la souveraine Sagesse nous apprend dans les Ecritures que cest par eUe fue le$ rois régnent et que les princes décernent leurs lois.
Dans Tordre spirituel , le plus essentiel et le plus relevé des deux, le gouvernement, qui n'est autre chose que l'empire des esprits et des consciences, appartient bien plus directement encore an législateur suprême , puisque lui seul , pénétrant Tabime des consciences que l'homme connaît si peu par luimême et en lui-même , a le droit et le pouvoir de leur imposer le frein de ses lois : lui seul aussi est capable d'attacher k ces lois la terrible alternative d'un bonheur ou d'un malheur sans bornes et sans terme.
11 est donc arrivé que le Maître souverain des cieux et de la terre a livré au cours des événements dont sa suprême sagesse s'est réservé la secrète direction, l'établissement et la chute des empires et de leurs trônes , sans toutefois que l'on en puisse raisonnablement inférer que le cours de ces événements ait été abandonné à je ne sais quelle espèce de hasard ou d'aveugle nécessité que l'on appelle la force des choses. Mais pour ce qui regarde l'empire des consciences, il s'en est si exclusivement réservé le droit direct et l'exercice parvoiede délégation, que nous ne découvrirons nulle part la moindre trace de son élablissemeni légitime et régulier parmi les hommes, au moyen d'institutions publiques dont ils auraient été les auteurs.
L'établissement légitime et ré^rti/ier de l'empire des consciences, autrement dit du sacerdoce, n'a en lieu que chez les juifs et chez les chrétiens. Chez ces deux peuples qui, religieusement parlant, n'en font qu'un, puisque les chrétiens sont les véritables fils d'Abraham, l'institutiondusacerdoce a été l'œuvre de la révélation , c'est-à-dire de l'intervention directe de la Divinité. Partout ailleurs les institutions sacerdotales ayant été l'œuvre politique des législateurs humains, leur résultat
direct a été la démoDolâtrie et son exécrable sacerdoce. RésU' inaDt toute uotre pensée , nous le répéterons donc, conformé* ment aux enseignements de Thistoire : l'établissement des empires a suivi le cours des événements militaires et politiques; institution du sacerdoce divin les a traversés , immuable et indestructible comme la puissance éternelle qui Ta fondé.
Et bien que chez le peuple d'élection » le seul à qui il ait plu à Dieu de donner une législation temporelle, lui-mémeait désigné ceux à qui il a donné la couronne^ nous voyons avec la plus haute évidence qu'il ne leur a pas accordé la moindre puissance sur les choses de sa loi ni de son culte'. Aussi voyonsnous l'immense difierence , en fait de sto6»7»/^ inhérente à chacune des deux institutions. Après quatre siècles de règne, h race de David est tombée du trône ; celle d'Aaron s'est perpétuée dans la possession du sacerdoce suprême jusqu'au joar de l'abolition du culte hébraïque : l'une est tombée sons le fer du roi de Babel, l'autre s'est conservée pendant une longue et périlleuse captivité sur les rives de l'Euphrate.
Comment, à la vue de faits si marquants, pourrait-on croire, soutenir et enseigner que Dieu ait confié la suprême autorité, dans son royaume terrestre^ aux éventualités de l'extinction des races royales ou de la chute des empires' ? La sagesse divine ne se méprend point ainsi sur les chances delà stabilité perpétuelle qu'elle a voulu assurer à son Eglise.
L'efficacité du pouvoir spirituel dépend , d'ailleurs, exclusivement du fait de la mission divine. Le Verbe incarné, ayant pour un temps voilé ses splendeurs divines pour prendre la forme extérieure du serf, afin d'enseigner aux hommes les vérités du salut, n'a pas voulu lui-^méme opérer cette œuvre
' Dans les livres saints, nous voyons bien quelques grands prêtres mis à mort par ordre des rois ; mais ce pouvoir de vie et de mort , bien oa mal exercé , n*atteignait que leurs personnes et jamais leur juridictioD. Lorsque les rois d'Israël ont voulu instituer un sacerdoce propre à leur pays, il en est résulté aussitôt un culte idolâ trique ; et il n'en a jamais été autrement dans TÉglise. Dès qu'un souverain a osé isoler son Église du pontificat légitime, elle est tombée dans l'hérésie , qui est une autre espèce d'idolâtrie, celle de notre faible raison,
' Voy. note additionnelle 53.
ineffable autrement qu'en vertu d'une mission directe de son Père. En vingt endroits de son Evangile il atteste à ses disciples comme à ses adversaires cette mission divine, et il la transmet » dans toute sa plénitude , à ses apôtres , comme indispensable condition du succès de leurs travaux. De même que num Père m^a envoyé , je vous envoie , et cette toute-puissante mission, il ne l'adresse point aux princes de la terre» il l'adresse à ses apôtres et à leurs successeurs.
Etes-vous , membres mitres du synode de Russie , ou vous croyez-vous au moins légitimes successeurs des envoyés du Christ? Vous croyez-vous les sacrés dépositaires de la houlette pastorale, remise par les mains du suprême Pasteur à ces apôtres si digne de la porter ? Gomment , si vous avez foi en ce caractère si auguste, qu'il dépasse debien loin toutes les splendeurs du sceptre impérial; comment, dans ce cas, mettezvous aux pieds d'un homme couronné les insignes de votre apostolat' ? Vous l'appelez l'oint du Seigneur , et nous ne lui contesterons point ce prédicat, puisque, bien qu'au pied de vos schismatiques autels , l'huile bénite par vous a coulé sur son front. Mais cette onction de pure cérémonie, qu'est-elle comparée a l'onction sacramentelle qui s'est répandue sur le yôtre, pour y imprimer un caractère tellement auguste, que les anges peut-être trembleraient de le recevoir? Profondément humiliés dans votre ministère , tantôt nous nous voyons prosternés devant un prince armé du glaivedes combats, et qui se répute le premier des guerriers de son empire ; tantôt devant une femme souillée du meurtre de son époux, de l'usurpation de sa couronne, et de déportemèntsqui font rougir son sexe. Couverte, comme d'un manteau qui cache ses turpitudes, de votre système de la prééminence impériale^ elle vous gouverne , et par vous votre Eglise; elle est le pontife suprême que l'auteur de toute pureté et de toute justice vous a donné!
Et cependant c'est à ce système , érigé par vous en doctrines des premiers conciles ^ que vous sacrifiez la paix et la charitable concorde des Eglises ; car vos actes font foi que vous n'avez rien d'autre, que l'accession à cette prétendue doctrine, à
' Voy, Dote additionnelle 34.
demander à ceux qui, jusqu'ici nos frères, croyaient comme nous, et que vous ont livrés les criminelles séductions du pouvoir séculier! Infidèles pasteurs , qui entrant, d'ailleurs que parla porte, au bercail sacré, n'y venez que pour perdre et donner la mort ! que de voix accusatrices s'élèvent contre vous, dans les tortures de leurs consciences , et vous reprocheront I jamais vos coupables connivences à un pouvoir dont vous devriez être les juges au lieu d'être ses esclaves !
Et si vous ne respectez pas assez votre dignité pastorale pour la maintenir à la hauteur où l'élève la consécration que vous avez reçue, que n'avez-vous au moins plus de considération pour les lumières que vous devez avoir tirées de votre éducation cléricale , de vos études théologiques? Penseriez-vous, en effet, qu'une inspiration directe de l'Esprit-Saint vienne suppléer, chez vos souverains, à l'instruction religieuse qoi leur est donnée dans un âge où à peine ils sont capables de h bien comprendre ; instruction suffisante, si vous vouiez, pour une ouaille soumise aux enseignements de son Eglise, mais bien défectueuse assurément pour un jeune prince , destiné par sa naissance à gouverner l'épiscopat de son empire. Et d la houlette suprême vientàtomber, comme cela est assez souvent arrivé chez vous, aux mains de quelque princesse élevée dans les dogmes de la communion protestante? Nous ne savons ce que vous en pensez, mais il nous semble que cette considération secondaire donne bien de la force à la proposition sur laquelle nous vous invitons à réfléchir : que les souverains temporeis sont radicalement incapables de gouverner l'Eglise.
Nous avons déjà touché ailleurs celle de toutes les conséquences de la suprématie temporelle sur l'Eglise qui nous parait la plus diamétralement contraire aux vues de son divin Fondateur, ainsi qu'à son Evangile, parce qu'elle seraitla plus funeste et la plus incompatible de toutes avec l'existence môme de l'Eglise, dont le nom signifie communauté. Cette conséquence immédiate , nécessaire , inévitable , c'est son fractionnement en Eglises nationales et en schismes subalternes, se divisant à l'infini. S'il est vrai , comme nous l'avons énoncé, que toute société n'a d'existence que par son gouvernement, qui la lie, la forme et la conserve, il devient évident que le
mode de son gouvernement devient exactement celuide son existence. Or 9 comme aucun souverain ne peut étendre Faction de son gouvernement spirituel au-delà de la limite de ses Etats » celle-ci devient la circonscription nécessaire de son Eglise. Dès lors plus de communauté certaine et assurée de dogmes, de culte, ni même de principes moraux enlre deux églises , même les plus voisines de territoire, comme nous le voyons entre la Russie et la Prusse' ; plus de communication spirituelle, plus d'unité dans le christianisme. Et comme le même droit de souveraineté engendre en tous lieux le mêmedroit de suprématie spirituelle, en faveur du pouvoir politique, quelle que soit sa forme, nous verrions le chef temporaire de la république de Saint-Marin suprême pontire de son Eglise, de même et au même droit que l'empereur Nicolas de la sienne. Il est vrai que celui-ci exercerait son pouvoir, environnéd'unsplendide état-major d'archevêques et de métropoliles, formés en synode; tandis que le suprême magistrat de San-Marino ne trouverait à morigéner que quelques obscurs curés de la ville et de sa montagne. Mais cette circonstance ne fait rien au principe , dont Tapplication aurait quelque chose de risible , si ses conséquenct*s n'étaient pas si funestes.
Poussons plus loin encore ces conséquences, et poursuivons les jusqu'à leur résultat final; car ne nous étant jamais assis sur cette chaire de pestilence que , dans notre malheureuse France, Ton appelle la doctrine, nous ne sommes pas familiarisés avec cet illogique juste-milieu , dont le système consiste à accepter, suivant l'intérêt du jour , toute espèce de principe imposé par les faits, et de se consumer ensuite dans l'emploi d'expédients incessants qui, tour à tour, révoltent le cœur, la conscience et l'honneur, pour en empêcher Tapplication. Nous détestons cette école de mensonge , de duplicité, d'escamotage , et aucune considération ne saurait nous empêcher d'arriver à démontrer, par l'extravagance ou par la criminalité des conséquences, ce qu'ont d'insensé, de criminel , les prémisses.
Nous posons donc au synode et au gouvernement russes ce
' Voy» note additionnello 55.
diiemme : Ou la suprématie impériale sur TËglise, élablie et maintenue en Russie, est évangélique, ou elle ne Test pas. Si elle Test , c'est une institution divine, obligatoire pour le monde entier, et qu'il y a eu de Timpiété à n'avoir pas admise , ja»qu'à ce jour, en tout pays chrétien. Mais dans ce cas vous êtes rationnellement contraints à admettre que quiconque adopte et professe la religion de son souverain se trouve dans les conditions de Tobéissance évangélique au chef légitime deTËfilise, quelle que soit d'ailleurs la divergence de doctrines entre la reine d'Angleterre , par exemple , et l'empereur de Russie. Vous ne voudriez pas sans doute avilir votre cause jusqu'à la subordonner à une conséquence aussi absurde. Si elle ne Test pas, c'est une institution humaine, établie contrairement aux règles de V Evangile. Alors il a été impie de la concevoir, de l'admettre en théorie et de l'établir en pratique ; il faut donc l'abjurer et l'abolir aussitôt. Dans ce dernier cas, vous n'avez pas d'autre refuge que l'Eglise romaine, avec laquelle vous concordez , quoi que vous vouliez prétendre, en matière de dogmes et de culte. Aimeriez-vous mieux rentrer sous la juridiction du patriarche de Stamboul, courbé sous la despotique autorité du sultan? Il n'y a pas d'apparence; car alors vous auriez aggravé la situation de votre Église, en l'asservissant à un souverain mécréant à la place d'un prince qui , au moins , a l'avantage d'être chrétien! La raison , d'accord avec l'évidente vérité, ne vous offre donc aucun milieu. Ou renoncera la doctrine de la suprématie impériale, qui seule vous isole de la grande communion des chrétiens , et qui , comme nous l'avons fait voir , vous conduit h la contradiction la plus absurde et la plus opposée à votre prétention à l'orthodoxie ; ou bien, en continuant à la maintenir , contrairement à l'institution évangélique, légitimer toutes les erreurs que, daccord avec leurs souverains, professent des nations entières, et par là vous approcher de plus en plus de cette vaste anarchie intellectuelle qui s'appelle protestantisme. Ce sera un acte de franchise que de vous ranger du côté de ce système irréligieux et antireligieux , qui prive de la sanction divine toute la foi chrétienne en brisant l'Eglise de Jésus-Christ en églises nationales, espèces d'individualités collectives; en attendant,
ne tarde pas d'arriver , à la broyer en individualités usement individuelles. Et, ce qui sera spécialement ad« , c'est que parce moyen si simple, et qui cependant happé à la perspicacité de celui qui avait prétendu, nous Pavons vu , donner à son Eglise une autre garanabilité, Torthodoxie, devenue générale, sera lepréiriage de toutes les nations, quelque opposées que Ton ^ncevoir leurs doctrines et leurs pratiques; c'est ce •us reste à prouver.
xiste dans TEgliseune autorité légitime (fût-ce celle ices temporels), nul doute qu'elle ne soit obligatoire, ous le rapport de la foi, et que ceux qui s'y attachent imission et fidélité soat orthodoxes. Vous ne sauriez le uisque c'est Vuniqite fondement de l'orthodoxie à lavous avez, dites-vous, rappelé des frères que la séi politique vous avait enlevés. Après qu'ils se furent ;ous votre obédience, et par elle sous la suprématie lie de votre maître, vous n'avez |>/u^ tien à leur deman^ is leur accordez le prédicat d'orthodoxes, et vous orà tous et à chacun, dans toute l'étendue de l'empire , !ur plus donner d'autre nom. De ce fait décisif, et qui que mettre en pratique votre principe de la parfaite ixie de ceux qui , en matière spirituelle, reconnaissent é du prince , découlent quelques conséquences incons que nous allons mettre sous vos yeux.
^issunce au prince constituant l'orthodoxie des sujets , l'* qu'il n'y a plus de foi intrinsèquement orthodoxe, ) la légitimité de la foi se trouve dépendante de la voiriabie du souverain et de ses successeurs , auxquels ni bililé ni l'assistance quotidienne du Sauveur n'ont été is. La Prusse et la Suède , vos plus proches voisines , dément orthodoxes, l'une avec son calvinisme dit ré- Tau tre avec son luthéranisme épiscopal dit évangélirce que ces deux religions sont professées par leurs ins et enseignées par leur autorité. L'Angleterre, avec ite-neuf articles de son Eglise établie, et sa Jeune et )apesse , est on ne peut plus orthodoxe , malgré sa défi du dogme de la présence réelle, que vous professez,
373 BE Là STCATIOS ftEUGIBCSB
et la délesutioli que To«s-BéBes devez reasenlir pour la doctrine oootnûre'. L'Aotriclie, la Bavière, quoique catholiques, sont également orthodoxes, pvisqne le catholicisme est la religion des souverains de ces pays. Hais le pins éminemBient orthodoxe de tons, sera lepn^ toroû», puisqu'il suit renseignement de celui qui, assis sur le siège de saint Pierre, est encore, et précisément à œ titre, leur souverain territorial. Il en découle : i"" que Forthodoxie des nations varie an gré des événemenls qui changent leur nationalité. Ainsi les populations des deux grands-duchés de Posen et du Rhin , qui , dans ces derniers temps, se sont montrées bien plus catholiques que ne le croyait leur souverain protestant , étaient pa^ faitement orthodoxes lorsqu'elles appartenaient , Tune au ropnme de Pologne et les antres aux électeurs et aux prinoes ecclésiastiques de Fancien Empire, dont elles snivaient et partageaient le catholicisme. Hais elles sont devenues , en eonut' vani la même religion , le même ctdie^ la même hiérarchie itKgieuie^ très-hétérodoxes , depuis qu'elles sont tombées sous le sceptre calviniste de la maison de Brandebourg. D'après ce même système, les malheureux Irlandais auraient conservé leur ancienne orthodoxie 9 si les Stuarts eussent conservé leur couronne, et les voici de malheureux hétérodoxes , parce que leur sceptre a passé dans la maison de Brunsvrick , aujourd'hui remplacée par une dynastie saxonne. Nous ne savons trop que dire de la situation des nouveaux royaumes de la Belgique et de la Grèce, dont les souverains professent une religion différente de celle de leurs sujets , mais qui se sont engagés à leur laisser une dynastie élevée dans la religion dominante. Ces peuples sont peut-être affligés d'une hétérodoxU provisoire y que la mort de leurs souverains transformera,
' On se souvient qu'avant de recevoir Thommage de sa pairie, la reine Victoire fut obligée de déclarer, sur son honneur virginal , ne pas croire à la transsubstantiation. Ce fait, tout au moins complètement ridicule eo lui-même , avait quelque chose de passablement contradictoire avec 1* papauté nationale de la jeune reine. Haisûl faut observer, qu*À Tinverse de ce qui eiiste en Russie , sous le nom du souverain doit toujours être entendu le parlement, tandis que sous le nom du synode, il faut entendre Tempereur.
après un temps plus ou moins long, en orthodoxie réelle, ce qui, si l'orthodoxie est un bien , doit les engager à prier le Seigneur d'abréger cette période pendant laquelle leur salut ^ en péril.
Et puisque la suprématie spirituelle appartient, de droit dÎTÎn, aux souverains temporels, ce n'est pas à eux à embraser la religion de leurs peuples : c'est aux peuples, au con- ^taire, à embrasser celle de leurs souverains. D'où il résulte , ^n troisième lieu : l'' que dans le cas où un empereur de Russie viendrait à embrasser quelque jour le catholicisme ou le ^protestantisme, le synode ne pourrait, sans fouler aux pieck ^â doctrine actuelle, ou , ce qui est plus singulier, sans renon- ^^eràson orthodoxie, refuser, d'accepter la nouvelle religion de son Pontife ; et 2° que l'orthodoxie des Eglises d'Orient «stau moins fort équivoque, puisque, obéissant au vicaire du prophète, elles n'ont pas adopté sa foi. Pourtant si le sultan , profitant de l'exemple et de la théorie de la prééminence impériale, professée et si rudement pratiquée par son puissant voisin , allait tout à coup se souvenir qu'il est l'héritier des anciens empereurs du Bas-Empire, en faveur deequels de» concis les avaient décrété la prééminence impériale; si, pour la mieux exercer , en vertu de ce droit de succession , il venait à former à Stamboul un très-saint synode dirigeant, auquel « pour plus de commodité, il préposerait, en guise de procureur, quelque eunuque de son harem ; si , poussant plus loin l'effet de ses bonnes intentions envers l'Eglise grecque, il se faisait donner des informations très-précises sur les rits et cérémonies anciennes ou nouvelles de son culte, lui prescrivant de rétablir les unes et d'abolir les autres; si, dans son zèle pour la pureté primitive de cette Eglise , il allait jusqu'à lui fournir gratuitement ses livres liturgiques, purgés des défauts que le laps du temps y avait introduits , ce n'est pas aux Grecs que nous le demanderons, car ceux-là obéiraient avec crainte et tremblement ; c'est au synode de Russie que nous adresserons cette question : les Grecs seraient-ils tenus d'obéir? Car, dans le système de la prééminence impériale accordée , suivant lui , par les premiers conciles , aux empereurs de Byzance , le sultan, successeur par droit de conquête, de tous les Etats
DE Lk SÏTCATIOIS RELIGIEUSE
de ces princes » est entré de plain-pied dans tous leurs âvùi%^ et la même obéissance reste due, à mn égards aux décrets du concile.
Nous savons que, si le synode russe daignait entrer daiis )*exanien d^une question qui lui para il rai t p€tit-étre suscitée comme une embûche ^ il dirait que k chrisiianisme est lapnmière condition exigée pour qu'un souverain puisse exercer la suprématie spirituelle qui lui est dévolue sur des chrétiens. Nous ne savons si celle restriction a été insérée îiu canon du concile qui a décrété h prééminence impériale, et, sans doute, nous demeurerons, à cet égard , dans une incertitude d"uae longue et pénible durée ^ puisque le synode russe oe paraît guère disposé à mettre au jour le secret document dont il^t le dépositaire. Ce que ootis savons, c'est que celte restriction aurait apporté an décret en question une moditicatîon de trèshaute importance, et qu'il serait très-bon de connaître. Car, qui sait? peut-être allait-elle un peu plus loin que la condition de chrislianùme , et n'étendait-elle le droit de suprématie spirituelle, au, pour parler plus exactement , celui d^étre rétêque extérieur, le protecteur privilégié , le défenseur perpétuel de l'Eglise , qu'aux empereurs soumis à son autorité , à Texclnsion des Constance, des Valens et des autres princes infectés dV rianisme ou de toute autre impiété, hérésie on schisme à naître dans la succession des temps. Et si cette hypothèse était une réalité, il fau lirait donc que, préalablement à l'exercice de sa suprématie, le souverain justifiât de son droit moyennant une profession authentique» et irrévocable surtout, de sa foi; car , s'il venait à en changer, quelle puissance supérieure à la sienne viendrait le priver du droit et de l'exercice de son pontificat suprême? Toutes ces possibilités ooi dû être prévues j et leurs conséquences déterminées dans les canons qu'allègue, sans les citer, le synode russe. Or , de tout cela il résulterait que l'empereur ne serait que cooditionnellement mis en possession de la prééminence impériale, et qu'avant de gouverner TEgEise il lui faudrait justifier de sa soumission à ses lois^ ce qui produirait une assez singulière confusion de droits et de puissance. 11 resterait encore à spécifier les moyens que rËgtise se serait réservés pour empêcher un empen
]>B l'ehfiee de bussie.
hétérodoxe d'exercer sa préémîoence, ou pour ren priver à l'instant ou il aurait prévariqué dans la foi. Les canons qui ont pourvu à toutes ces éventunlhéa doivent être très-ex pUcîtes sur ces périlleuses complicaiioDs, et il serait tout à fak généreux au synode russe de renoncer à sa réticence pour rînstrociion delà chrélienio, quia le malheur d'ignorer tant de belles clioses !
Sans prétendre faire violence à la discrétion du synode, nous nous bornerons à émettre notre conviction , que rien D arrive ni ne peut arriver ici-bas sans avoir été > de toute éler- Hitts prévu par le divin Fondateur de notre Eglise. Les vicissitudes des empires et les futurs égarements de leurs souverains ne lui étaient donc pas cachés; et, pour en prévenir Teffet dissolvant sur riniëgrité de TEgUse et de la foi, deux moyens s'offraient à son choix : le premier , le plus simple et le plus efficace iHait celui d'une indépendance absolue de son épouse chérie , du pouvoir des souverains; le second, de fixer exactement les conditions de son asservissement à Pautorité temporelle. Quant an premier point, nous avons vu que^ en bâtissant son Eglise sur le roc inébranlable à tous les efforts de Tenfer ; en cboisissant, pour être ce roc , un apôtre entre les mains duquel il dépose k toujours les clefs de son royaume, avec le trésor de son infaillibilité, auquel il remet et laisse la sacrée houlette de son pastoral suprL'me^ pour paître agneaux €t brebis , le Sauveur a clairement et suffisamment pourvu à la parfaite liberté de son Eglise. Et, quant au second point, €*est k ceuK qui l'admettent a nous montrer établie but dùcummts aulhmikjfues f non-seulemenl. la doctrine de la dépendance conditionnelle de l'Eglise, avec toutes les dispositions •restrictives suivant lÉ^squelles elle aurait pu devenir applicable en pratique, sans amener la dissolution de Tuniié de lu foi. Ce qu'il faudrait nous montrer de plus, et avant toutes choses peut* être , ce sont les moyens que le Sauveur aurait mis à la disposition de TEglise pour pouvoir, aussitôt que les conditions mises à son obéissance auraient été violées par le fait de quelque tyrannie bien absolue dans ses volontés, et jdiêpo&ant d'une puissance illimitée, jeter bus le joug d'une âoumission ^Uiusive et se soustraire à son esclavage. — En vé-
rite, nous ne croyons pas qu'il puisse exister» comme conséquences d'un faux principe , une série d'extravagances aussi longues, aussi complètes et aussi palpables que celles que nous avons déduites et que nous pourrions déduire encore du système admis et prôné par le synode de Russie.
Le résumé par lequel il nous parait essentiel de clore ee chapitre nous fournira quelques réflexions propres à terminer notre controverse sur le schisme.
C'est une lamentable vérité qu't7 existe dans VEgtisi un schisme qui déjà compte huit siècles d'existence. Mais un schisme , qu'est-ce autre chose qu'une séparation injuste et videBte de la partie d'avec son toutj une révolte permanente de lajit^ vince contre VEtat, révolte illégitime, éternellement nulle ei droit, et qui ne peut jamais en acquérir aucun? Or, dans cette séparation , quelle est la partie? quel est le tout? qui est la province et qui est l'Etat ? Question d'une immense inpor* tance, que nous sommes obligé de débattre, quoique, aui yeux de la saine raison , elle ne dût pas même en être une.
En droit, là où est le gouvernement légitime , là est TEttii. Ce principe, équivalente celui qui prononce que là où est le propriétaire, là est le droit de propriété , n'est nulleneut infirmé par des faits passagers qui| se sont mis en opposition avec lui ; car ce qui est de justice éternelle ne peut jamais être altéré par les faits. Ce principe est bien plus vrai, bien plus incontestable encore en matière spirituelle, parce que l'aotorité, être intellectuel, ne peut pas être transférée comioela propriété matérielle. Dans l'Eglise cela devient plus impossible encore, attendu que Vempire spirituel ne peut être exercé f^ par Dieu seul, et, par les hommes , seulement en vertu de la délégation divine ; de sorte que toute juridiction spirituel^ exercée hors de cette condition est , ipso facto, abusive et nuH^ en elle-même. Mais, si Von fait abstraction du droit, il ne res^ tera, pour découvrir qui est l'empire et où est la province, où est le tout et où est la fraction, que de rechercher de quel côté se trouve le caractère deVuniversalité; le résultat de cet examen décidera surabondamment la question.
Et, d'abord , l'Eglise de Byzance oserait-elle bien réclamer rélat de possession primitive du gouvernement de l'Eglise,
D£ LËMFtBG DE fiUSSiE.
^lle qui , née dans le iv* siècle, n'a vu élever son siège à h dignité pauiarcale que dans le siècle snivanl? Ou prendraitfille quelque litre contradictoire à ceux de l'Eglise romaine ^ lorsque TLiistoire montre celie-ci éclatante de la gloire du siège apostolique trois siècles avant que la volonté de Constantïn tât transformé la très-obscure Byzance en seconde capitale de rempire? A défaut de ce droit primitif, qu'elle cite au moins, eo faveur d'une si absurde prétention, quelque document, quelque témoignage émané des traditions de Fantiquilé ou des écrits de ses Pères !
Nous avons vu comment, mille ans après rétablissement du siège apostolique à Rome , cl lorsqu'elle rompait avec lui , loin de nier le fait de sa suprématie sur toute rEglisc et sur elle- ' îïiéme, elle ruccusait, le condamnait dliérésie; elle déclarait, à rahonde celle prémricatwn , le Poutife vomnin déchu du gou^ mmemenl universel , et comment le propriétaire de cette autorilé, ainsi écarté, exclu de l'Eglise, sou patriarche s'érigea lui-m^me en chef unique et nécessaire de TEglise, désormais réduile à VOrienU Façon d'usurpation qui ne manquait pas plus de modèle que d'applications futures ; c'est comme si le fils cadet d'une famille, sous prétexte de crimes imputés par lui à son père , l'expulsait de la maison avec ses enfants respeciueux et fidèles, uGn d'en rester en possession et d'exercer à son aise la puissance paternelle sur ce qui resterait de la famille. Encore manque-l-il beaucoup à la justesse de noire comparaison; car ce n'est qu^en paroles sew/emen/ que le pairiarehe rebelle put consommer sîi révolte. La chaire de Pierre n'en resta pas moins ce qu'elle était : le centre d'unité et d'au* torïté pour le très-grand nombre des Eglises, Elle le resta et le restera toujours» et sans autre terme que la consoni malien des siècles, malgré des appaienees que schismaiiques et protestante saluaient avec une joie frénétique» comme devant amener la chute définitive de la monarchie spirituelle de Kome',
* Lorsque , après le in;irtyre du vénëmble Pie VI el réléralion sur Iq pâTftis consulaire de ntionnpartCf eeltJÎ cl ju^ea convenable à ses intérêts êr txéç^^Fltf h concordai, qui rôtabli^aït rÉ^Use de Prance dans son on* Hune dé pend nineç de l'Église romaine, le métropolile I^Kiton , dmit «qu» «vont dté la d^elarsilioti reblîfe au purgatoiréf disait en tous lleui que,
Que si la quesLion porte donc sur Texistence du gouvernemeni central et suprême de l'Eglise » nous demanderoDs &l , soil à Consianlinople, soit dans quelqu'un desauircs misérables débris de T^glise d'Orient ( nous parlerons avec moins d'irrévérence de TEglise de Russie , dont le puissant chef la défend de son épéo ), nous demanderons, dans quelle cité de rOrientnousdécouvrîrons, au moins de nos jours, la moindm trace d'un gouvernement des Egliies ? Rome, Rome seule offre le magnifique spectacle d'un Souverain-Pontife , dégagé de touLeg les entraves d'une puissance politique étrangère à b sieune , environné du synode de ses vénérables électeurs , dVcbevéques , d'évéques , de prélats et do docteurs de tous les ordres , tous occupés de régler les affaires générales de TEglisc, de définir la foi , de gouverner les consciences , de pourvoir aux besoins de toutes les Eglises, en confirmant leurs |>remiers pasteurs, ainsi qu'à la propagation incessante de la lumière évangélique , en etivoyaiit jusqu'aux extrémités delà terre des hérauts de la parole divine.
Kous savons bien qu'on va nous opposer de prétendus dérc^glemenls dans les ministres de cette vaste administralîon; niaisnousoous croyons très-légitimement dispensés d'aborder l'examen d'accusations qui ne flétrissent que leurs auteurs; car la question qui nous occupe , et qui seule a trait au carae- 1ère visible du schisme, est de savoir s'il existe sur la krn un gouvernement cefHraî de l'Eglise , et où ce gonvernetmnt a son siège , et non de savoir si ceux qui Texercent répondent^ par leurs vertus, h la sublime élévation de leur ministère. Quand l'Eglise grecque pourra nous offrir une ombre» un faolôme seulement de gouverncmonL central', à opposer à celui de
jusque-là , il arait regardé Bu on aparté comme un grand homme î »aS' qu'il révoquait hou jugement depuis qiri) le voyait manquant roccasiûO d'émanciper TÉgUse gaUicane d« la dommation romaîne, U ne nûus esl pas revÊDu que le [iremier consul fie soît montré fort ému du jupetiicnl prononcé contre sa ginire par Tilluslre mélropolile de Moscou , &î t:>n( est que ce faudroyaut arrêt soit arrivé jusqu'à Iuk
' Nous avons déjà fait mention de ta soustraction d'obéissance failli dans CCS dernieri temps , par les Grecs du Péloponèse au &ï6gc palriarcaï de Conslantinoiile. Ce qui , daos TÉglise catholique , aurait occasjoaoi
DE l'empire de RUSSIE. 279
Home y nous pourrons chercher à connaître lequel des deux est le véritable , le légitime gouvernement de TËglise universelle; jusque-là, nous nous bornerons à maintenir, conformément à la saine raison, que celui-là seul est légitime, par cela seul qu'étant unique, il n'a ni ne peut avoir de compétiteur. Mais si, abandonnant la question gouvernementale, FEglise d'Orient essayait de la transformer en question statistique , en recherchant laquelle des deux Ëglises compte un troupeau plus nombreux , plus étendu en territoire , sa position nouvelle serait encore plus mal assurée. Nous ne faisons pas au synode de Russie l'injure de le croire aussi mal instruit en géographie qu'il paraît l'être en histoire ecclésiastique et en science des canons, et c'est en toute confiance que nous lui proposons de jeter , avec nous , un seul , un fugitif coup d'œil sur la mappemonde. Nous l'avons bien entendu , dans son manifeste, parler de trois parties du monde ^ comme appartenantes au peuple qui compose son Eglise; mais> d'une part , DQUS savons que ses provinces d'Europe ont, en partie, le malheur de ne pas appartenir à son orthodoxie^ parce qu'elles ont des populations catholiques ou protestantes; que la plus vaste étendue de son Asie a des habitants musulmans ou même idolâtres, ce qui , peut-être, les rend encore moins voisines de l'orthodoxie , et que ceux qui habitent les affreuses côtes sinaéricaines de l'Océan glacial ne forment que de misérables comptoirs de marchands de fourrures , bien incapables de peupler jamais ces tristes contrées, et qui comptent pour bien peu dans les matricules de l'orthodoxie russe. Que si nous jetons nos regards sur l'Orient, proprement dit, c'est-à-dire sur les véritables patriarcats orientaux , nous n'y voyons que quelques populations de villes, renfermées dans des. murailles démantelées, et achetant, au prix d'avanies et d'exactions de tout genre, la permission de vivre et d'exercer un culte que méprise ou déteste la population indigène. Cette malheureuse
les réclamations du Saint-Siège et de grands troubles de conscience parmi une population catholique, s'est accompli en Grèce sans secousse et môme sans bruit : tant est frêle le lien qui attache au chef prétendu de FÉglise d'Orient les Églises les plus voisines, celles même dont les évéques étaient ses suffragants.
popolatioD de rayabs, si Ton en croit les calcals statistique» des voyageurs, ne va pas à dix millions drames , de sorte qn^» en y réunissant la population orthodoxe de la Russie, pou^ moitié de sa population totale (défalquant, comme bien s'eiB^ tend , les communions dissidentes chrétiennes, les juifs, le^ musulmans, les idolâtres et surtout la niasse de Roskolniki ^ répandus sur toute la surface de l'empire, et dont le gouver^ — nement lui-même ne connaît pas très-exactement le nombre)^ Ton trouvera peut-être quarante à cinquante millions de chré—-^
tiens adhérents au schisme grec , et le nombre drames arra-^
chées an bercail du vrai pasteur fera profondément gémir ton^^ cœnr chrétien'.
Mais détournons notre regard attristé de ces maigres paquig où s'égarent tant de malheureuses brebis, mal guidées par de bergers mercenaires qui, au moyen d'un sacrilège tribut , achètent le droit de régenter une église, et portons-le sur le verts pâturages qui nourrissent le vrai troupeau de Jésus Christ, sous la conduite de leurs légitimes pasteurs, libres de toute autre dépendance que celle du successeur du chef de pasteurs. En partant du midi de l'Europe, vous voyez l'Italie le Portugal , Tempire d'Autriche, la Bavière, la France, Belgique, Tlrlande, et ce qui reste du royaume de Pologne ^^ soumis au Saint-Siège ; vous voyez encore un tiers de la popu— —
lation prussienne, un dixième de la population russe, la moi^
tié de la population suisse, du royaume de Wurtemberg, eC^ jusqu'en Hollande , en Suède et même en Danemark , ainsft qu'en Saxe , en Angleterre et en Ecosse, des milliers de chrétiens qui obéissent à la voix du suprême pasteur. Près de eenc trente millions composent, en Europe seulement, son immense troupeau. Et si nous franchissions les déserts de TOcéan , nous verrons la grande moitié du continent américain, le Brésil, le Paraguay, toutes les républiques aujourd'hui démembrées de la monarchie de Charles-Quint, soumis à Rome; la population indigène du Canada et des portions du territoire
■ Encore faudrait-il défalquer du nombre des Grecs schismaliques le grand nombre d'héréliques nestorlens, monotbélites et autres, qui peuplent d'assez vastes contrées de l'Asie chrétienne.
BB l'empire be Russie/
des États-Unis, mêlés de populmions catholiques assez considérables pour que Ton ait jugé nécessaire d'y inslUuer bon nombre d'évéchés; Cuba, Saint-Douiingue, les Antilles françaises, et bien d autres points encore du sol américain oii Qeurit le véritable arbre évangélique. k l'est de Tunivers , des églises nouvellement arrosées du sang de leurs poniifes H de leurs prêtres; dans la Chine , au ïoaking, aux royaumes de Siam ei de Pégou ; dans les Indes et jusque duus cette vasie Océânie, que l'Europe commence à peine à connaître j partout, au Sénégal, en Algérie, et sur vingt points des côtes de l'Afrique; partout flotte le légitime étendard de la foi que les successeurs du pécheur de Galilée y ont fait planter, afin qu'en tous les lieux qu'éclaire le soleil ^a pure hosiksoit offerte au Seigneur^ parce qm son nom doit être grand parmi les nations'! En regard d*une pareille étendue de juridiction pastorale , qu'elle est petite, qu'elle est stérile cette P^glise orthodoxe orientale que la Russie représente aux conlins de l'Europe! Et que serait-ce si ces Eglises , qui sont forcées de se voir elles-mêmes mêlées à des catholiques, à des ncstorîens, à des cophtes , à des tnonothélites , à des chrétiens dits de Saint- Thomas , tristes débris des anciennes hérésies produites par Vorikodoxe Orient^ et pressées par eux, n'opposaient pas tout ce qu'elles ont encore de force au légitime prosélytisme de l'Eglise catholique! Gouvernements hétérodoxes, sectaires protestants de toute dénomination , laissez à la véritable Eglise la liberté de renseignement évangélique! Luttez avec elle» si vous le pouvez, de zèle, de vertus , d'esprit de sacrifice dans la prédication apostolique, et vous verrez bientôt do quel cdlé se trouvera la mission divine et refïicaeité de sa parole !
Soitdonc que l'on considère les deux Eglises sous leur rapport gouvernemental ou sous celui de retendue de Icurju ri diction spirituelle, la cause est jugée; celle-là estuneEglise particulière qui prétend rester étrangère au gouvernement central
' ^e faut-lt pas que lu charme et la puissance du latinisme soient bien grand» pour qu'il fasse toujours et ptiHout de si vaste» corititiétes ? Xt VMiémime orientât ^ tû le damiiisme ruMâc n'eu Icnteront mairie de pareil lei. Pourquoi ? Le synode de llussie voudra sans doute, s'il le peut, H^ondre k celle simple questtoQ.
282 BE LA SITCATION RELIGIEUSB
de TEglise, et dont Texistence est cirooBScrite dans quelques provinces d'Europe et d'Asie ; celle-là est TEglise catholique, dont le gouvernement s'étend aux cinq parties du monde, et qui y exerce une juridiction universelle. L'état de schisme appartient donc à la première , Torthodoxie'est le privilège exclusif de la seconde.
Mais le schisme est par lui-même êouverainementerimind,et, à regard de FEglise d'Orient, qui Va établi , comme à Végarii» r Eglise de Russie^ qui le maintient ^ il Vest d'autant plus ^ qvti n'a point de cause religieuse ^ et que son véritable motif est pur»ment d'ambition poUtique. Nous croyons avoir solidement établi la dernière partie de notre proposition, tant par Texposition historique deTorigine du schisme à Constantinople, qae par Taveu formel qui résulte des actes du synode de Saiatr Pétersbourg, relatifs à la réintégration des Grecs-unis dans sa communion. Quant à la partie première , bien que nous Tayons appuyée sur les paroles de Jésus-Christ lui-même, lorsqu'il demande à son Père une inviolable unité pour ses disciples, et qu'il érige cette unité en preuve de sa mission divine , nous y joindrons encore quelques autres preuves, également tirées des paroles du Sauveur.
Je suis la vigne, dit la sagesse divine incarnée, mon Père est le vigneron , vous êtes les rameaux. Si quelqu'un ne demeure en moi y il sera jeté dehors comme le sarment , t7 séchera y il sera mis en faisceaux , jeté au feu , et il brûle. Ne pas rester dans le Sauveur, qu'est-ce autre chose que de renoncer à la soumission due à celui qui le représente et le remplace sur terre? C'est bien se séparer de la vigne, qui est lui-même, mais gui est aussi , à raison de la substitution des personnes et de Videntité du pouvoir y celui qu'il a mis à la tête de son Eglise? Le sort que la justice divine réserve à ceux qui s'arrachent ainsi du cep vivifiant, c'est d'être jetés, comme un vil sarment, hors du vignoble de Jésus-Christ , de sécher et d'être dévoré par les flammes. Et pourquoi , en prononçant un si terrible arrêt, le Juge suprême change-t-il tout à coup de locution , en passant du futur au présent : Il brulè? Ah! c'est qu'il voulait indiquer, sans doute, que le supplice des auteurs et des adhérents du schisme commence dans le présent. Dès à présent , une Eglise
DE l'empire de RUSSIE* 283
schismatique porte en elle le terrible stigmate de la réprobation divine ; déjà actuellement livrée aux horreurs des ténèbres extérieures, elle brûle ^ elle éprouve^ quoique sans le ressentir, le supplice des flammes vengeresses , parce que , jetée debors» elle n'appartient plus au royaume^ elle est entrée au domaine de Satan !
Faut-il s'étonner de la vengeance anticipée qui est ainsi p prononcée sur le schisme, lorsque, appréciant sa nature, Ton y trouve^ outre le crime d'annuler, autant qu'il est en /ut, la n^-msiian de Jésus-Christ, base de sa révélation, en lui enlevant c^^ que le Sauveur lui-même , parlant à Dieu son Père , déclare ^ ^we le signe auquel le monde doit reconnaître quHl a été envoyé J^cxr lui; lorsque, disonsrnous, outre ce crime. Ton y trouve ^Kicore la plus sensible injure qui ait pu être faite au cœur du S^iuveur. Il n'est pas un seul peuple assez inculte, assez barbare pour ne pas porter un inviolable respect aux derniers 'V'oeux, aux dernières dispositions, aux dernières volontés d'un ii^^ourant, surtout si ce mourant va se dévouer à des tourments ^i[*aelspour le salut de tous. Que l'on se transporte, parla pensée, dans ce cénacle où se passent les derniers instants que 1^ Rédempteur donne tout entiers à son amour , avant de se séparer des fidèles compagnons de sa vie publique. Par l'institution du mystère eucharistique, il venait de terminer son <^uvre terrestre, et il ne lui restait plus qu'à consommer son terrible sacrifice avant de retourner à son Père. Déjà placé sur 1^ seuil de l'éternité, il recommande à ses disciples et à ceux ^ui les suivront dans la foi, sous la forme d'un précepte nou- ^^au, de s'aimer les uns les autres; il leur recommande l'unité, ^ns laquelle il n'est que discorde et point d'amour. Mettant, pour ainsi dire, à profit les derniers instants pendant lesquels ^2^ \oix est encore l'objet des inefliibles complaisances de l'o- ^^ille divine, il conjure son Père de maintenir parmi eux cette ^^uternelle unité, qui doit être ici-bas l'image de la sublime ^^ité divine , et à laquelle le monde doit reconnaître sa glorieuse mission. Hélas! tandis qu'il adressait à son Père cette touchante prière, déjàsoucœur adorable ressentaitlesatteintes ^^ cette frayeur incompréhensible qui allait faire coulergoutte ^ goutte son sang, notre unique espérance, sur la terre trem-
2M M L4 snuATiojr miuencsB
Uante de Gethséniané! Alors le loge inexonble s^^t soord à la prière de oeloi qai s^offrinit isajnslioe, ooavert de tonte rborreor des crimes de ToniTers! Et c^est le Tœu » h demande plusieurs fois réitérée dans cette heare des plos doalooreax adieax; c*est ce Tœn qae foaleot an pieds les téméraires aa^ leurs de la destroction de Foniié! Ah! ne soyons plus surpris de tout ce qne ce barbare mépris provoque d^anathèraes!
Encore si , semblable aux hérésiarques de tons les tenps , TEglise russe pouvait essayer de justifier» par des dissidence» réelles en matière de foi , le schismeauquel elle s'abandonne! Ceux-là pourraient au moins all^erquelquecause prise dan^ Tordre de la foi. Leur erreur serait toujours très-coupable^ puisqu'elle serait le fruit d'un orgueil qui les rend sourds anx^ menaces 9 et, enfin, aux anathèmes de FEglise. Mais encore^ serait-ce une erreur, cruel effet de cet oi^eil natal que rhom— me, séduit par le prince de la superbe, apporte sur la terre. Cette excuse même manque à TEglise de Russie , puisqu'elle ouvre son sein à d'anciens dissidents, à la seule condition d*e trer dans son obéissance, ce qui n'a d'autre signification que -< de se déclarer satisfaite d'un si m pie refus d'obéissance au chef**" apostolique de l'Eglise universelle , et , le tout, pour se livrer** aux chaînes du pouvoir politique que lui oflre le synode.
Eh quoi'! le long supplice infligé par la juslicedivineàcettc^ Eglise byzantine que vous appelez votre mère ; ce rigoureui^ châtiment qu'elle porte depuis quatre siècles n'a rien qui vou^ éclaire ! En vain le prophète vous crie : Peccatum peccavit.. propterea instabilis facla est. Depuis quatre siècles ses maints enchaînées s'élèventvers un ciel courroucé et sourd àses pleurs - Ne verrez-vous donc jamais ce schisme ténébreux qui s'inter — pose entre le Seigneur et elle de peur que sa prière ne par-^vienne jusqu'à lui'? C'est que, loin de craindre une destinéi^ semblable à la sienne , vous vous appuyez sur votre suprême pontife, qui lui-même s'appuie sur ses nombreuses légion^^ Mais qu'est toute puissance terrestre comparée à une seul ^ pensée du Tout-Puissant? Beaucoup d'entre vous ont vu um- ^ bien plus formidable puissance tomber, moinssous l'effort*^
' Opposufsli Dubem tibi, ne transcat oratio! Thrcn., m. Sam., %
DE l'empire de RUSSIE. S85
vos armes que soas le souffle des aquilons que le divin courroux avait déchainéscontre elle. C'est que cette puissanceaussi s'était attaquée au suprême Pasteur; elle avait attenté à sa légitime autorité , à sa vénérable personne , au patrimoine de son Eglise. Les empires d'ailleurs, quelque puissants qu'ils paraissent aux yeux des hommes , portent tous en eux-mêmes les germes de leur caducité. La main du Seigneur arrête ou précipite le développement de ces germes d'une instabilité commune à tout ce qui est de la terre; mais lorsquel'heure de 'â vengeance a sonné , tout un empire s'écroule sur lui-même sans que Ton puisse même apprécier la cause qui Ta fait tomber. L'œil éclairé delà foi lui seul voit cette cause ; il l'apprend (le la bouche du Prophète, qui lui dit : Le péché de la fille de ^on peuple est devenu plus grand que le péché de Sodome^ qui f^t renversée en un instant sans qu'aucun ennemi ait fait sa main *t«r ses dépouilles'.
Jusqu'ici nous avons montré ce qu'a entrepris le schisme gréco-russe sur une fraction de l'Eglise catholique attachée au rit grec : nous allons maintenantmettre sous les yeux de l'Eui*ope des documents qui ferontconnaitrela persécution Julienne <iue le gouvernement impérial fait peser sur l'Eglise catholique du rit romain ;, et cet exposé terminera le tableau de la situation religieuse de l'empire que nous avons entrepris.
' Et major effecta est iniquitas populi mei peccata Sodomorum, qu» subversa est in momçnto, et non cœperunt in eA manas. Tbreo., iv. Vau.
QllATRIËNE PARTIE.
OPPRESSION SYSTÉMATIQUE DE l'ÉGLISE CATHOLIQUE EN RUSSIE' PROPOSITIONS, OUKASES, CORRESPONDANCES, CONCLUSION. 1
En qualifiant de Julienne la persécution systématique, continue, quotidienne, que souflfre, en Russie, la religion catholique, loin de franchir les limites de Texacte yérité, nous sommes demeurés en deçà de ces limites; loin de nous être livrés à quelque exagération, nous craignons d'avoir fait, en quelque sorte, injure à la mémoire de Tapostat romain.
Sous son règne détesté, le martyre proprement dit fot, comme Ton sait , assez rare ^ dans ce sens que peu de saog chrétien fut versé dans l'empire, au moins en comparaison de celui qu'avaient répandu les Dioclétien, les Maximien, les Galère. Mais en revanche, les fers , les exils , les déportations secrètes et lointaines, les longues et meurtrières tortures; de rudes travaux joints à la faim et à toutes sortes de misères; ces lents supplices éclaircissaient à Tenvi les rangs des confessenrs de la foi, des pasteurs et des fidèles.
Julien et les philosophes de sa cour répandaient des écrits injurieux au christianisme, et autant ces libelles étaient mal* tipliés et favorisés, autant la puissance impériale déployait de moyens pour prévenir l'apparition d'écrits apologétiques, ou pour en empêcher la lecture.
Les églises chrétiennes étaient fermées, démolies ou livrées au culte des idoles, et le sacerdoce païen veillait constamment à ce qu'il ne se formât nulle part des lieux de réunion nouveaux pour les assemblées des chrétiens.
Aucune école chrétienne n'était tolérée dans l'empire, et comme les chrétiens eussent préféré la mort au danger d'exposer la foi de leurs enfants en les envoyant aux écoles des païens, l'empereur atteignait son but de livrer toute la jeu-
BB l'ëU^RB de RUSSIE.
nesse chrétienne au mépris qu'inspirait à Romerignorance des lettres grecques et latines.
La plus Ptroite surveillance pressait de toutes parts les ministres de rEvangile, afin de leur enlever tout moyen de pour- Toir, aulremenl qu'au péril de leur vie» aux besoins splriiuels de leurs mal heureuses ouailles.
Aces traits principau^t de la législation Julienne, qui ne reconnaîtrait les dispositions les plus essentielles de la légis- Jalioo russe, en tant qu'elle concerne fexercice et rexistence même ds la religion catholique, et telle qu'elle résulte des documents que nous allons mettre sous les yeux du lecteur? Une seule différence s'offrira à sa réflexion : c'est que Julien prétendait priver de tout enseignement , de toute culture intellectuelle la génération chrétienne de son empire, tandis qu'en Russie Ton s'empare de force de renseignement des catholiques, mais surtout des jeunes candidats du sacerdoce, afin de les assouplir, dès leur jeunesse, à des doctrines incompatibles vec le gouyerneroent spirituel, c'est-à-dire avec le principe irital de leur Eglise'. Nous allons donc voir Vêûcereice du culte €aihQlique , V indépendance et l^orthodoœie de son enseignement , €1 jusqu'à la liberté personnelle de ses ministres t soumis non-seulementàdes reslriclionsloutexceplionnelles^ mais ii une série de dispositions dures et crueltest qui offrent un caractère de similitude frappante avec les édits de rennemi du GaUléen*
Toutefois, et quelle que soit la juste exécration qui, dans les annales de TEglise , ne se sépare jamais de la mémoire de Julien j Ton sera contraint de reconnaître qu'il était resté fort
• Au fond et en réalité, cela revient encore, au iiioÎDs quant au résul* titt ^ la |>ensée julienne, à cela près qu'eUc était moins aslucieuse, L^apostat roniain refusail l'histrucliim aux enfants des chrÉlieus, sachant irès-Uicn qu'aucun d'ciii ne sérail en%o)é aux fcoks tiaïcnnes. Le gouternecûent rus^e inlerdU également à rinslruction calbaUque jusqu'à ^l'tîfttetice. Uaîîïil s^cinpare tic ses écoles; et, comme nul ne ^eut par* eiilr 9UX euipluis sans y avoir fait ses études, il oblige par Jâ ta jeumc^it, sans en eicepter (bien au contraire) les candidats tlu sacerdoce, à venir y puiser une insirudîon schismatique ; c'esl*â-dire qu'il réduit la jeune recrue sacerdolale à la triste allernativc de se faire corrompre ta fait de doctrine, ou de renoticcr à sa vocation* Vm et Taulre lui talent , au même degré , profitables il son suUUmo.
en deçà delà noirceur des combinaisons employées en Russie contre la religion catholique. A la tyrannique pensée de IV postat impérial ne [s'était pas offert un système d'oppression religieuse analogueà celui que nous voyons en vigueur chez on peuple , le dernier venu dans la grande famille européenne, et qui, par sa religion, comme par la forme de son gouvernement, appartient à une autre partie du monde. Il n'avait pas imaginé de constituer, dans sa capitale et sous sa rude main', un consistoire chrétien y un collège ecclésiastique composé de prélats et de prêtres c/rré^tens; d'imposer à cette assemblée on promoteur choisi parmi les sénateurs les plusafdemment zélés pour la propagation de la religion de l'Etat, et ayant pouvoir de requérir, de diriger , suivant les intentions à lui bien connues de César, de modifier et d'arrêter les délibérations de celte malheureuse assemblée; d'ériger même ce fonctionnaire en inquisiteur général , en l'autorisant à assister à ces délibérations, et à tenir compte des observations et du vote de chacun; enfin d'investir ce collège de rodieux mandat de recemr^ de promulguer les édits antichrétiens d"" Auguste y et d'en assurer , contre le cri de sa conscience, la stricte exécution. L'invention d'un système d'oppression si insultant pour l'Eglise, si traîtreusement combiné pour son parfait asservissement au pouvoir politique , s'élève fort au-dessus des autres traditions Juliennes ; il est une création de notre époque, émanée d'un pouvoir qui prétend à la réputation d'une parfaite tolérance, et dont cependant l'incessante tendance ne va à rien moins qu'à rompre les derniers et faibles liens de protection et de soumission qui , en apparence seulement , existent encore entre le siège apostolique et l'Eglise catholique de Russie et de Pologne. Au prix de l'accomplissement entier de ce schisme, les bras du synode lui seront ouverts, comme ils viennent de s'ouvrir à nos anciens frères dans la foi. Le latinisme n'aura plus rien d'hétérodoxe ; il cessera d'être odieux à l'Église gréco-russe ; du jour où , au moyen de quelque réunion prétendue synodale.d'évêques prévaricateurs, l'on sera parvenu à lui arracher un acte de soumission formelle, absolue et ilH* mitée au pouvoir impérial! Qui sait si, au prix d'une pareille défection, l'Eglise latine de Russie ne se verrait pas gratifiée
1»E L^BFiKfi DE AI7SS1E« ^S9
il*uzi synode dirigeant propre; et si son pmîJeBtt Târchevéque métropolite de MobHef, ne se verrait pas élevé anx lioaueurs du cingméfm patriarcal , en rempbeemeni du prétendu patriarcat romain? Car pourquoi Q'étendraî [-ou pas jusqu'au ialinmm la condesceDdance soi-disant apostolique qu'a mant« Testée le synode de TEgUse de Russie, envers les Grecs-unis, en dispensa ut leurs pasteurs de toute abjurauoti de leurs préleodues erreurs, et même de toute déclaration e^plieiie d'ad* li^ioii aux dogmes de TEglise d'Orient, au moins en tant qu'ils ^rvent de préiexie à sa séparation de rEglise catholique ratuaine ?
0e si graves accusations réclamenl, nous le savons, des preuves bien authentiques et d'un caractère irréfragable; le lecteur, TEurope, le monde, jugeront si les documents suivants répondent au caractère d'uuthenUclté qu'exigent les preuves que nous avons à fournir.