‹ Perséphone; poèmeChapitre 2 sur 8 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

l'homme ne songe déjà plus uniquement au passé qui lui est propre, il se souvient aussi du temos oii il n'était encore

Qu'une goutte de san^ au cœur de ses aïeux,

il se tourne vers le passé collectif, vers le passé de sa race. Et tel sera l'objet du second chant, les Ancêtres.

« Dans le troisième chant, Dieti et les Dieux, l'homme va plus loin encore, et, par delà la race, il songe au monde, à l'univers qui, présent, passé ou avenir, lui apparaît plutôt comme un souvenir que comme l'œuvre de Dieu, ou encore comme une rêverie du Grand Pan, — formules qui sont probablement indifférentes au poète.

« Et, enfin, l'homme aura à se demander encore ce que cette partie de Dieu et de l'Incommensurable oii il nous a été donné de vivre, deviendra. Quel sera l'avenir de notre planète et de l'humanité ?... Tel sera l'objet du dernier chant, la Terre et les Temps... )>

Je n'ai pas cru nécessaire de donner au.x strophes de Pcrscphone qui suivent, et qui me semblent former un tout, le souslitre que je prévoyais naguère pour elles. « Les souvenirs de jeunesse se réduisent presque tous à d'amoureux regrets... » Les dates inscrites au début de ce livre suffisent à en laisser pressentir le sujet et l'inspiration, le ton et les images : ces dates, en effet, marquent et délimitent la durée qui sépare ma

ïT PREFACE

jeunesse du temps dénommé le milieu du chemin par celui que guida la première Béatrice.

Que les autres « chants « du poème, de l'ensemble fervemment conçu et caressé, soient terminés déjà, ou à peine esquissés encore, cela est sans intérêt pour le public, sans importance pour moi ; il est à la louange de notre âme que les œuvres où nous voudrions la mettre toute entière ne nous semblent jamais finies. Les autres chants verront le jour plus tard, — je ne dis plus, aujourd'hui, avec indifférence : s'il plaît à Dieu ou au Grand Pan ; je dis, plus simplement et plus sagement sans doute ; s'il plaît à Dieu.

Je n'ai rien à ajouter à l'exposé de mes desseins tels que les avait définis Charles Perrot. Il les connaissait aussi bien que moi ; maintes fois, même, quand nous en conversions ensemble, sa lucide raison m'aidait à les concevoir mieux et, déjà, à tenir presque en ma main ces chers et capricieux fugitifs. Charles Perrot est tombé face à l'ennemi dès les premiers mois de la guerre, devançant de peu Emile Despax, dont la voix fut étouffée aussi par la fureur de l'orage inexpiable. Et combien d'autres poètes sont morts comme eux, et combien d'autres poètes encore, non moins aimés, — ô Charles Guérin, Olivier de la Fayette !... — les avaient précédés dans l'ombre, avant que la Guerre borgne et louche eût aidé l'aveugle Destin à frapper parmi les meilleurs ?

De tant de jeunes poètes morts, Despax et Perrot, entre mes vingt ans et l'heure présente, restent ceux à qui m'a uni la plus étroite familiarité d'esprit et de cœur, de pensée et de

PRÈTACE

rêverie. L'un avait vu naître l'idée de ce poème, l'autre le connut presque achevé et à peu près tel que je le publie. C'est pourquoi je le leur consacre. Et je le voue, au delà d'eux, à la foule déplorable de tous ceux de ce temps qui tinrent, eux aussi, des lyres prématurément brisées. Il y a, le long de la voie sacrée du Souvenir, trop de tombeaux habités par d'harmonieuses et amicales ombres, pour que ce ne soit pas à cellesci qu'appartiennent mes strophes placées sous l'invocation d'une jeune, belle et funèbre Immortelle.

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