‹ Perséphone; poèmeChapitre 3 sur 8 · E PULVERE LUMEN · texte numérisé non relu

E PULVERE LUMEN

Pour que leur écho sonne auprès de tant de braves Dans leur claire gloire endormis,

Je confierai ces vers que je veux grands et graves Aux préférés de mes amis ;

L'un fut mon frère aîné, l'autre mon jeune frère

A travers des ans et des ans ; Une éclatante mort, à présent, a fait taire Leur belle lyre aux purs accents.

PERSEPHOXE 16

Vous qui fûtes leurs pairs et les miens, ô Poètes,

Accueillez les mots d' ici-bas Que j'assemble en l'honneur de ces deux chères têtes

Si proches 7nalgré h trépas ;

Au-delà d'eux, c'est à vous tous que je m'adresse !

Ce soir, l'orage s'élevant, Vais- je pas voir passer, du fond de ma tristesse,

Leurs fantômes sous mon auvent ?

Peuvent-ils me rejoindre, ou, plutôt, tant est forte

L'Amitié près du Souvenir, Est-ce moi qui voudrais ce soir. Roi sans escorte,

Vers eux voguer, voler, partir?...

La mer gasconne auprès de qui se réfugie

Mon mal, sous des arbres blessés.

Récite sa puissante et sauvage élégie

Aux spectres dans mon cœur bercés.

L'OFFRAXDE AUX OMBRES

Je possède la vie et je n'en ai que peine,

Sachant qu'ils ne reviendront plus

Ecouter près de moi le chant de la fontaine Et le grondement du reflux,

Qu'ils ne sont plus présents qu'en des apothéoses Comme en avaient les demi-dieux...

Fermons les yeux : à trop de familières choses Manque le reflet de leurs yeux.

Et que peut-il rester de ce qui fut le charme

Terrestre de nos amitiés, D'un espoir partagé, d'un rire, d'une larme

Le long des jours balbutiés.

Des amantes de qui le doux nom se confie

Dans de la joie ou dans des pleurs,

D'un vers que l'on put croire immortel dans sa vie Mais qui sonnerait faux, ailleurs ?

PERSllPHOKE j8

Fermons les yeux pour voir, dans la contrée où plonge

L'esprit libéré du réel, Aux jardins oii les fleurs naissent des soi7is du softge

Sous un ciel plus beau que le ciel,

Devant un horizon jnoelleusement opaque

Teinté d'azur pâle et d'or blond, Aux Champs-Elyséens tels que, dans Télémaque,

Nous les a décrits Fénelon,

Fermons les yeux pour voir, dans la belle patrie

Qu'ils ont conquise pour jamais, 0 mon âme à présent amoindrie et meurtrie

Les Ombres de ceux que j'aimais.

Et si je n'atteins pas le royaume de grâce

Et de lumière où vous régnez, Frères ; si mes doigts lourds eiifièvrent mal ma face.

De vie et de sang imprégnés,

L'OFFRAXDE AUX OMBRES

Qti'il me soit, tout au moins, loin des choses trop vraies,

Des parfums brûlés par le jour, Des bruits d'ailes que jont les oiseaux dans les haies.

Des jeux de l'art et de l'amour.

Qu'il me soit accordé de contempler, image

Digne d'illuminer ma nuit, Sur un sol dévasté, sur im sol de carnage

Oii, seule, la mort parle et luit,

Deux tombeaux, et deux croix qu'on planta dans la jauge.

Et sur qui, le canon tonnant, Tremblent, comme sous l'aile invisible d'un Ange,

Deux képis de sous-lieutenant.

Page 1