CHAPITRE I
I. Constitution, développement, atrophie de la membrane pubpillaire.
Hisrorique. — Bien que Halleraitrevendiqué l'honneur de cette découverte, c’est Wachendorff qui a donné la première description de la membrane pupillaire en 1738, et y a attaché son nom. Quelque temps après lui, Zinn et Wrisberg décrirent également cet organe de la vie fœtale ; tout en interprétant mal son origine et son rôle. Il faut arriver à Cloquet (1), pour trouver une étude empreinte d’une grande rigueur scientifique ; dont la plupart des points ont définitivement fixé le caractère anatomique de la membrane pupillaire. Les deux conclusions suivantes, extraites du mémoire qu’il présenta à l’Académie des Sciences en 1818, sont particulièrement intéressantes.
vin. € On ne peut attribuer la destruction de la
(1) J. Cloquet. Mémoire sur la membrane pupillaire. Comptes-rendus de l’Académie des Sciences. Paris 4818.
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membrane pupillaire ni à sa macération dans les humeurs de l'œil, ni à une absorption nutritive, puisqu'après sa rupture on retrouve constamment ses lambeaux flottants et ses vaisseaux.
x. D’après les faits que j'ai observés et qui sont rapportés dans ce mémoire, on doit admettre, ce me semble, que la rupture de la membrane pupillaire a lieu par la rétraction de ses anses vasculaires, qui se retirent vers la petite circonférence de liris, en s’éloignant les unes des autres, et par conséquent de la pupille. »
Comme nous le verrons, Cloquet avait parfaitement observé la situation, les rapports, ainsi que le mode de régression de la membrane pupillaire ; mais s’il donne dans son livre, une planche de ses anses vasculaires, qui a été souvent reproduite depuis, il n’avait pu saisir la provenance de ce système circulatoire. Et ce n’est que beaucoup plus tard, que les embryologistes contemporains montreront que les vaisseaux de la membrane pupillaire proviennent de lartère hyaloïde. D’autres conclusions de Cloquet sont fort instructives, nous aurons l’occasion d'en parler plus loin.
A. Portal (1) avait aussi étudié la membrane pupillaire concurremment à Cloquet, mais il est moins rigoureusement exact que ce dernier. Nous citerons seulement cette opinion. « Les enfants en venant au monde ont la pupille bouchée par une membrane si mince qu’elle
(4) A. Portal. Cours d'anatomie médicale, V volumes, Ile éd., Paris, 1814. |
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se déchire pendant l’accouchement, ou peu de temps après la naissance. » Or, ce cas dont Portal avait fait Ja règle physiologique, n’est qu’une exception rare constituant lanomalie congénitale que nous étudions.
À cette époque les auteurs ne donnaient pas tous la inême description de la membrane pupillaire ; 1l existe dans leurs ouvrages de grandes variations sur son emplacement exact et ses Insertions.
Pendant fort longtemps, on a écrit que la membrane pupillaire était dans le même plan que lPiris et qu’elle obturait simplement Porifice pupillaire ; certains la plaçaient même en arrière de l’iris. Rudolphi (1) avait mieux vu ses connexions, il signale que la membrane pupillaire ne s’insère pas exactement au bord de la pupille, mais à une très petite distance de celui-ci.
(est Cloquet qui a déterminé le siège exact de cette insertion au petit cercle artériel de liris. Il expose ce fait dans la dixième conclusion de son mémoire : x. « Le pet cercle artériel de Piris n'existe pas chez le fœtus avant la rupture de la membrane pupillaire ; il est formé par les vaisseaux de cette membrane qui se sont retirés vers l'iris, sans avoir éprouvé le moindre déchirement. » Henle (2) admet bien que la membrane pupillaire est située devant liris, mais 11 fait remonter son insertion à la région cihaire.
(+) Ruldolphi. Grundris der Physiologie, Bd. If, Ablh]. I, p. 178. (2) Henle. De membrana pupillaris aliisque oculi membranis pellucentibus. Bonn, 1832,
L'accord n'existe pas non plus, dans les travaux concernant la physiologie et l’embryogénie de la membrane pupillaire. Wachendorff avait distingué dans sa composition deux couches, l’une antérieure dépendant de la membrane de lhumeur aqueuse, l’autre postérieure provenant de liris. Cloquet et Edwards admettent également cette manière de voir. Pour Wrisberg la membrane pupillaire est une production apigmentée de l'iris. Henle la fait dériver de la membrane de l'humeur aqueuse.
Reich (1) a observé que la membrane pupillaire n’a pas un mode d'attache constant, d’après lui, au début de son développement elle provient de la zone pupillaire de Piris; mais cette insertion s'éloigne excentriquement vers la périphérie parallèlement à la croissance du fœtus. Schæler (2) considère que les membranes pupillaire et capsulo-pupillaire ne sont que la portion antérieure de la choroïde qui'envelopperait l’œil en entier, au début de son développement ; cette membrane disparaissant chez les oiseaux au moment du développement de liris. Mais tel n’est pas l'avis de Kolliker qui objecte que la partie postérieure de la tunique vasculaire se continue intimement avec sa zone antérieure ou membrane capsulo-pupillaire ; et comme elle n’a aucune connexion avec la choroïde, la partie antérieure ne peut
() Reich. De membrana pupillari. Dissert. anal., Berlin 1883. (2) Schoeler. De oculi évolutione in embryonibus gallinaceis, Dis sert. Dorpat, 1848.
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pas non plus en provenir. Kôlliker ajoute que chez les oiseaux, il n'existe aucune membrane pupillaire quelle que soit l’époque de la vie embryonnaire.
Quant à l'opinion de Kessler (1), qui faisait dériver la membrane pupillaire de Pendothélium de la face antérieure de l'iris, Kôlliker la réfute en montrant que le développement de la membrane pupillaire est antérieur à celui de l'iris.
CONSTITUTION ANATOMIQUE. — Hisrozocis. — La membrane pupillaire occupe la zone antérieure de l’enveloppe vasculaire qui entoure le cristallin pendant la vie fœtale. Différentes parties de cette enveloppe ont reçu des noms particuliers, des auteurs qui les ont étudiées séparément, les croyant distinctes. La portion antérieure et centrale a été reconnue la première, et décrite sous le nomde membrane pupillaire par Wachendorff. On a plus tard fait une distinction pour la zone périphérique de la portion antérieure, que lon à appelé membrane-capsulo-pupillaire. En dernier lieu, on a reconnu la partie de la tunique qui revêt la face postérieure du cristallin, et on la désignée sous le nom de membrane capsulaire. Mais comme le fait observer justement Hertwig, il est préférable de donner à ces trois parties continues d’une même enveloppe le nom générique de {unique vasculaire du cristallin.
(4) Kessler. Zür Entwickelung des Auges der Wierbelthüre, Leip- Ja ElSNT
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Kôlliker (1) ne reconnait pas l'existence d’une membrane différenciée à la surface postérieure du cristallin; à cet endroit, pour lui, les vaisseaux reposent directement sur la surface antérieure du corps vitré.
Koœnigstein (2) fait les mêmes réserves pour la membrane capsulo-pupillaire, et dans ses « Notices Histologiques » il écrit qu'il n'existe de véritable membrane comme substratum des vaisseaux, que dans la membrane pupillaire ; et qu’il n’en est pas, située entre le cristallin et l'iris, qui pourrait être tendue en arrière par unetrac- Uon sur la lentille. Tandis que la membrane pupillaire est intimement accolée au pôle antérieur du cristallin d’où il est difficile de la détacher.
Sur toute l’étendue de la tunique vasculaire du cristallin, sauf en un point occupé par la portion la plus centrale de la membrane pupillaire; on observe une vascularisation abondante qui provient d’une double origine. En arrière de l’artère hyaloïde, en avant mais en moindre partie (en ce qui concerne du moins les artères), du réseau sanguin de l'iris. Nous étudierons plus loin ce système vasculaire en détail.
La membrane pupillaire est constituée par une substance amorphe à peine striée, assez ferme, parcourue par un réseau de capillaires remarquables par un grand
(4) Kolliker, Entwickelung der Linse (Zeitsch. f. Wissensch-Zoloogie.
1850, 0VL, (2) Kænigstein. Histol. Notizen. Arch. f. Opht. T. XXVII, 3, p. 60.
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nombre de noyaux elliptiques à grand axe rigé daus le même sens que axe du vaisseau. Pendani longtemps, on avait cru que la membrane pupilllaire n'existait pas elle-même, qu'elle n'était qu'une dépendance des nombreux vaisseaux qui la parcourent ; mais l'embryologie a montré son importance par l'épaisseur relative qu'elle
mesure sur une coupe antéro-postérieure de l'œil.