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Rapport à l’Assemblée générale de l’'U. I. M. M., p

Le rapport expose ensuite comment le mouvement d’em-

bauche qui s’est néanmoins produit n’a pas eu sur le chômage les résultats qu’on était en droit d’en attendre, mais qu’il à dans bien des cas déraciné de façon regrettable une main-d'œuvre déjà occupée :

«Sur le marché du travail, les effets qu’on devait attendre se sont produits. Le brusque besoin de main-d'œuvre ainsi créé a dépeuplé les campagnes. Les rapports des Inspecteurs du Travail, les statistiques du placement qui indiquent un nombre de plus en plus considérable d'offres

d’emplois non satisfaites, témoignent de la pénurie de

main-d'œuvre agricole qui s’est fait sentir avec une

. acuité accrue au cours de l’année 1937. Les exemples ne

sont pas rares de centres ruraux desquels on sait, par des renseignements directs, que le dernier ouvrier agricole est parti, et qu’ils ont été désertés par une grande partie de la population. Les artisans, eux aussi, ont trop souvent renoncé à leur indépendance pour les salaires et les facilités espérées de la vie urbaine. Un mouvement intense de débauchage s’est installé provoqué par les établissements de l’État, les chemins de fer, parfois même, trop souvent, les entreprises privées. Vous en avez tous souffert. Le besoin était si fort que, lorsque nous sommes intervenus,

avec la fermeté qu’il convenait, auprès des administra-

tions publiques intéressées, celles-ci se sont bornées à répondre qu’elles ne pouvaient pas modifier leur manière

de faire. Pour compenser les vides ainsi créés, il à fallu

intensifier, surtout pour l’agriculture, les introductions de main-d'œuvre étrangère.

« Le’régime de la semaine de quarante heures devait, à

tout le moins, être un remède pour le chômage. Il est sans

doute assez difficile, étant donné la rareté et le caractère

incomplet des renseignements statistiques concernant le chômage et l'emploi, de se rendre compte d’une façon générale des répercussions des quarante heures sur le niveau de ceux-ci. Cependant, les renseignements dont on

dispose suffisent à établir la faiblesse des résultats. On ne

saurait, d’ailleurs, assez la regretter. L'avenir de notre pays eût peut-être été changé si le chômage avait pu disparaître et la contre-partie d’un résultat si grand eût été volontiers acceptée.

« L'augmentation totale de l'emploi dans les entreprises de plus de cent personnes couvertes par l’enquête mensuelle des Inspecteurs du Travail, n’a porté, entre octobre 1936 et octobre 1937 (et la comparaison entre les chiffres de décembre 1936 et décembre 1937 ne ferait ‘qu’accentuer ces observations) que sur 161.400 personnes, soit 7,8 p. 100 de l'effectif total en emploi dans ces établissements. La réalité est moindre encore si on analyse les chiffres bruts qui viennent d’être cités. Sur ces 161.400 embauchages supplémentaires, 36.000 ont été opérés dans la métallurgie, et 46.000 dans les industries des métaux ordinaires, soit respectivement 25 p. 100 et

12 p. 100 du personnel total en emploi dans ces branches

de la production.

«Or, l'accroissement de la production dans ces industries entre les mêmes dates, suffit presque à expliquer cette augmentation des effectifs. Il s’élève en effet, d’après la Statistique Générale de la France, à 20 p. 100 pour la métallurgie et à 13 p. 100 pour les industries des métaux.

« D'autre part, l'augmentation dans les houillères couvertes par cette même statistique porte sur 28.000 personnes, soit 9 p. 100 de l’effectif en emploi ; ox, on a cons-

taté, pour 1937, une réduetion considérable du rende-

ment horaire dans les houillères, réduction estimée à 11 p. 100, alors que la production ma diminué que de

5 p. 100. Une part considérable du personnel nouveau à

donc été embauchée pour compenser cette diminution de

rendement. A l'exception de la métallurgie, du travail

des métaux et des houillères pour lesquels, on vient de le

. voir, Paugmentation de l'emploi s'explique par d’autres

raisons que par la réduction de la durée du travail, l'aug-

.mentation: des effectifs entre octobre 1936 et octobre 1937

n’est que de 4,1 p. 100, pourcentage qui est resté à peu

près constant depuis avril 1937, et dont la faiblesse ne peut être expliquée par une pratique importante du . short-time'» au moment de la loi des quarante heures. Le nombre des salariés faisant quarante-huit heures et plus représentait en effet, avant l’application de cette loi, les

trois quarts du personnel total ; celui des salariés faisant

. quarante heures ou moins de RENE heures n’en repré-

sentait que 12 p. 100.

« Par ailleurs, la diminution du nombre des ae

; inscrits en octobre 1937 par rapport au même mois de

année ‘précédente ne porte que sur 92.000 personnes, ce qui représente à peine plus de la moitié des. -embauchages

supplémentaires effectués dans les ‘seules entreprises occupant plus de 100 personnes et figurant dans les sta

tistiques des Inspecteurs du travail, et même pas 1 1/2 p. 100: de emploi total dans les industries et commerces où sont appliquées les quarante heures. |

« De ces quelques chiffres, quelque incomplets qu’ils soient, se dégagent de façon HRnTeERa Re: deux conclu- SiOns :

« 1° La réduction de la durée du travail n’a entraîné

En

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« qu'un nombre relativement faible d'embauchages supplé- « mentaires ;

« 20 Pour faible qu’ait été l'effet sur le niveau da lPemploi, « les répereussions sur le niveau du chomage ont été plus « faibles encore.

«C’est qu’en effet l'introduction des quarante heures a eu « pour résultat, dans la plupart des industries, une réduc- « tion du niveau de la production, cette réduction étant « parfois suffisante pour compenser les effets du nouveau « régime *. à

En résumé il n’est done pas douteux que le nombre d’heures de travail fourni dans tout le pays à sensiblement diminué, et personne n’oserait soutenir qu’il n’y à pas eu dans lensemble de la production française un freinage qui ne lui a pas permis de s’accroître au même rythme qu’à l'étranger. ;

C’est là la conclusion du Comité d’enquête à la production qui à fait preuve d’une grande impartialité et qui n’a pris position que sur les points où il à pu faire l’aecord entre les représentants des divers intérêts en présence. Sous réserve des observations faites plus haut quarit à l'expérience récente *, on peut donc dire que si certains individus ont été amenés par la limitation du temps de travail à mettre en œuvre des possibilités qui restaient inemployées, cela n’a pas compensé la perte due au fait que d’autres se sont tenus systématiquement en dessous de leur rendement maximum.

20 Abaissement possible du rendement horaire. — D’ailleurs ce n’est pas seulement un abaissement du nombre

1. Rapport à l'Assemblée Générale de l’'U. I. M. M., p.13. 2. Cf. Supra, p. 28.

AE

d’heures total qui est à redouter, on peut encore craindre que la valeur créatrice de l’heure de travail ne se trouve également diminuée et cela pour deux raisons.

D'abord, comme il a déjà été signalé, l’organisation d’un atelier comporte un chiffre de personnel optimum. Ce chiffre est parfois intangible si l’on ne veut pas tout transformer. La plupart du temps sans que ce degré de rigidité soit atteint, il se produit cependant, lorsqu'on modifie la composition des équipes, une baisse du rendement individuel.

Dans bien des cas si le nombre des ouvriers passe de dix à douze, la production horaire ne croîtra pas dans les mêmes proportions, mais ne s’élèvera par exemple que de dix à onze. D’où chute de 1 /12° du rendement et augmentation corrélative du prix de revient en supposant que le tarif horaire ne soit pas modifié. | î

Ensuite, il faut considérer que la main-d'œuvre recrutée sera souvent de second choix. Les spécialistes sont rares, les ouvriers débauchés les premiers sont généralement les moins bons et en dehors de quelques éléments vite réemployés, la masse des chômeurs n’est pas faite de l'élite professionnelle ouvrière. Son emploi sera donc d'autant moins capable de maintenir le rendement à son niveau antérieur.

Il est vrai qu’en sens inverse on à pu invoquer un argument dont la portée est difficile à vérifier. On fait remarquer que les dernières heures de travail sont des heures de fatigue et par conséquent moins productives, et que leur suppression provoque pour chaque ouvrier un relèvement de son rendement horaire moyen. Cela peut être exact dans certains cas, mais le moins qu’on puisse en dire, c’est que ce n’est pas d’une application générale.

30 Abaissement possible de la qualité du travail. — Enfin si on risque que cette main-d'œuvre de second choix produise moins, on peut s’attendre également à ce qu’elle produise moins bien. Et du point de vue général ce problème est loin d’être négligeable, il sera d’ailleurs repris plus loin. au sujet de la main-d'œuvre qualifiée ‘.

Ce qui résulte de cet examen d’ensemble ne permet pas encore de porter un jugement vraiment motivé : il reste à voir dans quelle mesure on peut adapter le principe aux nécessités de la pratique industrielle.

SECTION II

Les solutions pratiques.

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