INTRODUCTION TI. — EN FACE D’UNE ÉCONOMIE SANS DOCTRINE
19 l’évolution économique étrangère. — En dépit de la
pénétration profonde des idées libérales au xIxe siècle, les peuples avaient toujours hésité à confier entièrement leur existence à la solidarité économique internationale. N'osant pas se spécialiser complètement, ils n’avaient jamais ouvert sans réserves leurs marchés à l'étranger, et l'intensité des échanges n’avait jamais été suffisante pour réaliser ce nivellement des prix et cet équilibre des forces, qu’escomptait l’optimisme de la doctrine. La guerre de 1914, en obligeant les peuples à se replier sur eux-mêmes, vint justifier les craintes des gouvernements. La concurrence, réduite aux marchés intérieurs s’avéra d’abord impuissante à freiner dans tous les cas la hausse des prix et à protéger les consommateurs puis, les hostilités terminées, lorsque les équipements industriels des pays reconstruits furent remis en ordre de marche, elle se révéla ruineuse pour beaucoup de producteurs.
Chez les ouvriers, les conséquences de l’inégalité sociale ayant pris un caractère d’acuité particulière, le terrain se
trouva préparé pour le développement des doctrines collectivistes. Dès 1917, la Russie, rompant avec toute tradition, tentait l'expérience d’un régime entièrement nouveau et appliquait point par point un plan théorique de structure sociale. |
En même temps, parmi les industriels, une certaine désaffection se manifestait à l’égard d’une liberté pleine de risques et beaucoup acceptaient des états une restriction de leur autonomie, un début de fonctionnarisation en compensation d’une plus grande sécurité. L’Italie, l’Aîlemagne, le Portugal, avec des modalités diverses, substituaient à l’ancienne initiative individuelle, une économie concertée sous l’égide de gouvernements pleins de foi dans des formules nettement établies, et sachant communiquer leur enthousiasme, par une propagande des plus intenses.
20 L'évolution lente de la France. — Pendant ce temps des pays, peut-être moins durement éprouvés, la France en particulier, évoluaient lentement vers des solutions incertaines. C’étaient ceux auxquels d’importantes richesses ! naturelles permettaient de temporiser. Conscients de la nécessité de réformes profondes, ils ne sont pas moins inquiets du prix auquel leurs voisins obtiennent des résultats sur lesquels il est encore trop tôt pour porter des jugements. Ils appréhendent également des solutions entièrement nouvelles, un confort relatif émoussant en eux l’esprit d'aventure. Plus que tout autre, la France semble chercher à ses difficultés des solutions absolument empiriques et dépourvues d’idées directrices. Il est pourtant indéniable que des transformations PÉDEQNES ont eu lieu en dépit de cet PDDorERAIsmes
3° Rôle croissant des associations. — En effet, partie du
régime de la loi Le Chapelier, nous la voyons aujourd’hui tenir le plus grand compte des associations professionnelles. Tolérés d’abord, puis légalement reconnus, les syndicats ouvriers et patronaux ont fini par être considérés comme indispensables à l’équilibre des rapports sociaux. En principe les individus sont libres, ils peuvent ne pas adhérer ; ce ne sont pas les syndicats qui ont le pouvoir légal d'imposer les salaires ; ce n’est pas non plus le Gouvernement qui ne se considère pas, jusqu’à nouvel ordre comme le patron unique, mais il se réserve d’étendre les contrats syndicaux aux non-contractants. Un ouvrier peut avoir trois situations, il peut percevoir un salaire qu’il a luimême débattu, ou que son syndicat à négocié pour lui ou que l’État lui attribue d'autorité.
Quant aux associations de producteurs, elles aussi se sont fait place en dépit de l’hostilité primitive. Durement traitées par la loi, elles ont petit à petit obtenu l’indulgence de la justice, puis du législateur, qui s’est offert à les prendre dans certains cas sous sa protection, à sanctionner leurs décisions.
Comme louvrier, le producteur peut être plus ou moins protégé. Il péut se trouver seul responsable de ses conditions de travail et de vente, il peut adhérer à une entente libre, il peut être soumis d’office à des règles obligatoires.
40 Juxtaposition de régimes économiques différents. — Dans l’état actuel des choses tous les régimes économiques semblent fonctionner simultanément, variant d’une profession à l’autre, d’un point à l’autre du territoire. Un grand nombre d’entreprises vivent librement avec des employés qu’elles rétribuent à leur gré. D’autres, engagées dans des conventions collectives et des ententes, vendent
à des cours forcés, des marchandises établies dans des con-
ditions immuables, et sans possibilité de pouvoir trans-
former leurs installations sans en demander Pautorisation, d’autres enfin travaillent sous le contrôle du Gouverne-
ment et ne sont plus que des agents d’exécution. Entre ces
trois types caractéristiques existe toute une gamme des
plus libres aux plus étatisés.
On à couru au plus pressé, on à reculé devant les solutions d'ensemble, on a légiféré sur des cas d’espèces, le plus souvent on s’est contenté de légaliser un état de fait.
5° Rencontre de trois doctrines. — Cette situation est le résultat d’un compromis plus ou moins stable entre trois doctrines fondamentales qui se partagent l'opinion. |
Toutes les fois qu’une branche d'activité apparaît particulièrement propice à son application, chaque doctrine tente de s’y installer ou de $’y maintenir. Chacune obtient qu’on lui concède la.place là où elle est le plus à son aise.
Le libéralisme retranché dans la petite industrie ne recule que très lentement. Le corporatisme cherche à s’implanter dans l’agriculture où les conditions de travail rendent une réussite moins difficile qu'ailleurs.
Et le socialisme, introduit sous des motifs politiques se tourne vers les usines de guerre et en général vers les ae affaires très concentrées.
Mais allant plus loin que ce partage matériel, il “ant admettre qu’un compromis est peut-être utile et réalisable entre les principes mêmes des doctrines. Pour cela, il importe au préalable de reprendre succinctement pour chacune d’elles deux points : quel mobile humain lui assure son dynamisme, quelles conditions sont requises pour ae ce ressort puisse fonctionner utilement.