DANGERS D’UNE POLITIQUE DE LIMITATION
19 L'intérêt général. — T1 est difficile de donner une définition de l’intérêt général. Sans doute est-on d’accord pour admettre qu’il veut que la collectivité soit pourvue le plus largement possible de tout ce qu’elle désire. On peut estimer que le progrès consiste à ce qu’à chaque échelon social, il se manifeste une satisfaction de plus en plus complète des be-
d02 PERSONNALITÉ, DISCIPLINE DANS LES PROFESSIONS
soins, maïs Ile conflit maît, dès qu’on veut déplacer un «élément .de la hiérarehie et.qu'onrprétend fonder l'intérêt généæal sur la limitation d’une-catégorie-d’intérêts particuliers. L'accord n’est pas plus facile à réaliser lorsqu?on cherche à répartir au mieux les différentes sortes de richesses-et. qu'il faut accorder une prédominance des unes sur les autres.
En particulier, l'intérêt des producteurs est souvent,0pposé à l'intérêt des consommateurs. Il est certain que tous les individus étant consommateurs, il est tentant de ne les envisager que sous cet angle pour se faire une idée de l’intérêt général. On en conclut facilement à la nécessité d’un abaissement systématique et constant des prix, dût-il acculer à la faillite l'industriel ou l’intermédiaire. Mais il ne faut pas négliger la solidarité de fait qui existe entre les facteurs de l’économie. Une faillite, ce n’est pas seulement la ruine d’un chef d’entreprise, cela représente encore toute une série de dettes impayées aux répercussions parfois lointaines. Ce sont donc des efforts inutiles, des épargnes gaspillées parce que mal investies. k
Et si la fermeture d’une entreprise malsaine peut être un remède automatique et nécessaire, elle n’arrive généralement que trop tard, alors qu’un malaise plane depuis longtemps sur toute une branche d'industrie.
11 vaut done mieux éviter les répartitions anormales de la production, et si la théorie du pouvoir d’achat des ouvriers est défendable jusqu’à un certain point, la théorie du
pouvoir d'achat des producteurs l'estrexactement dansiles mêmes limites.
Ces réserves faites sur l'assimilation qui peut avoir lieu entre « intérêt général » ét intérêt des consommateurs, celui-ci doit rester l’un:des éléments fondamentaux à retenir pour juger de la valeur d’une mesure économique.
Or, l'intérêt du consommateur, c’est qu'il y ait des pro- ‘duits de plus en plus nombreux et qu’ils soient de plus en plus parfaits.
20 Danger d’une restriction de l'offre. — On peut craindre en premier lieu que l’entente ne s'oppose à cette abondance reconnue désirable. C’est un danger très variable suivant la nature des marchandises offertes.
Le profit des fabricants P est en‘effet le produit de deux facteurs variant en sens inverse : d’une part, le nombre des unités livrées n qui diminue, d’autre part, le bénéfice unitaire b qui augmente, en principe, quand le marché se rétrécit, jusqu’au moment où l'accroissement des frais généraux compense le supplément de prix auquel doivent consentir les acheteurs.
Rien ne permet de préjuger d’une manière générale du point de la courbe de la demande correspondant au maximum du produit : P — "n. b. qui variera essentiellement suivant là pente et la courbure de cette courbe, autrement dit, suivant le caractère de plus ou moins grande nécessité des marchandises envisagées.
Par ailleurs, ce maximum qui sera l’objectif naturel des membres de l'entente ne sera pas déterminé mathématiquement, mais d’une façon absolument empirique.
Il serait donc faux de penser que dans tous les cas, les industriels maintiendront l'offre à un niveau très inférieur à ce qu’elle pourrait être.
Même les partisans d’une réglementation se’ sont élevés contre cette idée. |
« Le machinisme, écrit M. Dautry. Depuis quelque temps des voix s'élèvent qui chargent la science de la responsabilité de la crise, qui réclament comme la plus urgente déli-
vrance, la mise en sommeil des savants et des laboratoires, une trêve des inventions, la destruction des machines. C’est un impardonnable blasphème qu’expliquent seuls le désespoir et la misère. Car c’est en vérité ” science qui prolonge et améliore la vie humaine.
Quand 30 millions de chômeurs par le monde vivent dans l'angoisse ou connaissent le froid et la faim, il ne peut être question de détruire les machines, mais d’ordonner leur action en ordonnant celle de l’homme t. »
30 Danger pour le progrès. — Le véritable danger, ce n’est pas une régression brutale, un arrêt délibéré du progrès, mais plutôt un ralentissement dans sa marche provenant d’une désaffection à l’égard de la recherche.
Il est indéniable que la sécurité s'oppose à l'esprit d’entreprise et qu’un producteur qui à la quasi-certitude d’avoir
autant de commandes qu’il a le droit d’en accepter n’est guère poussé à l'effort.
En outre, il se peut également que la mise en un de certaines inventions qui bouleverseraient l’économie, soit provisoirement retardée ; ce n’est peut-être pas une raison pour voir là : «une volonté d’anéantissement de tout on de production nationale et de l'arrêt de tout progrès *
À supposer même que les contingents soient dre ‘ grande rigidité, l'intérêt du producteur reste de trouver une méthode qui lui permette d’abaisser son prix de revient mais en évitant de subordonner cette amélioration à une augmentation massive de production.
Ce qui est à redouter, c’est qu'il ne profite de laffaiblis-