NÉCESSITÉ D’UNE CLIENTÈLE STABLE
19 Inconvénients de l’imprévision. — Le développement des sociétés anonymes, et l’élargissement des marchés ont rendu bien souvent la clientèle plus instable qu’elle n’était auparavant. L'idée du fournisseur de confiance à qui l’on passait automatiquement toutes les commandes à perdu beaucoup de force et l’habitude s’est généralisée de multiplier les « essais » auprès des divers concurrents.
Cette mentalité à poussé beaucoup d'établissements à étendre leur moyen d’action et à compenser à une certaine distance la perte des clients infidèles, d’où une interpénétration territoriale plus grande, utile sans doute pour le jeu de la concurrence, mais défavorable à une production économique.
Les demandes d’une clientèle instable sont plus difficiles à prévoir à tous points de vue, quantité, diversité, époques. Un plan de fabrication et d’approvisionnement est plus difficile à établir, et le calcul des prix de revient se trouve compliqué du fait qu’on estime moins exactement les élé-
ments sur lesquels il faudra répartir les frais généraux.
Cet inconvénient n’est encore pas extrêmement grave, il est même insignifiant dans le cas des fabrications de série où la vente porte sur de grandes quantités d’articles similaires ; mais il en reste un autre d’un caractère plus universel, c’est l’augmentation.des frais commerciaux. +
20 Augmentation des frais commerciaux. — Pour une seule vente qui sera effective, il se sera présenté un nombre plus ou moins considérable de voyageurs ; pour un devis accepté, plusieurs services d’études en auront fait de semblables en pure perte. La maison qui enlève la commande doit donc imposer à son acheteur.la charge.des frais qu’elle a engagés elle-même pour démarcher les clients qui ne se sont pas fournis-chez elle. T1 faut ajouter à céla' la véritable guerre de publicité qui s'établit parfois ; ainsi l'élévation “es prix de revient réagissant sur les prix de vente proposés ‘compense dans ‘une certaine mesure la baisse résultarit de Tintensité de'la concurrence. Quant à savoir si élle Tui’est ‘mférieure, si elle l'équilibre ou si élle la surpasse, c’est une question d'espèce sur laquelle il serait dangereux deporter ‘un jugement définitif et général.
Tlsuffit de retenir qu'on peut envisager légitimemerit des méthodes de fixation de la clientèle qui supprimeraïent cet “excès de charges et qui assureraient à chaque entreprise un minimum de chiffre d’affaires facilement prévisible.
Or, les ententes de contingentements, si elles peuvent assaïnir la situation générale d’une branche d'industrie, ne | suffisent pas à éviter que, pour une raison quélconque, cer- ‘taines maisons isolées tombent en décadence. Si dans l’ensemble, les établissements respectent sensiblement leurs quanta, il n’est pas nécessaire que tous atteignent le leur.
Or, actuellement, il n’est plus possible d'accepter passivement'la fermeture d’une usine.
30 Nécessité sociale d'éviter les fermetures. — Au regard de la théorie libérale, la fermeture n’est que!la consécration de la mauvaise gestion, de l’inutilité économique. Cela reste
vrai d’une petite maison, non pas que ses dirigeants soient moins dignes d’intérêt que ceux d’une grande firme, mais ‘parce qu’ils seront les seules victimes de leur infortune, risque qu’ils ont accepté par le seul fait de leur qualité de commerçants. Au contraire, lorsqu'une grande usine ferme ses portes, il faut un temps considérable pour résorber le Chômage ainsi créé parmi des ouvriers qui peuvent avoir une certaine communauté d'intérêt avec l’entreprise, mais qui ne peuvent pas en être étroitement solidaires.
Il existe des villes entières qui vivent de la vie d’une usine et qu’on ne peut pas exposer à un arrêt instantané.
Par conséquent, il n’est pas toujours suffisant de garantir léquilibre général d’une corporation, il est encore bon de s’assurer que la prospérité de l’ensemble ne comporte pas d’exceptions.