II. — DANGERS D’UNE FIXATION ARBITRAIRE DES PRIX
19 La réalisation de surbénéfices. — I] est normal cependant que le premier réflexe du consommateur soit un sentiment de défiance et d’hostilité à l’égard de toute politique concertée tendant à valoriser la marchandise qu'il
achète. Instinctivement, il présume que les cours défendus par les producteurs leur laissent des bénéfices excessifs. Il possède évidemment un moyen de défense dans la création des coopératives d'achat, groupements plus forts que les individus, mais celles-ci n’auront d'efficacité réelle que dans la mesure où elles pourront se passer des membres de l'entente, s’il en existe une. Elles ne joueront donc un rôle intéressant que dans le cas d’une entente offrant déjà par
sa nature ou par suite des circonstances un minimum de
garanties. |
Pour que les craintes des acheteurs soient pleinement jus-
tifiées, il faut que l’entente possède une situation de monopole et qu’elle porte sur des marchandises dont la demande est peu élastique, sinon la hausse exagérée entraînerait une réduction de consommation. qui risquerait de maintenir le chiffre d’affaires global au-dessous du point de rentabilité maxima. |
Or, la plupart: des ententes, tout au moins des plus
rigides, sont relatives. à des produits simples, à des matières
premières en particulier, et non à des produits de consommation directe. En conséquence, leur situation dépend essentiellement de l’existence d’un produit de remplacement. S'il n’y en à pas, elles font la loi sur le marché ; s’il en existe un, une politique de cours forcé peut leur être néfaste pour très longtemps. À
En effet, le particulier peut abandonner du jour au lendemain un article trop cher pour prendre un succédané, d’où un ralentissement immédiat des ventes susceptibles de donner l’alarme aux producteurs imprudents,. Inversement, dès que les prix sont redevenus normaux, l’acheteur peut revenir tout de suite à ses goûts antérieurs.
Au contraire, quand une industrie veut apporter une
modification aux matières premières qu’elle utilise, il lui faut généralement transformer son outillage. I1 n’y aura done pas de fléchissement brusque pendant le temps nécessaire à cette opération. Mais le jour où elle est réalisée, il est trop tard pour offrir des conditions meilleures.
Bien que certaines ententes aient su faire preuve d’une assez grande clairvoyance, il est donc permis de redouter les conséquences d’une politique à courte vue.
20 Le ralentissement des recherches. —D’excellents esprits ont soutenu que ce risque constituait un stimulant éner- gique et que, grâce à lui, l’entente ne pourrait pas être une solution paresseuse, reproche qui lui fut maintes fois adressé. Ils estiment que personne ne peut négliger l’amélioration de son entreprise sans s’exposer à des réveils douloureux.
«.… Les comptoirs ne sont pas éternels et l’approche de - l’échéance normale du contrat verra s'ouvrir des négociations pour le renouvellement de l’accord. Alors ceux qui seront les moins bien organisés se trouveront mal placés | pour discuter leur situation vis-à-vis de leurs collègues qui, entre temps, auront gagné du terrain sur eux. Peut-être aussi se produira-t-il alors la rupture définitive, et dans ce cas il est inutile d’insister sur la situation tragique dans laquelle se trouvera un fabricant arriéré ou négligent par rapport à ses collègues devenus ses concurrents, qui auront su pratiquer une politique de travail et de progrès !. »
I1 n’est pas douteux qu’il existe une sanction sévère contre ceux qui n’auront pas donné tout l'effort créateur nécessaire. Il est certain également que si une telle attitude
1. Exposé fait au C. G. O. P. le 14 décembre 1937 par M. Armand
Chartier, Directeur général de l’Union Céramique de l’Est. C. CG. O. P. Extrait des discussions d’avril 1937 à février 1937.
se généralise, c’est toute l’industrie qui prépare sa ruine au profit de l'étranger.
Mais une punition ne répare rien, dans le domaine économique surtout. La déconfiture des producteurs nationaux ne peut porter aucun profit aux consommateurs. La seule valeur de la sanction réside dans son caractère comminatoire. Encore faut-il que celui-ci ne soit pas altéré par la distance.
Malheureusement l’idée d’une crise prochaine s'impose difficilement dans les périodes de prospérité même précaire ; les krachs les plus prévisibles étonnent généralement les hommes qui en portent la responsabilité.
Sans doute il serait faux de croire que la réalisation d’une entente est de nature à arrêter net les recherches techniques, maïs un certain ralentissement reste à redouter et la perspective d’un handicap à venir ne suffirait pas à écarter absolument tout danger sur ce point..
30 La prolongation des crises. — Enfin toutes les tentatives faites pour soutenir les cours par des procédés plus ou moins artificiels ont été accusées d’aller à l’encontre du but recherché.
On à prétendu qu’elles avaient pour effet de prolonger les crises au lieu de les abréger. Les crises, dit-on, ne sont que le symptôme d’un mal plus profond, il est vain de cher- | cher à les enrayer, et c’est même dangereux, car elles portent en elles le remède brutal, mais indispensable. I1 faut laisser s’éliminer les entreprises qui alourdissent le marché. C’est l'effondrement des prix qui peut seul assainir la situation ; le retarder, c’est prolonger inutilement la crise.
I1 y à là encore une part de vérité. En maintenant les prix, on favorise surtout les maisons qui seraient obligées
de vendre le plus bas, donc les qualités inférieures, on protège également celles qui à qualité égale produisent plus cher et qui ne pourraient pas soutenir la concurrence. Mais ces raisons ne sont pas définitives.
Au premier lieu, une entreprise peut être en difficilté passagère sans être malsaine et peut avoir droit à un sursis que la crise ne lui accordera pas. De plus, il faut redire qu’on ne doit pas laisser une profession souffrir des agissements d’un incapable ou d’un aventurier qui perd peutêtre délibérément un, argent qu’il récupère sur d’autres fabrications. ”
En second lieu, si l’on se rappelle les inconvénients sociaux et économiques des faillites, on admet volontiers qu’il peut être opportun de prolonger une crise plutôt que de la laisser évoluer trop rapidement.
Car en admettant même que ce seraient effectivement les entreprises les moins bonnes qui disparaîtraient, il vaut tout de même mieux essayer de leur laisser passer l’instant critique. Celles qui ne sont pas foncièrement mauvaises, peuvent en quelques années se réorganiser, combler des déficits, renflouer leur trésorerie.
Pendant ce temps les conditions économiques extérieures évoluent et chaque établissement se transforme lui-même lentement pour répondre aux besoins du moment, Petit à petit on se rapproche du rendement normal ; alors il est peut-être temps de rompre l’entente et de faire subir aux affaires provisoirement sauvées l’épreuve de la liberté.
D'ailleurs la pratique a révélé des solutions très diverses, qui n’ont de commun que le souci de ne pas travailler à perte. Dans les plus rigides on à poussé la discipline jusqu’à la suppression des services commerciaux individuels;
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dans d’autres on s’est efforcé seulement d’éviter de traiter des affaires déficitaires, enfin certains groupements ont cherché simplement à éliminer du marché les produits de mauvaise qualité qui portaient préjudice aux marchandises meilleures. Il est évident que les dangers signalés eidessus se manifestent très différemment suivant les cas.
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SECTION II Les solutions adoptées.