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PERSPECTIVE SAVANTE ET PERSPECTIVE PITTORESQUE

352. J’ai dit ailleurs que la plupart des peintres éprouvaient une grande aversion pour les études géométriques; Ijeaucoup d’entre eux se glorifient de leur ignorance à cet égard et, ce qui est le plus fâcheux, c’est qu’ils sont souvent poussés dans cette voie par ceux qui devraient les en détourner.

Afin de prouver que je n’exagère pas , je placerai ici quelques lignes extraites d’un article de M. Delécluze, sur l’exposition des tableaux {pébats^

1 3 mai 1 839).

Voilà comment il s’exprime :

« En commençant la revue du Salon, nous avon» » signalé la dimension excessive de certains ta- » bleaux , non-seulement en raison de l’importance » très-secondaire de quelques sujets , mais relative- » ment auz lois de l’optique. Il serait bien à désirer » qu’un artiste, versé dans la science de la perspec- » tive , en fît un traité vraiment pittoresque. Dans »tous les livres' où cette sciènce est traitée, ou

Digiti^ by Googlc

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» part de principes abstraits, par conséquent con- » ventionnels. Ainsi , la ligne d’horizon , toujours «courbe dans la nature, puisqu’elle n’est qu’un » segment du cercle de la terre , est constamment » figurée , dans les traités de perspective savante, par » une ligne droite tirée rigoureusement à la règle. » En outre, les lignes perpendiculaires à l’horizon » qui est courbe , tendant au centre de la terre , » sont considérées par la science comme parallèles. » Pour reconnaître combien l’application de ces » principes abstraits est antipittoresque, on n’a qu’à » comparer le dessin d’un monument, fait par un « artiste dont Cœil est juste et la main obéissante, » avec la reproduction du même édifice obtenue » par les moyens scientifiques employés ordinaire- » ment par les architectes.

» En effet, à l’aide de la perspective savante, on «peut, sans s’éloigner beaucoup d’un objet, en » donner un aspect, mais qui présentera des ana- » morphoses épouvantables ; tandis qu’en obéissant » à la perspective pittoresque, forcé que l’on sera de » tenir compte de la portée de la vue et du cercle » de vision dans lequel cet organe peut saisir faci- » lement la forme caractéristique des objets, on ob- » tiendra des aspects sous lesquels la chose repré- » sentée sera aussi peu déformée que possible , » résultat des plus important pour l’art. «

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M. Dejécluze occupe une place trop élevée parmi les hommes qui se sont donné la mission de juger les artistes , pour qu’il soit permis de laisser passer sans réponse les erreurs accumulées dans les lignes précédentes.

D’abord, le mot de perspective savante, mis à chaque instant en opposition avec la perspective , pittoresque, indique assez le peu d’estime que M. Delécluze paraît professer pour la première de ces deux méthodes. J’aurais désiré cependant qu’il nous eût donné, avant tout, une bonne définition de ce qu’il entend par perspective pittoresque.

Mais je soupçonne qu’il n’emploie cette expression , dans le cas actuel, que pour indiquer la perspective qui nest pas savante. Je crois cependant que M. Delécluze aurait mieux fait comprendre sa pensée en distinguant les deux sortes de perspectives dont il a voulu parler, par les mots de perspective géométrique et de perspective artistique; ou, s’il le préfère, perspective des géomètres et perspective des peintres. \

J’ajouterai cependant que je laisse à M. Delécluze j

toute la responsabilité de cette distinction ; car, , ^

pour moi , je ne connais qu’une seule espèce de '

perspective , c’est la perspective exacte.

Il faut d’ailleurs que M. Delécluze soit bien \

effrayé par la géométrie, pour donner le nom de \

rKRSPECTIVJS.

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perspective savante à des méthodes qui n’exigent que les premières notions de la. géométrie la plus élémentaire.

Je conviens avec M. Delécluze que la plupart des exemples donnés dans les ouvrages purement géométriques sont faits pour dégoûter de l’étude de la perspective; mais il ne faut pas en accuser la géométrie.

Les principes théoriques et abstraits donnés par les géomètres sont rigoureusement exacts et par conséquent ne sont pas conventionnels, comme dit * M. Delécluze, car il n’y a pas de convention dans la géométrie; mais ces principes ont été mal appliqués, parce qu’ils l’ont été par des théoriciens, par des hommes qui n’étant pas artistes n’avaient aucune idée des conditions nécessaires pour obtenir de bons résultats.

Il en est de même de tous les principes quand on ne sait pas les appliquer. Ainsi, la vapeur, l’électricité sont certainement des principes vrais et qui n’ont rien de conventionnel; mais si dans leur application on ne prend pas toutes les précautions nécessaires , on s’exposera aux plus grands dangers.

Si un homme invente une machine ingénieuse et utile, qui fonctionne mal, parce qu’il aura essayé de l’exécuter lui-même au lieu d’en charger d’ha-

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biles ouvriers, cela devra-t-il faire rejeter une invention dont on n'aura pas fait d’abord une application convenable. Laissons faire les praticiens au lieu de les décourager, ils sauront bien tirer tout le parti possible de cette nouvelle machine,

Il ne faut donc pas accuser la géométrie. Il faut seulement accuser ceux qui ne savent pas s’en servir : la seule dilférence, c’est que les géomètres s’en'servent maladroitement, parce qu’ils n’ont pas le sentiment artistique; et que les artistes ne s’en servent pas du tout, parce que ne la comprenant pas , ils ne peuvent soupçonner combien elle leur serait utile.

Au surplus, il suffit, pour éviter les anamorphoses ridicules données dans la plupart des traités purement géométriques, d’éloigner le point de vue jusqu’à la distance où devrait se placer un bon dessinateur pour obtenir on dessin convenable. Or, j’ai fait voir ailleurs que cette condition , souvent impossible à obtenir pour l’artiste, est toujours facile pour le géomètre.

M; Delécluze n’est pas heureux dans le choix des moyens qu’il propose pour obtenir une perspective pittoresque. Ainsi il dit que la ligne d’horizon est toujours courbe dans la nature, puisqu’elle n’est qu’un segment du cercle de la terre ; et partant de là, il reproche à la perspective savante

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de figurer celte ligne par une droite rigoureusement tirée à la l ègle.

On sait en eflet que l’horizon réel est un arc du cercle suivant lequel la surface du globe est touchée par un cône dont le sommet serait situé dans l’œil du spectateur. On sait de plus que la perspective de cet arc de cercle est un arc d’hyperbole; mais ce n’est pas là un motif pour donner de la courbure à la ligne d’horizon d’un tableau.

En effet, je ferai d’abord remarquer qu’il ne peut être question ici des paysages, dans lesquels l’horizon réel est ondulé suivant la silhouette des ter- »

rains, montagnes ou, collines, qui bornent la vue. C’est donc seulement dans les sujets maritimes que la ligne d'horizon réel est figurée sur le tableau. Or, ici , je suis fort embarrassé ; car, pour démontrer ce que je vais dire il faudrait employer la géométrie, et M, Delécluze a une si grande aversion pour cette science que, si j’en dis un seul mol, il ne m’écoutera plus. Je me contenterai donc, pour le moment, de donner le résultat du calcul que tout le monde peut faire sans être savant. Il suffit , pour cela, de connaître un peu de géométrie élémentaire.

Si pour faire un tableau de marine on suppose que le spectateur est sur une dune ou sur une falaise, élevée de 60 mètres au-dessus du niveau de

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