‹ Pertes éprovées par les bibliothèques publiques de Paris pendant le siége par les Prussiens en 1870 et pendant la domination de la commune révolutionnaire en 1871;Chapitre 1 sur 3 · Pertes éprovées par les bibliothèques publiques de Paris pendant le siége par les Prussiens en 1870 et pendant la domination de la commune révolutionnaire en 1871; · texte numérisé non relu

Pertes éprovées par les bibliothèques publiques de Paris pendant le siége par les Prussiens en 1870 et pendant la domination de la commune révolutionnaire en 1871;

SUR LES PERTES EPROUVEES PAR LES BIBLIOTHEQUES PUBLIQUES , DEPENDANT DU MINISTERE DE i/lNSTRUCTION PUBLIQUE , A PARIS, SOIT PENDANT LE SIEGE FAR LES PRUSSIENS, SOIT PEN- DANT LA DOMINATION DE LA COMMUNE REVOLUTIONNAIRE.

Monsieur le ministre ,

Vous m’avez chargé de rechercher et de vous faire connaître les pertes subies par les bibliothèques publiques qui dépendent de votre ministère, soit pendant le siège de Paris par les Prussiens , soit sous la domination de la Commune ^révolutionnaire. Nous devons rendre, cette justice aux ennemis qui nous ont causé tant de sortes de maux : s’ils nous ont < enlevé bon nombre de nos bibliothèques particulières, comme de nos collections les plus précieuses , ils ont , en général , jespecté nos bibliothèques publiques. Leurs obus, il est vrai, ^m'épargnaient pas notre admirable bibliothèque de Strasbourg, non plus qu’ils ne faisaient grâce à la flèche de la çyfcathédrale de cette grande et malheureuse ville. Hélas! o lorsque cette nouvelle nous arrachait un cri de douleur, nous ‘; ne pensions pas que c’était Strasbourg même, avec les débris "^cle ses bibliothèques incendiées, qui allait passer entre les mains des Allemands. Avec Metz, avec Colmar, avec Scherlestadt, nous perdons aussi plusieurs importantes bibliothèques dont s’honorait la France. Dans la destruction du palais ; de Saint-Cloud par le bombardement, se trouve comprise sa h magnifique bibliothèque, si riche en grands ouvrages à figures et en reliures de luxe, complètement disparue ; et quel- K ques volumes de la Bibliothèque impériale, qui y avaient été : transportés, ont péri également. Voilà bien des pertes ! Mais,

clans les villes momentanément occupées ou qui le sont encore en ce moment même, j’en ai acquis la certitude, en inspectant la plupart de leurs bibliothèques, il n’y a point eu de dégâts sérieux, et tout se réduit à l’enlèvement de quelques cartes de géographie (i).

A Paris , le bombardement, qui n’a pas épargné nos hospices, n’aurait pas épargné davantage nos bibliothèques. On peut en juger par d’autres établissements scientifiques, tels que le Muséum et le Collège de France. Mais , soit que les obus n’aient pas porté jusqu’à elles, soit, pour celles qu’ils ont frappées, que les précautions ordonnées par vous dès le début du siège aient eu une heureuse efficacité , le mal a été nul. Combien la guerre civile , sous ce rapport , nous a été plus cruelle ! Ce qu’elle a entassé de ruines de ce genre , comme de tant d’autres manières , n’est-il pas présent à tous les esprits ? C’est à rendre compte de ces pertes pour les bibliothèques placées dans votre département que ma tâche se trouve circonscrite, et, même ainsi limitée, elle n’a encore que trop d’étendue.

Il s’en faut pourtant que le mal ait eu partout la même gravité.

J’ai déjà constaté, monsieur le ministre, dans un précédent Rapport que j’ai eu l’honneur de vous adresser relativement à la bibliothèque Mazarine, à la bibliothèque de l’Arsenal et à la bibliothèque Sainte-Geneviève, que ces grands établissements avaient, de même que la Bibliothèque nationale, heureusement peu souffert. La perte principale, celle qu’a éprouvée la*bibliothèque Mazarine, n’est pas telle ellemême qu’elle ne puisse , au moins en grande partie , être réparée. Cette perte consiste d’abord en quatre volumes

( i) Il nous faut mal heure use ment faire une exception : la bibliothèque de l’École spéciale militaire de Saint Cyr a été en partie détruite par les Prussiens. Ils ont dépareillé nombre d’ouvrages importants, détruit ou enlevé la Collection clés documents inédits sur l’ Histoire de France , k Correspondance de Napoléon, les collections du Journal militaire, du Spectateur militaire, etc.

manuscrits. Ces manuscrits avaient été prêtés à l’auteur de savantes recherches sur l’histoire de France, chez qui ils ont été brûlés, avec sa propre bibliothèque, àNeuilly, parle bombardement des insurgés , qui atteignit cette commune au mois de mai dernier. Ils se composaient d’abord d’un manuscrit du xvne siècle (Dubuisson-Aubenay , Mémoires sur les guerres civiles de France) 5 puis, de trois volumes numérotés 1765, 2786012786 A. Le numéro 1765 dépareille une collection de Mélanges qui contenait trente-trois volumes. Les numéros 2786 et 2786 A sont les deux premiers d’une seconde collection d’œuvres du même auteur, qui comptait sept volumes.

Les pertes quant aux imprimés , quoique n’ayant qu’une importance secondaire , méritent pourtant d’être signalées. Un obus , lancé par les insurgés , tombait , au milieu de la nuit, dans la grande galerie Naudé, qui occupe l’étage supérieur de la bibliothèque Mazarine ; il brûlait ou mutilait un certain nombre d’ouvrages. Les volumes atteints par l’obus appartiennent tous au nouveau fonds d'histoire , du format in-4v. C’étaient des ouvrages, en eux-mêmes curieux et utiles à consulter, dans un bon état de conservation, quelques-uns recouverts d’assez belles reliures anciennes. L’indication de ces livres, que je donne ci-dessous, vous permettra, au reste , monsieur le ministre, d’apprécier avec précision le degré de la perte (1).

(1) N° i4f7* — IIevTYi5covTapx,o$> par Itamirez, 1612.

N° 1418. — Bruschius, Chronologia monasleriorum Germaniæ,

N° 1419. — Colluecii de Bello belgico parsaltera, 1 677. 2 vol.

N° 1424. — Historia Ecclesiæ lusitanæ,

N° 1425. — Thomas di Burgo, Hibernia dominica, 1762.

N° 1429. — Calendæ regiæ, 165g.

N° i53o. - — Historia di Poggio, 1698.

N° i43i.. — Chronique de Savoie, par Guillaume Paradin. Lyon, i552.

N° 1432. — Apologie pour la Maison de Savoie, 1 63 1 .

N° 1436. — Taisan, Vies des jurisconsultes, 1737.

Je passe aux deux autres bibliothèques : l’Arsenal et Sainte-Geneviève. L’Arsenal n’a subi que d’assez faibles dommages. Un éclat d’obus des insurgés écrasait un volume in«4°, de peu de valeur : Pompei Festi, de Verborum signiûcatione, avec les notes de Dacier, édition de 1681, ad usum Delphini . Le même éclat détruisait un pilastre d’un

N° i438. — Histoire du siège de Dunkerque. Paris, 1C49.

N° 1444. — Doglioni, Del theatro universale de’ principi. Fenetia, j 606.

N° i653. Kôniglischer danischer hof und staats Kalender, von Mathias Rohlfs.

N° 1657. — Baglione, le Vite dei pittori, 1733.

N° 1659. — De origine, moribus et rebus gestis Scotorum, authore Joanne Leslœo. Romœ , 1678. Exemplaire de l’auteur.

N° 1661. — Wolûus, Notitia Karæorum. Hambourg , 1714.

N° 166a. — Coopères Chronicle, i565.

N° 1664. — Fabricius, Rerum misnicarum libri VII.

N° i665. — Commentaires sur les Prophéties de M. de Nustredame, i5g4.

N° 1666. — De vario Bononiæ statu, Barthol. Dulcini. i58i.

N° 1667. — Caroli Sigonii, de vitâ Laurentii Campegii. Bononiæ , i58i.

N° 1669. — Manifesto dei sig. Ludovico Birago. Torino , i56i.

N° 1670. — La Congiura dei conte Luigi di Fieschi, 1675.

N° 1672. — Ateneo dei letterati milanesi.

N° 1674. — Historia di Girolamo Mutio, de’ fatti de Federico de Montefeltro, duca d’Urbino. Venetia, ifio5.

N° 1675. — Sicanicarum rerum compendium , Maurolyeo. Messanœ, i56i.

N° i854. — Du Bois, Vies des gouverneurs généraux des Indes Orientales, 1763.

N° 1912. — Étrennes françoises, 1766. 2 exempl.

N° 1913. — Récit de ce qui s’est passé pendant la construction d’un nouvel Hôtel-Dieu, 1773. — Ce volume, aux armes du roi, renferme un mémoire autographe du célèbre architecte Anto'ue sur' la construction de l’Hôtel-Dieu. On pourra le faire restaurer

N° 2296. — Vida de D. Bartolome de los Martires. Madrid, 1625.

Ces livres, curieux et rares, étaient la plupart revêtus de ces bonnes reliures anciennes en veau fauve, faites pour De Thou Colbert , Mazarin et autres hommes d’un goût éclairé.

des panneaux de l’oratoire du cabinet de Sully , brisait quelques carreaux et quelques boiseries , et faisait cinq crevasses dans les côtés d’autant de fenêtres. La bibliothèque Sainte-Geneviève a perdu aussi quelques volumes. Pendant le bombardement de Paris par les Prussiens, dans la nuit du 8 au 9 janvier , un fragment d’obus, traversant une des fenêtres de la partie inférieure des bâtiments , avait pénétré dans la réserve sans y causer de ravages.

La même bibliothèque devait être moins épargnée sous le règne de la Commune. Au moment où nos troupes victorieuses entraient dans Paris, pendant les courts instants où la Commune semblait compter encore sur les efforts d’une résistance désespérée , un obus pénétra , du côté du collège Sainte-Barbe, dans la galerie supérieure de la bibliothèque, et dispersa à une grande distance cinquante-trois volumes. Parmi ces volumes , appartenant tous à la section de géographie , les uns seront facilement remplacés , les autres pourront être réparés par le relieur. Les plus nombreux font partie d’une petite édition, format in-i 2 , de Y Histoire des voyages par l’abbé Prévost (reliure en maroquin rouge) ; les autres appartiennent au Bulletin de la Sociélé de géographie, ou bien à la collection commencée par M. Vivien de Saint- Martin sous le titre éé Année géographique .

Heureuses les bibliothèques de Paris , si elles en eussent été quittes à si bon marché! La France, l’Europe entière, savent qu’il est loin d’en avoir été ainsi, et la postérité ne s’en souviendra que trop pour l’honneur de la civilisation au dix-neuvième siècle. Les pertes que nous ont fait subir les nouveaux barbares sont immenses , incalculables. Deuil inconsolable pour l’érudition et les lettres , comme pour l’art de l’imprimerie , de la reliure et de la bibliophilie ! S’il s’agit de valeur vénale, la perte s’élève à plusieurs millions.

Quant au dommage intellectuel, les chiffres n’en peuvent donner aucune idée. Quelle perte que la bibliothèque de l’Hôtel de ville ! cent vingt mille volumes, dont bon nombre se rapportaient à l’histoire de Paris, livres précieux par

leur beauté comme par l’intérêt des renseignements administratifs de tout genre ! On y avait joint, depuis quelques années, la nombreuse collection des documents historiques et des State s papers de l’Amérique du Nord, donnée à la ville de Paris par le gouvernement des États-Unis. Que de raretés, parmi lesquelles des ouvrages uniques , comme le superbe livre d "Heures de Juvénai des Ursins, orné de miniatures exquises du quinzième siècle, qui avait passé de la bibliothèque de M. Ambroise-Firmin Didot dans celle de la ville de Paris (i)! C’étaient de bien remarquables bibliothèques spéciales que la bibliothèque du Conseil d’État, avec laquelle disparaissent aussi les importants procès-verbaux des séances durant de longues années ; que celles de la Cour des comptes, de la Cour de cassation, qui n’avait pas moins de 5o,ooo volumes contenant la collection de jurisprudence la plus complète, que celles de la Légion d’honneur, de l’Ordre des avocats, enfin du Ministère des finances ! Comment ne pas comprendre dans les mêmes regrets la bibliothèque de la Préfecture de police, si abondante en documents manuscrits sur la Révolution, et qui offrait aussi une collection unique de journaux modernes , futurs matériaux de l’histoire politique de notre temps ?

Dans les bibliothèques publiques dépendant de l’Etat et qui ressortissent à votre ministère, se renferme naturellement la mission que vous m’avez fait l’honneur de me confier. Or une seule de ces bibliothèques a éprouvé de profonds dommages; disons plus ; il s’agit d’une destruction complète. Vous ne voyez que trop, monsieur le ministre, de quelle bibliothèque je veux parler : La bibliothèque du Louvre a

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