Wie Gertrud, édition citée, p. 121, note
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les sciences. La mère apprend aussi à son enfant à connaître, non-seulement des objets, mais des actions, leur but, leur utilité, leur danger, etc., et l'initie au troisième degré.
3° Sprachlehre, étude du langage.
L'enfant, arrivé à ce degré, ne se borne plus à ne prononcer que des mots, il unit des propositions, il émet des idées, il parle. Compléter l'étude du langage est l'ouvrage du maître.
Voilà quelle méthode on suivait à Burgdorf :
On reprenait les trois degrés que nous venons de parcourir. On rompait, si je puis me servir de ce terme, l'enfant aux exercices des sons ; mais il n'apprenait plus seulement des sons, on lui faisait prononcer des syllabes, bab, dad, cha, ach, dro, pion. C'était en même temps le premier degré de l'étude future de l'épellation. Pestalozzi ne voulait pas que l'enfant commençât par des lettres ; comment comprendra-t-il que bè a ne fait pas béa, mais ba; que pé cl o en ne fait pas péeloen, mais pion? Au contraire, avec l'habitude des syllabes, il arrivera de suite aux mots, et facilement les décomposera plus tard1.
C'est aussi sur l'étude des sons que Pestalozzi voulait fonder les premiers éléments de la musique, comme il ne fait que l'indiquer dans le même ouvrage où nous empruntons presque tous ces détails. (Wie Gerlrud, p. 130.)
1. J'ai vu. à Berlin, dans l'excellente Realschule, dirigée par M. Herter, apprendre non plus les sons, mais seulement les articulations; on ne dit plus, comme nos grand'mères nous ont appris : pé el a, pla; on ne dit plus, même en une seule fois, avec Pestalozzi : pla. On dit : pppp //// a; et c'est
Le maître de langue, passant au second degré, l'étude des mots, apprendra à son élève, par une série d'exercices, tous les noms des objets les plus importants « de » l'histoire naturelle, de l'histoire, de la géographie de » tous les États et des rapports des hommes. »
Ici commencera aussi la lecture, et, à la fois, le dessin, l'écriture. Les deux éléments du nombre et de la forme se joignent avec celui du nom. L'enfant, en nommant les objets, les distingue, acquiert l'idée de leur quantité; pour les nommer, il les voit; les voyant, il apprécie leurs formes; appréciant ces formes, il les imite; on lui montre, en même temps, la forme du nom, si l'on peut ainsi parler, c'est-à-dire le nom écrit, comme un objet sensible; le voyant, il le nomme, c'està-dire il prononce le nom, à la vue des signes d'écritures qui l'expriment; il en distingue les parties, c'està-dire il épèle; il en reproduit la forme, c'est-à-dire il écrit. Il n'est pas plus difficile pour l'enfant de reproduire un o que la forme ronde d'une boule; l'écriture, c'est un objet visible : le dessiner, c'est écrire.
Suit le troisième degré, l'étude du langage, sprachlehre, « dont le but est de nous conduire d'obscures » intuitions à de claires notions (Ibid.) » Qu'on nous permette ce terme : l'esprit de l'enfant est devenu un dictionnaire de noms; il faut au nom, joindre la défichose assez plaisante d'entendre les enfants, tous ensemble, au lieu de prononcer, souffler, siffler, aspirer, grincer, etc.,
selon qu'il s'agit de chhh , de ssss , de hhhh , de rrrr
Ce n'est pas là une grande découverte, et si elle n'empêche pas les enfants d'apprendre à parler, je ne pense pas qu'elle les y aide merveilleusement; je puis me tromper, je n'ai pas le génie de l'alphabet.
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nition, afin qu'il devienne un dictionnaire complet, raisonné.
Pour cela, Pestalozzi habitue ses élèves à nommer, à la vue d'un objet donné, toutes ses qualités et particularités; il en donne cet exemple : aal, anguille; les élèves doivent ajouter : glissante, vermiforme, etc. 11 leur fait parcourir ensuite un vaste vocabulaire de mots rangés sous cinq rubriques : géographie, histoire, étude de la nature, histoire naturelle1, anthropologie. ■
Chacune de ces rubriques est partagée en quarante divisions, ce qui fait un total de deux cents divisions. Il faut que les enfants acquièrent de toutes une connaissance non seulement alphabétique , mais scientifique, imperdable (loissenschaftliche, unvergessliche), car cette étude n'est rien autre que la clef de toutes les études (sauf celles qui se rattachent au calcul, et à la forme, comme nous allons le voir) ; c'est la mine commune des matériaux de la science.
Pour faire toucher au doigt la manière dont Pestalozzi prétend enseigner toutes les sciences au moyen de la connaissance de tous les mots qui en désignent les objets, il est curieux de donner l'exemple qu'il en propose lui-même pour la géographie. L'apprend-on avec des cartes, avec des sphères? Nullement, mais avec des chiffres et des mots, ainsi qu'il suit :
Une des subdivisions de l'Europe est l'Allemagne ; elle est divisée en dix cercles; les élèves doivent savoir imperturbablement le nom de ces dix cercles, en y joignant son numéro d'ordre, 1, 2, 3, 4..... Puis, toutes
1. Nalurlehrc, Xaturgeschichte, ces deux mots sont difficiles à distinguer.
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les villes d'Allemagne sont rangées en ordre alphabétique, et chaque nom suivi du numéro correspondant au cercle dont la ville fait partie :
Aachen 8,
Aalen 3,
Abenberg, 4, etc., etc.
Lorsque l'enfant sait cette liste alphabétique, il sait en même temps que :
Aachen est dans le cercle de Westphalie,
Abenberg dans le cercle de Franconie, etc., etc.
Ces exercices ne sont pas les derniers. Je ne crois pas qu'à Burgdorf on allât plus loin, si je m'en rapporte à la narration de M. Ramsauer, qui y fut élève. Toutefois, le livre Wie Gertrud contient d'autres exercices, plus avancés , qui étaient certainement enseignés à Yverdun1 et qu'il faut exposer, en y ajoutant les exercices plus élémentaires, qui, comme nous l'avons dit, sont modifiés, et font de la méthode de Burgdorf et de celle d'Yverdun deux méthodes assez distinctes :
On distinguait, dans le cours de langue, deux parties, deux points de vue : Y intérieur ou le fond du langage, la signification ou le vrai sens des mots; — Vextêrieur ou le matériel et la forme du langage, qui comprend les signes des choses et des idées, la manière de les employer.
Cette division me paraît passablement obscure ; je crois pouvoir la changer en celle-ci : science des mots, ou des signes employés pour représenter les choses ou
1. Ils étaient enseignés, pour le français, par un instituteur estimé, M. Boniface. (V. Journal d'Éducation de 1817, Lettre de M, Jullien.)
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les idées; — science des définitions, ou des rapports entre les mots et les idées ou les choses que ces mots représentent.
La partie qui concerne Yinlérieur ou le fond du langage se divise en six degrés :
jci- (]eoTé. L'enfant désigne et nomme les objets.
2e degré. Il forme quelques propositions simples.
'6e degré. Il apprécie et nomme les qualités, actions et rapports des choses :
1° Qualités, quatre exercices : il désigne les qualités en les voyant; — rapproche plusieurs objets ayant une qualité commune; — plusieurs qualités dans un même objet ; remarque le sens avec lequel il a perçu telle ou telle qualité. C'est l'étude et la définition des adjectifs.
2° Actions ou fonctions des êtres ou des choses, quatre exercices correspondants : nommer les actions ou fonctions en les voyant exécuter; — rapprocher plusieurs êtres ou instruments par leurs actions ou fonctions ; — rapprocher les actions ou fonctions d'un même être ou instrument ; — déterminer les organes ou instruments qui exécutent telle action ou fonction. — C'est l'étude et la définition des verbes.
3° Rapports simples des objets, trois exercices : distinguer, nommer ces rapports ; — chercher plusieurs objets qui aient un même rapport; —chercher plusieurs rapports d'un même objet. — C'est l'étude et la définition des prépositions.
4e degré. L'enfant considère les objets composés dans leur ensemble et dans leurs parties.
Trois exercices : nommer, distinguer toutes les parties d'un entier connu; — étant données les parties, désigner l'entier auquel elles appartiennent ; — nommer
des objets auxquels une même partie est commune, et réciproquement.
5e degré. L'enfant apprend à connaître les noms génériques; et collectifs; il généralise ses intuitions et ses connaissances.
Trois exercices : ranger divers objets ou êtres sous un nom collectif, par leurs ressemblances ; — le nom collectif étant donné, désigner tous les objets qu'il comprend; — désigner les différents noms que reçoit un même être ou objet, selon ses diverses relations.
Mêmes exercices sur les noms collectifs qui désignent des qualités, actions ou rapports.
6e et dernier degré. Rapports généraux exprimés par les mots : être, avoir, faire.
On commence par les rapports de Yavoir, bien que l'idée de Yêtre soit la base de tout jugement; mais il est judicieux de dire que l'enfant est plutôt frappé des rapports de Yavoir que de ceux de Yêtre, de ce qu'il a que de ce qu'il est.
Cinq exercices : rapports exprimés parle verbe avoir, relativement au nombre, la colombe a un bec, deux pattes, etc. ; — relativement aux qualités : la colombe
a un bec petit , plus petit que la cigogne, etc. ; —
relativement au temps : l'amandier a des fleurs au printemps; — relativement au lieu : l'Allemagne a une position centrale dans l'Europe. — Enfin, rapports moraux des objets avec l'homme, compris sous cinq subdivisions : possibilité, on peut avoir; — nécessité, il faut avoir; — volonté, on veut avoir; — droit, on a le droit d'avoir; — devoir, on doit avoir.
Exercices correspondants sur les rapports généraux exprimés par les mots être et faire.
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Tel est l'ensemble des exercices de langage. Ajoutons seulement qu'à chacun correspond un exercice réciproque, où le maître, au lieu d'enseigner, interroge, transforme la solution en question, provoque la. réponse au lieu de la fournir. On propose à l'enfant des sortes
de problèmes : La a un...., plus petit que la , et
l'enfant de compléter, en disant indifféremment : La colombe a un bec plus petit que la cigogne; — ou : la Suisse a un territoire plus petit que l'Allemagne.; — ou : La fraise a un fruit plus petit que la poire, etc., etc.
Voici un mot. Combien de lettres dans ce mot ? Comment la première sonne-t-elle avec la seconde, les trois premières avec la quatrième, etc., etc.?
Sur cette méthode, remarquable à bien des égards, d'enseigner le langage, nous aurons plus d'une observation critique, comme plus d'un éloge à formuler. Nous ajournons les unes et les antres pour deux motifs : il vaut mieux ne pas interrompre, dans leurs relations coordonnées, l'exposition des autres parties de la méthode; en outre, nos observations majeures seront générales et non pas spéciales seulement au langage.
J'ai dirigé des enfants par ces principes.... et le résultat n'est rien moins qu'extraordi naire, indicible.
(Pestalozzi, Wie Gertriul.)
La vue étant le sens par lequel l'enfant prend tout d'abord possession du domaine de la création au milieu duquel il vient de naître, la connaissance des objets visibles est la première notion acquise de sa jeune intelligence. Le premier devoir de l'instituteur ou de la mère, pour qu'il n'entre rien d'incomplet et de confus dans cet entendement dont ils ont la mission de diriger les admirables progrès, est donc de procurer à l'enfant une perception claire des objets, et après les lui avoir nommés, de lui apprendre à les reconnaître par ce qu'ils ont de plus apparent et de plus distinctif, leurs formes et dimensions.
Pestalozzi a composé, dans ce but, les exercices intuitifs des formes.
Toujours préoccupé de l'idée du développement successif et régulier de l'esprit, et de la possibilité de découvrir comme de suivre la marche même de la nature dans ce développement, il conçut un À B C de l'intuition, comme un A B C du langage. Les objets se composent, en effet, de la combinaison variée d'un petit
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nombre de formes simples, comme les mots de la combinaison d'un petit nombre de lettres, comme les quantités de la combinaison de l'unité ou de ses divisions. Est-il une figure, simple, et dont les combinaisons soient infinies, qui puisse servir en quelque sorte d'unité de forme ? Pestalozzi répond : Cette figufle est le carré, que l'on peut décomposer en lignes, angles, triangles, etc., et comparer à toutes les autres figures planes de plusieurs côtés, sur lequel on peut élever toutes les figures clans V espace.
C'est en partant de cette base qu'il composa ses premiers exercices intuitifs des rapports des formes. Mais il sentit bientôt la nécessité de commencer par des exercices plus élémentaires encore. Parler à l'enfant de carré, de lignes, c'était d'ailleurs ne pas se servir précisément de l'intuition; caria nature, dans l'infinie variété de formes par laquelle le Créateur a diversifié les objets, ne présente presque jamais les lignes simples et régulières1; comme s'il Lui avait plu de manifester à quel point il était affranchi, dans sa toute-puissante liberté, de toute règle fixe, ou de tout plan immutable, et de témoigner qu'à Lui seul appartenait de produire l'ordre dans la diversité et l'harmonie dans la dissemblance !
1. Je veux surtout parler des objets les plus ordinaires; je n'ignore pas que les mouvements, sinon les formes, suivent des lignes régulières ; que les astres, que le niveau de l'eau, la ligne de l'horizon, etc., apparaissent aux yeux sous des lignes simples; mais dans quel fruit, dans quel arbre, dans quel animal trouver la ligne droite, l'angle droit, le carré, etc. ? Or, ces objets sont ceux qui sont présentés à la première expérience de l'enfant.
Pestalozzi attribue à la mère le premier enseignement des formes, comme il lui avait attribué celui du langage, et le premier degré de cet enseignement est le même.
La mère fait voir à son enfant les objets et les lui nomme.
Il remarque qu'ils sont dissemblables, selon la diversité de leurs proportions, ou des contours qui constituent leurs formes ;
Il apprend à reconnaître que ces contours* sont toujours les mêmes lignes, diversement combinées ;
Le maître (ou la mère encore) familiarise l'élève avec les diverses lignes, — la ligne droite, ses positions, perpendiculaire, oblique, etc.; puis plusieurs lignes, parallèles, se coupant; — les angles formés par leurs intersections ; puis les figures formées par les angles, le triangle, enfin le carré. — De même pour la ligne courbe, les arcs, enfin le cercle.
L'enfant doit, avant d'aller plus loin, connaître imperturbablement tous ces premiers degrés; savoir nommer les lignes, les employer, les disposer, les combiner, comme il fait des syllabes, comme nous verrons qu'il fait des nombres.
Il passe alors à une suite fort compliquée d'exercices sur le carré et le cercle, leurs compositions et décompositions, leurs parties et les figures dont ils sont partie, les figures qui s'en rapprochent, puis leurs rapports avec toutes ces figures.
Suit bientôt ce que l'on appelle la géométrie clans l'espace ; les figures, les corps construits sur le carré ou sur les autres figures planes, la sphère, tous les rap-
ports de dimensions, de ressemblance, d'éléments, etc., de ces parties.
Tous ces exercices ont lieu au moyen de figures et de corps en relief, et de tableaux ingénieusement disposés. On peut en voir l'abrégé dans l'exposé de M. Chavannes, déjà cité. Il serait trop long de les reproduire ici, tableaux et exercices. Si l'on pensait qu'en outre, pour les juger dans tous leurs détails, il manquerait peutêtre à celui qui a entrepris ce travail des connaissances spéciales suffisantes, on ne se tromperait pas d'ailleurs entièrement; cet aveu est préférable à un emprunt malhonnête et servile du jugement d'autres critiques.
Mais ce n'est pas là que se bornent les exercices intuitifs des formes. En voyant les objets, l'enfant est naturellement incliné à les imiter, et, s'il y parvient, combien la connaissance qu'il en aura sera plus parfaite ! car on ne connaît bien une action qu'après l'avoir faite, un mot qu'après l'avoir prononcé, un objet qu'après l'avoir reproduit, une idée même qu'après l'avoir exprimée : il semble que l'homme ne possède bien que les connaissances qu'il a ainsi jetées dans son propre moule. Cette simple et profonde remarque conduit Pestalozzi à unir le dessin linéaire à l'étude intuitive des formes. L'enfant, en voyant la ligne, l'imite sur une ardoise; d'abord il fait un trait tout de travers, puis un peu mieux, puis bien, enfin il n'y manque rien; de la ligne il passe à ses combinaisons, et à l'étude progressive que nous avons indiquée correspondent des exercices progressifs de dessin. Rien n'est plus ingénieux que cette méthode. On sent d'ailleurs combien est heureux l'emploi du carré, considéré comme unité de forme, appliqué au dessin; on sait l'emploi qu'en font les des-
sinateurs pour conserver aux objets leurs proportions comparées, pour copier en changeant l'échelle, etc.
Pestalozzi pousse plus loin encore les applications de cette méthode, chef-d'œuvre de sa sagacité.
L'écriture n'est qu'une forme du dessin linéaire ; en voyant un mot écrit, l'enfant peut le reproduire aussi bien qu'une figure dessinée. Les lettres ne sont toujours, après tout, que des lignes droites, courbes ou sinueuses.
Dès lors, à l'inverse de toutes les méthodes, de toutes, excepté de la nature, Pestalozzi fait précéder l'enseignement de l'écriture par celui du dessin linéaire. Il a composé aussi pour cette nouvelle connaissance des exercices successifs que nous ne reproduirons pas. Comme ceux du langage, des formes, du dessin, ils sont gradués, simples , puis composés, multiples ; on aurait tort de les trouver trop nombreux, et de croire qu'ils asservissent les enfants, qui ne peuvent s'affranchir de ces sortes de lisières intellectuelles. C'est l'échafaudage qui soutient l'édifice; la construction une fois élevée, l'échafaud tombe, l'édifice reste dans sa durable solidité.
Lorsque l'écriture précède le dessin, la main de l'enfant, forcée de reproduire des contours irréguliers, qui, pour lui, ne répondent à rien, se gâte, et trace d'incorrects caractères; en intervertissant, la main, déjà habituée à tracer des contours réguliers, écrit promptement, écrit correctement. Ce n'est pas tout : la différence entre le son phonique et le signe graphique du mot, trompe l'enfant qui n'apprend qu'à grand'peine une des plus tyranniques inventions de l'homme, l'orthographe. Qu'il soit, au contraire, habitué à considérer un mot écrit comme une figure qu'il a à imiter exactement, il repru-
duit dès lors, sans efforts, l'orthographe, et en prend l'habitude presque sans s'en être aperçu.
Le mot écrit étant un objet pour l'enfant, il cherche à en comparer les parties, selon qu'il a été accoutumé de le faire. Il les divise, les subdivise, apprend à les nommer. Qu'est-ce que cette opération? C'est l'épellation, à laquelle il est ainsi amené naturellement, sans difficulté.
Ajoutons un détail auquel Pestalozzi attache de l'importance : l'enfant est d'abord exercé à écrire sur l'ardoise avant de se servir de la plume. À-t-il mal écrit? on peut ainsi effacer chaque faute qu'il fait sans recourir à ces ratures, à ces surcharges, dont le nombre va toujours croissant de la première à la dernière page dans les cahiers des écoliers. À-t-il bien écrit? on n'en efface pas moins1, afin qu'il ne s'habitue pas à être trop orgueilleux de ce qu'il fait, et plus fier en signant de ses ambitieux paraphes une bonne page d'écriture, que Raphaël en donnant le dernier coup de pinceau à une toile immortelle. Avec la plume, l'écolier apprend seulement à diminuer les caractères, une fois qu'il les sait correctement tracer.
De la même source, l'intuition des formes, nous venons ainsi de voir sortir la géométrie élémentaire, le dessin, l'écriture, l'orthographe , l'épellation ; nous allons trouver cette même intuition, au début de l'étude des nombres.