M. Aimé Martin, Éducation des Mères de famille
définitive de l'instruction primaire, comme une loi de conciliation et de paix, aujourd'hui loi insuffisante, et bientôt loi remplacée.
Je n'avais qu'à examiner une question de méthode, et spécialement une des méthodes les plus remarquables et les plus accréditées de notre siècle, dans un pays auquel il faut accorder le mérite d'avoir devancé la France en matière d'instruction primaire, l'Allemagne.
Si l'on me demandait, à la fin de ce travail, ce qui me semble, dans les méthodes, les livres, les fondations de Pestalozzi, devoir être appliqué en France, je répondrais :
Les principes psychologiques, base de ses systèmes, sont excellents pour ce qui regarde la perfectibilité de l'homme et le développement des forces qu'il porte en lui ; mais me paraissent insuffisants pour ce qui concerne l'enseignement que l'enfant doit recevoir de la société, de la religion.
Les observations sur les premiers degrés par lesquels l'enfant s'élève aux connaissances élémentaires sont justes, ingénieuses.
Son grand principe de l'éducation dans la société par la famille, dans la famille par la mère, est admirable ; c'est l'application même de l'ordre voulu de Dieu.
Nous avons, pour la lecture, des procédés que je crois supérieurs à ceux du célèbre maître d'Yverdun.
Ses méthodes, pour la science des formes et celle des nombres, me paraissent remarquables, et je ne saurais trop louer les rapports qu'il établit entre l'écriture et le dessin linéaire.
Il faudrait donner à notre langue, en le modifiant un peu, Léonard et Gertrude.
Il faudrait traduire la plupart de ses Discours, ses
Lettres sur l'établissement de Stanz, son livre intitulé : Comment Gertrude instruit ses enfants, et ses derniers écrits.
Neuhof doit être imité, et un pareil établissement rendra des services considérables à l'enseignement agricole comme à renseignement professionnel. Enfin, plusieurs des plans charitables de Pestalozzi ont été reproduits ou sont dignes de l'être.
Mais il est une imitation que je place au-dessus de celle de ses œuvres, de ses fondations ou de ses méthodes, c'est celle de sa vie !
Puissent tous les instituteurs de la France, puissent tous ceux de l'Allemagne, puissent tous ceux de la Suisse, puissent tous les cœurs généreux qu'une même vocation dévoue à la même carrière, s'inspirer des exemples de cette noble vie d'un homme supérieur, acceptant, jeune encore, une fonction laborieuse et sublime, dominant, par l'intime énergie d'une foi vive et d'une volonté inflexible, les vicissitudes accablantes d'espérances flétries, de succès arrêtés, de mécomptes inattendus, l'amertume des calomnies, le découragement des inimitiés, tous les obstacles et toutes les infortunes que peut traverser une existence poursuivie jusqu'aux limites les plus prolongées que Dieu accorde aux hommes! Je souhaite à mon pays des instituteurs semblables à Pestalozzi par le cœur; cela suffit, et je ne demande pas que tous, instruits de ses méthodes, en perfectionnent les utiles applications.
L'avouerai-je, en effet? il ne me semble point que l'on puisse imposer une méthode, par mesure générale. Pestalozzi pensait qu'il n'y avait pour toute science qu'une méthode absolue, unique; de même que la vérité
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était une, de même, selon lui, l'expression de la vérité était une et ne soutirait pas d'équivalent. « Il n'y a » qu'une logique, qu'une géométrie, » dit M. Niederer *, « comment y aurait-il plusieurs méthodes pour les ap- » prendre? » Oui, sans doute, la vérité est une, la science est une, mais les esprits qui la doivent recevoir sont-ils uns? lis diffèrent comme les caractères, et fussent-ils égaux à la naissance (ce que je ne me charge pas de contester à Helvétius), la diversité des conditions et des influences extérieures, comme la diversité des volontés, a déjà établi entre les intelligences, à l'époque où elles sont capables d'instruction, des différences incontestables -.
Et ce qui est vrai de l'esprit des élèves, l'est aussi de celui des maîtres. Pour un bon maître et un bon élève, toute méthode est bonne; la meilleure, c'est celle que le maître comprend le mieux. Il ne faut pas, en général, le laisser asservi à un procédé imposé qu'il apprend luimême en l'enseignant; « semblable, dit M. de Raumer, à ces guides qui marchent la nuit devant un cavalier, tenant à la main une torche qui les éclaire eux-mêmes. »
Il serait utile que l'instituteur, après avoir étudié les principaux systèmes, fût assez capable pour choisir et dire : La méthode, c'est moi !
Dussé-je être accusé de paradoxe, je conclus par ces mots :