On sait que cette opinion est celle de Rousseau
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La méthode est positive au point de vue de l'enseignement. — De même que la méthode est positive à l'égard de l'enfant, en prenant pour point de départ la personne de l'enfant, l'individu, de même elle est positive au point de vue de l'enseignement, et prend aussi pour point de départ, dans chaque matière, ce que celle-ci offre en quelque sorte de personnel. Son but constant n'est pas de réfléchir sur ce que les choses ne sont pas, mais d'arriver à l'aperception, à la conscience directe et immédiate de ce qu'elles sont réellement. Elle part de ce principe, que tout savoir et tout art humain a des points de départ réels, dans lesquels il est contenu en germe. C'est à la découverte de ces germes primordiaux et particuliers du savoir et de l'art que se rattachent le véritable enseignement et la gymnastique pédagogique au sens le plus complet du mot.
La méthode se propose de venir en aide à tous, d'amener chacun à la connaissance de )a vérité, autant qu'il peut la saisir, enfin de donner à chacun la culture qui lui est nécessaire.
La méthode doit êtke universelle. — Il doit donc, d'après ce qui précède, y avoir une méthode uni^ versclle^ et il faut qu'elle le soit : non en vertu de cette fausse idée, que les hommes, les facultés, les caractères, les opinions et les manières d'agir de tous les enfants doivent être rendus uniformes, et les classes et les conditions confondues. Au contraire, la méthode veut que chaque enfant se développe de lui-même suivant sa situation et son entourage. Mais son universalité réside dans les principes posés jusqu'à présent, à savoir : que toute disposition humaine chez l'enfant repose sur le même instinct organique, que tout art et toute science, par là même qu'ils sont individuels, ont des éléments immuablement les mêmes, éternellement fixes, et ne peut changer sa nature. C'est ainsi, pour montrer des exemples, que la base de tout développement corporel sera éternellement le mouvement et l'exercice du corps, l'application de son agilité. De même le talent mathéma-
tique ne pourra jamais se développer qu'en s'exerçant sur le nombre et là forme, l'unité et la pluralité, la dimension et la figure, les rapports et les combinaisons géométriques, et la gradation que doit suivre ce développement est éternellement déterminée par l'organisme intellectuel de l'homme, qui à son tour agit suivant un ordre déterminé *.
Trouver l'objet qui répond à chaque sens en particulier, l'activité qui met en jeu chaque aptitude ou faculté de l'enfant, et les présenter sous la forme qu'exige le développement continu de ces sens, l'extension constante de ces aptitudes ou facultés : tel est le principe général qui doit dominer l'application de la méthode.
Rapports de la méthode avec le réalisme et le
FORMALISME, LE PHILANTHROPINISME ET l'hUMAMSME.
— En faisant tout cela, la méthode élémentaire prend une position intermédiaire entre les méthodes pédagogiques extrêmes, réalisme et formalisme^ philanthropie' nisme et humanisme. Elle doit concilier les exigences de l'éducation de l'homme en général et de l'éducation professionnelle, de l'éducation de l'individu et de l'éducation du citoyen, de l'éducation de la famille et de l'éducation publique. Rattachant immédiatement l'enseignement et l'instruction à l'immuable et à l'éternel qui entoure la nature humaine et son existence, elle parvient à faire disparaître tout à fait non seulement là contradiction qui existait jusqu'à présent entre l'enseignement élémentaire et l'enseignement appliqué, mais aussi entre l'éducation formelle et l'éducation réelle. Elle développe la faculté et l'organe de la science, en donnant le vrai savoir, et réciproquement elle produit le vrai savoir en développant l'organe de la science.
La MÉTHODE IMITE LA NATURE. — Elle imite, dans le domaine intellectuel, le sublime procédé de la nature dans le monde physique. De même que celle-ci déve-
1. Suivent d'autres exemples analogues pour le langage, les sens, etc.
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loppe dans chaque plante et nous montre, à chaqu-^ degré de son développement, la matière et la forme se pénétrant réciproquement d'une façon harmonique, et de même que chaquç plante semble être à tout instant de son existence un tout achevé, dont aucune partie n'est ni trop avancée ni retardée, tout en restant cependant inachevée, puisqu'elle est constamment en croissance : de même la méthode élémentaire développe chez l'enfant, à tout instant de son éducation, la matière et la forme dans leurs rapports de pénétration harmonique réciproque, et l'enfant qu'elle dirige apparaît à la fois, pendant toute la durée et à chaque instant de son éducation, d'une part comme un tout complet, c'est-à-dire comme un tout en complète harmonie avec lui-même, qui n'est en aucun point de sa croissance ni trop avancé, ni trop attardé, et d'autre part comme un tout inachevé, non parvenu au terme de sa maturité, mais se. trouvant dans une période continue de croissance.
C'est ainsi qu'elle amène l'enfant à produire de luimême la science et l'art de la vie comme un tout organique. Si elle est ainsi, d'une part, scientifique^ elle est, d'autre part, artistique^ au sens élevé du mot... Elle est dans son essence même la nature^ comprise par l'homme.
Comme la nature, elle a assez d'ampleur et de souplesse pour recevoir toute plante qui surgit du sol de l'humanité. Un esprit borné peut la borner, et le sot peut en faire le réceptacle de sa sottise, mais elle n'en reste pas moins ce qu'elle est, prise dans sa vraie étendue, c'est-à-dire l'œuvre non pas d'individus isolés, mais celle de l'histoire, la grande affaire de la culture humaine prise dans son ensembte^ l'œuvre de la nature même au cours du développement de l'espèce humaine. Elle s'étendra et se développera au fur et à mesure que l'humanité se rapprochera graduellement de la destinée que Dieu lui a fixée, et découvrira une à une les ressources qu'il lui a données soit en elle-même, soit dans la nature, pour atteindre ses fins.
La méthode imite la mère *. — Nulle part la nature et Tensemble logique de la méthode ne se révèlent plus nettement que dans la façon d*agir de la mère, qu'elle soit tout à fait cultivée ou tout à fait simple, vis-à-vis de son enfant. Cette façon d'agir est purement naturelle, c'est-à-dire élémentaire. Elle est purement positive^ prenant son point de départ, sans détours, sans hésitation, dans la perception immédiate des besoins de l'enfant, pour les satisfaire aussitôt. Elle est purement organique^ puisque les facultés de l'enfant, éveillées, se développent en tous sens comme des germes de progrès futurs. Elle embrasse à la fois le sas^oir, le pouvoir et le vouloir de l'enfant, en agissant pourtant sur chacune de ces énergies de la façon la plus individuelle et la plus déterminée. Enfin elle est universelle, les besoins de tous les enfants étant essentiellement les mêmes.
L'enfant est, en tant qu'individu, entièrement indépendant vis-à-vis de la mère. Ce n'est pas elle-même que cherche la mère, mais l'enfant. L'existence de celui-ci fait sa joie, et le soin de cette existence est son devoir le plus sacré. Cependant, chez lui, l'individu, en tant qu'enfant, est obéissant malgré sa liberté, et également soumis à la raison éclairée de la mère.
Tel est le point de départ de la méthode élémentaire , qui consiste ainsi à rattacher, sans solutions de continuité, tous les procédés d'éducation à cette manière de faire de la mère vis-à-vis de l'enfant. Toute autre voie est mauvaise et ne peut servir que comme pisaller.
De même que toute prédominance de certaines facultés extérieures, quelles qu'elles soient, détruit en nous l'unité intérieure,' de même, en maintenant la prédominance de certaines facultés isolées au détriment des autres, nous détruisons en nous la partie la plus sacrée de notre nature ^.