Ibid., S
LA METHODE lit
turément Tenfant à cette sainte obscurité dans laquelle il a déjà le sentiment confus de la vérité et de la pieuse croyance. Au contraire, elle entretient cette obscurité et, à Timitation de la nature, ne laissé arriver l'enfant a la grande lumière de la vérité ^ue par un ci'ép^^cule qui se dissipe lentement.
En rien, elle n'agit contre la nature, mais elle est toujours d'accord avec elle.
Un second reproche aussi injuste qu'on adresse à la méthode, c'est qu'acné ne rattache pas assez étroitement ses procédés aux circonstances réelles 'de la situptiôn personnelle et domestique, et à la véritable exist^ce d^ l'individu. 11 est vrai, en effet, que les formes de l'éducation intellectuelle, ^^ tant que procédés élémentaires isolés, paraissent êtfe, dans cet isolement, exclusifs et séparé^ de l'ensemble de toute l'existence de l'enfant : mais ils ne le soût que si on les consîdèi'e isolément. lis ae le sont'plus au moment de la clause, ni dans les rapports du maître et de l'enfant.
En vérité, on a oublié, en faisant ce reproche à la méthode^ que l'idée de Véducation élémentaire est une idée générale, qui sans doute, pour l'exposition et l'application, doit être divisée en éducation morale, intellectuelle, physique, etc.; mais ces trois divisions, dans la vie humaine , ne sont jamais séparées : au contraire, elles se pénètrent constamment dans l'unité de la nature humaine.
L'enfant formé par la méthode se distingue facilement des autres : il regarde longtemps, fortement et d'une façon vivante, avant de juger. Il s'exerce bien moins à étendre son jugement qu'à développer la faculté de bien juger, et il développe cette faculté bien plus par une activité or donn ée, par le travail et l'application, que par la vaine recherche d'un savoir pliXs étendu. C'est en sui- . vant cette voi-e que son jugement arHve à maturité en tous points, avant même qu'il puisse l'exprimer en lui-même. Aussi, chez lui, ce jugement n'est-il pas plus dépendant de sa volonté que ne l'est la méthode elle-même, mais il
est .à la fois Texpression de la nature, de la vérité mûrie enuui et de la nécessité. Il est absolu, parce qu'il ne va pas plus loin que V intuition elle-même. La simple impression de la nature, tranquille et libre, n'est donc pas amoindrie par la méthode^ mais elle est au cohtrairé rendue plus complète en tous setis et plus précise. Par son étendue et la profondeur de sa pénétration, la méthode amène nécessairement Tenfant à être satisfait de lui-même dans sa propre situation, non moins 'qu'à éprouver le sentiment de cette fermeté et de cette quiétude intérieures qui le protègent contre toute exaltation, et aussi le sentiment de cette sûreté et de cette iBdélité grâce auxquelles l'homme satisfait sait toujours apprécier à ^a juste valeur sa situation et les avantages qui y sont liés, et en tirer parti.
La méthode élémentaire contraste donc avec l'esprit de l'éducation du temps, qui ne se manifeste nulle part plus nettement que dans la manie univei^selle de tout changer et de faire des projets, et dans l'impossibilité où elle est par là de saisir la nature humaine intérieure dans toute sa pureté.
En tout cas, l'idée de Véducation élémentaire est indépendante de son application et par conséquent aussi de toute tentative d'exécution. Et d'autre part, la direction intellectuelle de l'enfant n'est juste en aucune façon, au point de vue élémentaire^ si elle n'est pas en harmonie avec la marche complète de sa vie intérieure et extérieure. Il faut que l'enfant vive croyant, aimant et agissant, et qu'il acquière par l'amour actif sa force physique et intellectuelle, pour être vraiment élevé d'après la méthode élémentaire. Plus l'amour dont on l'entoure est grand, vrai et actif, et agit réellement en lui, plus on est sûr de réaliser le développement humain de ses facultés physiques et intellectuelles.
L'amour et la foi : telles sont en somme les bases de Véducation élémentaire.
L'enfant élevé par la méthode n'est pas l'enfant du rêve, du vertige et de la faiblesse. La vérité est sans
doute en lui peu étendue, mais, par sa nature même, elle est solide et fondée : elle a pris racine dans son innocence, elle est un produit de sa force. Elle est bornée, mais elle aime à Têtre et s'en trouve heureuse. Je dirais volontiers d'elle avec le poète :
Klein und arm ist meine IliïLte Doch ein Sitz der FrÔhlichkeit *.
L'enfant élevé par la méthode fuit et redoute toute extension non préparée et- non fondée de sa force; il avance chaque jour vers la vérité par une voie sûre, d'un pas mesuré et nullement fatigant. Il craint l'armée aux mille têtes des opinions. Tout ce qui ne se rattache pas simplement et facilement à ce qui est déjà pour lui vrai et certain, et à ce qu'il aime, ne se fixe pas aisément dans son Ame, et passe comme un phénomène qui ne convient pas à son être. Il vit avec énergie dans la vérité, et lorsque par hasard la vérité qu'il possède se trouve entremêlée en lui d'une opinion vaine et vide, cette opinion ne fait pas du tout sur lui le même effet que sur les enfants dont l'éducation est en somme elle-même vaine et vide. Certes il ne ressemblera jamais à ces hommes esclaves de l'opinion, qui, incapables eux-mêmes de posséder la vérité, se jettent sur les opinions des autres, tout aussi dénuées de vérité, et les saisissent avidement, comme les hirondelles attrapent les moucherons de l'atmosphère. Jamais les enfants élevés d'après la méthode élémentaire ne deviendront de tels hommes, de tels esclaves de l'opinion. Leurs opinions croissent toutes, en effet, sur un sol moral et résident dans un esprit exercé à la vérité : elles croissent vivifiées par les sentiments pieux et sains, et, trouvant par le développement de la vraie énergie vivante de l'esprit un contrepoids intérieur utile pour empêcher qu'elles ne se faussent, le vrai aiguillon de la sottise disparaît en elles.
1. Ma chaumière est pauvre et petite, mais la joie y demeure.
PiKLOciiB. — Pestalozzi. 8
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Les opinions fausses ne peuvent apparaître chez eux que dans le vide de leur existence réelle, mais leur action devient inoOensive grâce h la prédominance de la vérité, de Tamour et de la force qui y sont intimement mêlés; en tout cas, elle vient se heurter à la douceur délicate des sentiments purs et innocents et au mur de roc de la vérité immuable et incorruptible qui réside en eux. Cette union de la douceur et de la fermeté est partiéulière à la méthode dans toutes ses parties. D'un bout à l'autre de V éducation élémentaire, dans tous ses exercices, chaque pas est, comme dans la nature, infiniment doux et facile, tout en étant inébranlablement ferme et sûr de ses résultats, grâce à la pleine conscience de sa force, à laquelle n'a jamais manqué la tendre douceur qui la sanctifie.
, Si nous remontons à la source pure de V éducation élémentaire, c'est-à-dire à l'action de la mère, nous voyons que sa main, qui apprend à l'enfant à marcher, bien que douce et sans aucune précipitation, est pourtant déjà ferme. Mais que serait cette douceur de la mère saifs sa force intérieure, sans le sentiment intime qu'elle en a, et sans la confiance dans les résultats que lui donne ce sentiment? Là encore, on voit que l'esprit de ,1a méthode tend toujours, dès ses premiers et faibles pas, non moins que dans ses résultats les plus éloignés, à la maturité, à l'achèvement, à la perfection. Tous les procédés qu'elle emploie sont calculés en vue de ce but à atteindre, et elle doit avoir pour résultat inévitable de former une nature humaine élevée, pure et parfaite.
C'est encore en cela qu'elle se montre d'accord avec le christianisme, dont le précepte essentiel se résume dans ces mots : Des^enez parfaits comme Vest notre Père dans le ciel *.
Caractères de la méthode élémentaire. — Ainsi que l'indique son nom, la méthode doit être avant tout
1. Sber die Idée der Elementarbildung, Sg 92-111. Voir pp. 176 et 192.
élémentaire, et comme telle avoir un 'développement organique et non historique. Pestalozzi entend par là qu'elle ne doit pas suivre dans tous ses détours et ses erreurs la marche que Thumanité a dû suivre pour parvenir à la vérité et à l'indépendance, si l'on ne considère cette marche qu'au point de vue empirique.
But et originalité db la méthode. — La méthode élémentaire a pour but de découvrir et de fixer les élé^ ments essentiels, c'est-à-dire les points de départ et de continuité de tout enseignement et de toute éducation. Elle doit découvrir et non inventer ces éléments. Elle n'a pas à chercher de nouveaux éléments éducatifs encore inconnus, mais à apprécier, à saisir et à utiliser ceux qui coexistent avec l'humanité... Elle n'a pas donc à les établir, mais seulement à les fixer.
Ce que le pur instinct a fait inconsciemment, mais avec un succès certain, l'éducateur doit le faire avec intelligence et par les notions intuitives ; ce que la nature a produit par la nécessité, l'éducation doit l'entreprendre par la raison, avec la même étendue et la même sûreté.
Les éléments d'une telle méthode sont les points de départ de la connaissance, du pouvoir et du vouloir. Semblables à la semence qui, mise en terre, produit la tige, la fleur et le fruit, ils contiennent en germe tout ce qui constitue l'homme chez l'enfant : la notion du vrai, le sentiment du beau, la force du bien, et doivent les développer chez l'enfant. La méthode devra donc exercer son action à la fois sur la volonté de l'enfant, sur son instinct pour le vrai, sur son plaisir pour le beau et son ardeur pour le bien, et de telle manière que la notion du premier, le sentiment du second et la force nécessaire au troisième se développent harmoniquement en lui, autant que sa nature le permet.
La méthode doit donc remonter non seulement au point initial de la nature humaine, mais au point initial de toutes les matières du savoir, du pouvoir et du vouloir que l'enfant doit arriver à posséder.
La nature humaine avec toutes ses aptitudes, ses
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facultés, ses besoins et les conditions où elle se trouve, est non seulement le point de départ et le centre de sa propre mission, mais elle en est aussi la fin suprême, l'objet exclusif. Aussi, la méthode élémentaire se distingue-t-elle des autres méthodes en ce qu'elle va tout à fait à rencontre de l'opinion commune, qui consiste à ne voir chez l'enfant que la nature animale et à croire qu'il ne devient homme que par l'éducation.
C'est pourquoi elle se propose, d'une façon absolue, de saisir en soi l'élément humain, intellectuel et moral, inné chez l'enfant, pour le vivifier et le fortifier. En d'autres termes, elle considère et traite l'enfant dès le premier instant comme un être humain, intellectuel et moral. Pour elle, il est bien en vérité l'image de Dieu, Il n'est pas non plus, aux yeux de Pestalozzi, une tabula rasa sur laquelle se gravent les impressions du dehors, ni un vase vide destiné à être rempli : c'est une force réelle, vivante, active par elle-même, qui, dès le premier instant de l'existence, agit organiquement sur son propre développement, qui produit comme elle reçoit, qui forme et crée comme elle produit. Sans doute la nature extérieure, les soins maternels, l'entourage de la maison viennent exciter et déterminer par mille impressions l'activité de cette force, la diriger et la conduire, mais ils n'ont aucun pouvoir sur sa nature même. Ces impressions extérieures, par les intuitions et les sentiments qu'elles produisent, lui apportent un aliment et une excitation vivifiante, mais, tout en les recevant, elle n'en porte pas moins en elle-même le principe de sa propre existence et les lois de son activité. Ces intuitions et ces sentiments, quoique produits par les impressions extérieures, appartiennent à la force intérieure de l'enfant. Créés par elle, ils sont essentiellement d'ordre humain, intellectuel et moral. Séparés des objets extérieurs, sans lesquels l'homme ne pourrait les percevoir, non plus que se percevoir lui-même et percevoir son être intérieur, considérés et éprouvés en eux-mêmes et pour eux-mêmes, ils deviennent et ils sont les éléments
simples et immuables de toute culture purement humaine, purement intellectuelle, purement morale, de l'enfance et de rhumanité.
La méthode est positive au point de vue de l'individu. — En raison de cette conception de la nature humaine, la méthode de Pestalozzi sera donc avant tout essentiellement positwe^ et c'est là encore un de ses caractères particuliers, h^/iumanité qu'elle suppose dans l'enfant est un bouton prêt à s'ouvrir, un tout animé, un embryon d'aptitudes actives ou énergiques et de facultés réceptives, qui, réunies dans une unité indissoluble, rayonnent dans toutes les directions de l'existence et absorbent également cette dernière de tous les côtés : aptitudes qui se manifestent comme instincts et comme forces, facultés qui se révèlent comme sens, les unes et les autres recevant une existence individuelle par ce fait que leur activité et leur réceptivité se limitent et se circonscrivent d'après des lois intérieures. La méthode doit, d'une façon humaine, mettre d'une part en action les instincts humains de l'enfant, et d'autre part mettre les sens humains en état de s'exercer. Mais cette double action, loin d'être restrictive au dehors, a au contraire un effet expansif au dedans. Elle ne s'exerce pas d'une façon négative pour empêcher le mal, mais d'une façon positive pour favoriser le bien. Elle combat la faiblesse en augmentant la force existante, l'erreur en développant les germes de la vérité cachés dans Pâme de l'enfant, la prédominance des sens en nourrissant et fortifiant l'esprit. Toujours consciente de sa mission, qui est de se soumettre à un élément supérieur, la nature divine de l'enfant, qu'elle doit aider à se manifester pleinement et non chercher à dominer, la méthode prend sous les traits de l'éducateur l'humble rôle de servante, et loin de se soumettre au caprice des sens ou à la personnalité de ce dernier, elle n'obéit qu'à la vie et à la loi qui sont en lui, et elle le fait avec joie.
Aussi le vrai maître selon la méthode^ plein d*humi-
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lité et conscient de la faiblesse et de Taclion limitée de sa propre personnalité, ne se hasardera pas à vouloir intervenir de force dans la marche de l'enfant, ni à vouloir déterminer arbitrairement la direction qu'il doit suivre, ni à lui imposer ses idées, ses aspirations et ses opinions. Pour lui, cette manière d'agir serait un crime, une vraie trahison commise contre l'humanité.
C'est avec un saint respect mêlé de crainte que le maître nourrit et soigne l'âme qui lui est confiée, comme une plante que le divin Père a plantée. Respectant ainsi, avec la modestie et l'abnégation d'un vrai chrétien, la nature de l'homme dans l'enfant, et agissant en véritable instrument de la divinité, il se tient dans sa dignité de prêtre comme médiateur entre l'enfant et la vie. 11 est, au sens socratique , l'accoucheur de la personnalité humaine et spirituelle de l'enfant, de son individualité, c'est-à-dire de l'idée divine qui est en lui, qui doit se manifester et se réaliser dans sa personnalité.
La méthode ne nuit pas a l'individualité. — La méthode étant positive, a donc en second lieu son point de départ dans l'enfant même qu'elle a devant elle. Il n'y a même de positif, dans l'éducation et l'instruction, que l'enfant en tant qu'individu, et la force individuellement présente en lui. Et même, partout où agit la méthode, elle est nécessairement, pour ainsi dire, individualisée et individualisante.
On ne peut donc méconnaître plus complètement la nature des choses et de l'homme qu'en faisant le reproche à une méthode d'éducation générale d'aller à l'encontre de l'individualité. Et sa généralité même consiste uniquement à faire ressortir comme telle l'individualité de chaque être humain et à la développer. La méthode ne cherche à développer que ce qui existe virtuellement dans l'enfant à l'état de dispositions natives, et elle entend développer ces dispositions uniquement par elles-mêmes et en les prenant comme centre. Sans doute, la richesse et la variété de ces dispositions et de ces aptitudes, de la marche et des lois que suit leur développement, peut
égarer Tobservateur faible et superiiciel au point que, incapable d'en saisir et d'en retenir le fil, il se perde dans Tocéan de l'empirisme et des tâtonnements capricieux. Mais la nature affirme pourtant son droit, et la méthode offre à son fidèle observateur le moyen de pénétrer l'organisme par son action éducatrice progressive, afin qu'il puisse au. moins soupçonner ce qu'il n'a pu pénétrer lui-même, et y trouver une ligne de conduite. Découvrir les facultés, l'individualité dans l'enfant, c'est-à-dire sa personnalité en tant qu'individu, reconnaître la façon dont Vhumanité s'enfante elle-même, pour ainsi dire, en ces formes infinies et devient originale de mille manières dans chaque être vivant, et voir cependant comment cette humanité qui est une se retrouve dans tous, comment chacun est un miroir de l'ensemble, qu'il révèle plus ou moins visiblement et complètement, avec plus où moins d'éclat, comme un être qui est un, immuable et éternel : telle est précisément la grande joie de réducateur selon la méthode, c'est-à-dire de l'éducateur qui a conscience de sa mission et du lien qui le rattache à l'humanité. C'est elle qui fait sa propre valeur, sa force, sa récompense, elle aussi qui est la source intarissable de son amour et la puissante inspiratrice de son activité. Si inférieur et si faible que soit l'individu isolé^ si bornées et si imparfaites que soient ses aptitudes, il se plaît à le considérer comme une image de l'humanité, et voit en lui avec respect une révélation de l'idée divine. Cette opinion de l'homme élève et ennoblit son opinion sur toute la nature. Lui-même s'ennoblit par la noblesse de sa tâche, et tout en faisant l'éducation des autres, il se trouve surtout faire la sienne...
Cette opinion avilissante pour l'éducation, d'après laquelle l'éducateur se sacrifie à l'enfant et pei*d pour ainsi dire sa propre existence pour qu'une autre soit conservée*, cette opinion, dis-je, disparaît, car en conquérant l'élève, l'éducateur se conquiert lui-même.