CHAPITRE VIII
l'institut d'YVERDON : PREMIÈRE PÉRIODE
Personnel de rinslilul en 1805. — M'"** Peslalozzi vient habiter Yverdon avec Lisabeth (mai 1806). Départ de Buss (1806). — Création d'un institut déjeunes filles (1806). Il est placé (1801) sous la direction de la veuve de Jacques Pestalozzi, devenue M"" Custer. — Velléité momentanée de création d'un institut pour les enfants pauvres en Argovie (1807). — Personnel de l'institut d'Yverdon en 1807. — Visiteurs étrangers : Frœbel, Cari Ritter, M"" de Staël. — Description de l'institut; témoignages d'anciens élèves (L. VuUiemin, un pasteur vaudois, et AI. de Guimps). — Le pestalozzianisme dans les divers pays d'Europe : en Espagne (école de Tarragone et Instituto pestalozziano de Madrid); en France (Maine de Biran à Bergerac); en Danemark (école pcstalozzienne de Copenhague) ; en Suède (Viereck); en Allemagne (Plamann à Berlin, Gruner à Francfort; Millier en Bavière; par l'influence de Fichte et de Nicolovius, la Prusse se décide à envoyer des élèves instituteurs à Yverdon; Auguste Zeller en Wurtemberg et en Prusse); en Hollande; à Naples. — Publications faites sous le nom tic Pestalozzi à cette époque : H. Pestalozzi' s Ansichten, Erfakrunf/en und Mittel (1807), Bericht an die Eltern und an das Puhlikum (1807), Wochemchrift fiir die Menschenbilduny (1807- 1812). La Société suisse des amis de l'éducation (1808-1812) et le Discours sur Vidée de ^instruction élémentaire prononcé par Pestalozzi à Lenzbourg (1809). Influence de Niederer. — Niederer et Schmid. — Germes de discorde dans l'institut. Discours du jour de l'an de 1808. Départ de Tobler, Hopf et Barraud. Niederer et Kriisi veulent quitter Yverdon (sep-
tembre 1808). Arrivée de M"* Rosette Kasthofer (décembre 1808) et réorganisation de l'institut de jeunes fîlles. Nouveaux collaborateurs : Mieg (1807), Frœbel (1808), von Tûrk (1808); séjour momentané de Zeller et de Nabholz. — Discours du jour de Tan de 1809. Enquête demandée par Pestâlozzi à la Diète suisse (juin 1809). Arrivée de K. von Raumer (octobre 1809). Visite des commissaires de la Diète (novembre 1809). Rapport du Père Girard; analyse de ce document. — Proposition d'une réformé radicale de l'institut faite par K. von Raumer et Schmid; Pestâlozzi ne l'accepte pas. — Départ de K. von Raumer (mai 1810). Départ de Murait (juin 1810). Départ de Schmid (juillet 1810); raisons de ce départ. Départ de Hofmann, de von Tûrk, de Frœbel (juillet 1810). Départ de Mieg (septembre 1810).
L'institut d'Yverdon a subsisté de 1805 h d825. Son histoire peut se partager en trois périodes, à chacune desquelles nous consacrerons un chapitre.
Le personnel enseignant réuni autour de Pestâlozzi en juillet 1805 comprenait Tobler, Murait, Hopf, Schmid, Steiner, venus de Mûnchenbuchsee, Krùsi, Buss, Barraud et Niederer, installés à Yverdon depuis 1804 * ; il y avait, en outre, quelques sous-maîtres.
L'installation de l'institut au château eut lieu avant la fin de l'année 1805.
Le nombre des élèves fut bientôt aussi considérable qu'à Burgdorf * . Il en vint de presque tous les pays d'Europe, et même de l'Amérique. Mais, à Burgdorf déjà, il avait fallu, pour satisfaire aux exigences des parents, qui voulaient que leurs enfants sortissent de l'institut avec les connaissances qu'on acquiert au col-
1. Pestâlozzi, dans une lettre écrite à von Tiirk vers la lin de 1805 (citée par M. Morf, t. IIÏ, pp. 352-354), fait urt très joli tableau de l'activité de ses huit jeunes maîtres, qu'il compare à autant d'abeilles, en caractérisant chacun d'eux d'un trait vif et humoristique.
• 2'. « Le nombre des pensionnaires ou demi-pensionnaires payants est de soixante-seize. » (Lettre de Niederer à M""" Pestâlozzi, octobre 1805, citée par M. Morf, t. III, p. 337.)
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lège, ajouter aux branches élémentaires, enseignées selon la méthode pestalozzienne, toutes les branches du programme de l'instruction secondaire, y compris les langues anciennes. A Yverdon, cette tendance à transformer l'institut en un collège s'accentua de plus en plus. Pestalozzi se vit débordé; pour toute la partie de renseignement qui dépassait le niveau des connaissances élémentaires, les seules auxquelles il avait voulu, à l'origine, appliquer sa méthode, il fut obligé de laisser la bride sur le cou à des maîtres qu'il ne pouvait contrôler; le manque d'un plan d'ensemble, l'absence d'une direction supérieure, produisirent bientôt de fâcheux résultats; sensibles d'abord pour ceux-là seulement qui voyaient de près l'organisation intérieure de l'institut, ils devinrent, au bout de quelques années, manifestes aux yeux de tous.
C'est vers ce même temps que W^"^ Pestalozzi vint rejoindre son mari. Après avoir quitté Burgdorf, elle était allée, dans l'été de 1805, habiter à Zurich, chez son frère Jacob, qui venait de perdre sa femme. Ce frère mourut lui-même en février 1806, sans enfants, laissant à sa sœur une partie de son héritage. « Cet héritage est considérable, écrit M°*® Pestalozzi dans son journal; le repos de mes vieux jours est maintenatit assuré ^ » En mai 1806, elle revint auprès de son mari, pour ne plus se séparer de lui désormais '. Elle avait soixante-sept ans, et, après une vie si pleine d'épreuves, elle allait enfin jouir de quelques années de tranquillité et de bien-être. Ramsauer décrit en ces termes l'existence qu'elle menait à Yverdon :