‹ Pestalozzi, étude biographiqueChapitre 14 sur 202 · Pestalozzi'Blâtter, 4880, p · texte numérisé non relu

Pestalozzi'Blâtter, 4880, p

26 PBSTÀLOZZI.

monde, sans aucun profit pour lui ». Le 12 mai, deux amis de Pestalozzi, Meis et Schinz, vinrent à Mûligen en qualité d'experts; ils établirent des comptes exacts, et le bailleur de fonds, au vu de leur rapport, déclara qu'il se retirait de l'association. Qu'on juge du désespoir de Pestalozzi, qui se voyait brusquement réveillé au milieu de ses rêves, et menacé de la ruine au moment, où sa jeune femme allait devenir mère. Un fragment du journal rédigé par les deux époux (ce fragment va de décembre 1769 à novembre 1770) permet de suivre toutes les péripéties de l'aifaire, et retrace toutes leurs angoisses *. M"*® Pestalozzi chercha à relever le courage de son mari. Ils se rendirent tous les deux à Zurich; les parents Schulthess intervinrent en faveur de leur gendre, et le banquier se laissa persuader d'attendre encore. Il y eut une accalmie qui dura jusqu'à l'automne. Le 19 août 1770, M™» Pestalozzi accoucha d*un fils, qui reçut le nom de Jacques; à cette occasion les deux belles-mères vinrent à Mûligen, ainsi que la sœur de Pestalozzi, Barbara; celle-ci finit, quelque temps après, par s'étabhr à demeure dans la maison de son frère, où elle resta jusqu'à son mariage en 1777 '.

Cependant le banquier Schulthess avait décidément perdu confiance. La plantation de garance n'avait pas réussi. Tschiffeli, sur soa domaine de Kirchberg,

1. Ce fragment de journal a été mis par M"* Zehnder-Stadiin à la disposition de M. Morf, qui en a publié les principaux passages (t. I, pp. 108-120).

2. Les Peslalozzi-BUitler (année 1882, p. 12), ont publié les lettres de félicitation adressées de Neuhof, le 15 avril m7, par Pestalozzi, par sa femme et par son frère Jean-Baptiste à leur sœur, à l'occasion de son mariage. Barbara était allée en visite à Leipzig chez une tante; c'est là qu'elle fit la connaissance du négociant Grosse, qu'elle épousa.

DE 1168 A LA RUINE DE l'iNSTITUT DE NEUHOF, 1780. 27

n'avait pas été plus heureux de son côté : mais si l'insuccès, pour Tagronome prudent et bon calculateur, se traduisait par une perte insignifiante, pour Pestalozzi ce fut un désastre. Il fallut procéder à une liquidation, à la suite de laquelle le commanditaire se retira en !?acrifiant une somme de 5000 florins *.

Pestalozzi gardait son domaine : mais il n'avait plus de capitaux ni de crédit. La maison en construction ne put être achevée sur le plan primitif; il fallut se résoudre à ne lui donner que le rez-de-chaussée '. Pestalozzi vint rhabiter avec sa femme et son fils au printemps de 1771 : il l'appela Neuhof. Renonçant à la culture de " la garance, il résolut alors de se livrer à la production du lait et du fromage. A cet effet, il ensemença ses champs avec du trèfle, de la luzerne et de Tesparcelte, et acheta du bétaiP. Cet essai ne devait pas réussir mieux que le premier : Pestalozzi ne possédait pas les connaissances pratiques nécessaires, il ne disposait pas de fonds suffisants; son terrain était aride et ne produisait qu'un maigre fourrage. Après trois ans de , luttes contre la fortune adverse, il dut reconnaître qu'il était inutile de s'obstiner dans une voie impraticable.

Il fallait vivre cependant. Ayant échoué définitivement comme agriculteur, Pestalozzi voulut essayer de l'industrie. Il installa (1774), dans un bâtiment attenant à la grange de Neuhof et qu'il fit construire exprès *,un atelier pour le filage du coton. L'idée lui était venue de

1. Lettre de Schinz du 12 avril 1783, Pestalozzi-BldUer, 1881,

2. Morf, I, p. 125. La note placée par l'auteur au bas de la page donne d'intéressants détails sur les destinées ultérieures de cette habitation de Pestalozzi, aujourd'hui disparue.

Page 1