‹ Pestalozzi, étude biographiqueChapitre 161 sur 202 · T. IV, pp · texte numérisé non relu

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cours, il était prêt à céder riostitut à Niederer, à M™« Niederer et à moi, mais que, dans ce cas, il se retirerait luimême à Neuhof pour y passer ses derniers jours. Devant une semblable déclaration, ajoute Schmid, mon devoir était tout tracé *.

Niederer se vit ainsi mis à l'écart, tandis que Schmid était devenu l'homme de confiance de Pestalozzi, qui ne faisait rien sans le consulter. Schmid méritait-il cette confiance? et, d'autre part, l'espèce de disgrâce qui atteignait Niederer avait-elle sa raison d'être? Les biographes de Pestalozzi sont très divisés sur ce point. Les uns ont traîné Schmid dans la boue en élevant Niederer jusqu'aux nues; d'aulres, prenant la défense de Schmid, ont fait de Niederer le dernier des misérables. Pour nous, après avoir étudié attentivement toutes les pièces du procès, nous sommes arrivé à cette conclusion : que ni à Niederer ni à^ Schmid on ne peut reprocher d'actes malhonnêtes; qu'il n'est pas nécessaire, pour justifier ou expliquer la conduite de l'un, d'attribuer à l'autre des intentions coupables et des senlimtints vils; et que l'orgueil froissé, l'entêtement, la rancune, la dureté de cœur sont tout ce que l'observateur attentif peut trouver au fond des tristes débats que nous allons avoir à raconter C'est déjà beaucoup trop, sans doute, et ni l'un ni l'autre des deux rivaux ne saurait échapper, sous ce rapport, à un blâme sévère.

Pestalozzi, on le sait, se sentait mal à son aise dans les spéculations métaphysiques de Niederer, et nous avons vu combien le capactère entier et violent de celuici l'avait rendu malheureux. On comprend qu'il se soit donné de tout son cœur à Schmid, dans lequel il retrou-

l. \Vah7*h€it und Irrthum, p. iO.

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vait le plus aimé de ses anciens élèves, celui en qui s'incarnait pour ainsi dire à ses yeux sa méthode. Que Schmid, après avoir accepté la mission de réorganiser l'institut et de prévenir un désastre financier, s'y soit employé sérieusement ; qu'il se soit proposé pour but, avant tout, de sauver Pestalozzi de la banqueroute, et, par conséquent, de créer des ressources pour remplir la caisse vide, nous ne pouvons voir là rien de repréhensible, et ceux qui se sont avisés de lui en faire un reproche nous paraissent fort mal inspirés. Qu'il ait pris sur Pestalozzi l'ascendant qu'une volonté forte doit naturellement avoir sur un caractère faible, on ne saurait le trouver mauvais que s'il avait fait de cet ascendant un usage abusif: or, l'examen de ses actes .montre, croyons-nous, qu'il a géré les affaires de Pestalozzi en homme sensé et en mandataire consciencieux. Niederer, d'autre part, ne pouvait qu'être douloureusement affecté de constater la diminution graduelle de son influence; jugeant, en toute sincérité, que Schmid, malgré les qualités qu'il lui reconnaissait, lui était intellectuellement intérieur, il a dû déplorer l'aveuglement de Pestalozzi donnant la préférence au moins digne. Bientôt il s'est vu en butte à des suspicions injustes, qui paraissaient mettre en cause son désintéressement; blessé dans ses plus intimes susceptibilités, il a cru à son tour à la mauvaise foi d'autrui; lui dont la probité était à toute épreuve, il a fini par accuser et laisser accuser, non seulement Schmid, mais Pestalozzi, de mensonges et de vues intéressées. Nous verrons par quelle série de malentendus et de fautes bientôt irréparables on allait en arriver là.

Peu après le retour de Schmid, Niederer apprenait qu'il courait dans le public et parmi les maîtres de l'institut des bruits fâcheux sur son compte : on le repré-

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sentait comme ayant cherché à écarter Pestalozzi pour s'emparer de l'institut; on ajoutait qu'il avait proposé à Schmid de s'associer à lui pour celte entreprise, mais que Schmid avait refusé de Taider à dépouiller Pestalozzi de sa propriété. Niederer dédaigna d'abord ces commérages; mais lorsque eut éclaté la scission, en février 1816, il ne voulut pas rester sous le coup d'imputations qu'il regardait comme offensantes. Pestalozzi, sur sa demande, s'empressa de lui délivrer une attestation, en date du 1" mars 1816, conçue en ces termes * :

Je soussigné déclare qu'il y a environ deux ans j'ai exprimé souvent le désir de céder mon institut a quelqu'un qui lût mieux que moi en état de le diriger. C'était à cette époque une chose généralement connue; et, lorsque feu mon épouse, accompagnée de sa fidèle amie M'"** Kriisi (Lisabelh), se lut éloignée d Yverdon pour se retirer dans sa propriété (Neuhofj, le bruit courut partout, à Zurich, à Berne, à Schaffhouse, que l'affaire était réellement faite et que l'institut était cédé a M. Niederer. Les maîtres de mon établissement eux-mêmes crurent que je Tavais fait, ou que j'allais le l'aire. La nouvelle était inexacte. Au contraire, M. Jullien et plusieurs amis qui s'intéressaient à ma situation prirent à cette époque des mesures qui avaient évidemment pour but la conservation de l'établissement entre mes mains. Dès le début, d ailleurs, j'avais démenti ce bruit chaque l'ois que j'en avais trouvé l'occasion; et je devais d autant plus le faire, que M. iNiederer ne m'avait jamais parlé de cette cession. Je lui dois le témoignage public qu'il n'y a jamais eu une syllabe échangée entre nous à ce sujet. Il ne m'a jamais exprimé le désir de posséder jnon établissement. Mais s'il l'avait fait, je suis convaincu que Niederer, le vieil ami de Pestalozzi, l'aurait fait dans l'intention de me soulager du fardeau sous lequel j étais écrasé. Toute personne qui me connaît et qui a pu m'entendre parler de Niederer sait que je le regarde comme absolument incapable d'avoir

1. Biber, Beitrag zur Biographie H. Pestalozzi's, pp. 107-109.

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pu concevoir ce désir à mon détriment. Il n*est pas dans son caractère de nourrir un projet intéressé. 11 serait bien plutôt capable de nuire à ses propres intérêts par des sacrifices imprudents, que de rechercher par des moyens malhonnêtes à s'assurer un avantage matériel.

Pesta Lozzi.

A cette attestation, Schmid en joignit une seconde, dont voici le texte :

Le soussigné ajoute à la présente attestation de M. Pestalnzzi Ici déclaration suivante. Je n'ai entre les mains aucun fait qui puisse établir que M. Niederer ait réellement fait des démarches pour obtenir Tinstitut. Le bruit généralement répandu que tel était le cas, et les lettres écrites par divers maîtres de Tinslilut, etc., à ce sujet, ont leur origine dans des propos tenus par M. Pestalozzi. 11 était alors fatigué de Tinstitut, et disait à qui voulait Tentendre qu'il le céderait à M. Niederer; je suis parfaitement convaincu que si M. Niederer leût désiré, — ce qui n'était pas, — il l'aurait obtenu. 11 me parait en conséquence évident aux yeux de tous qu'il n'a fait aucune démarche tendant a ce but.

Joseph Schiiid.

Ces deux documents établissent clairement, d'une part le désintéressement de Niederer, d'autre part la loyauté de Pestalozzi et de Schmid dans leurs relations avec lui. Mais la situation n'en restait pas moins très tendue. Niederer ne pouvait se résigner à ne plus jouer le premier rôle; il cherchait encore de temps en temps à faire prévaloir ses idées personnelles, et y mettait toujours une opiniâtreté qui exaspérait Pestalozzi. Celui-ci lui écrivit un jour :

Sois un ange, sois un dieu, j'y consens; mais, je t'en prie, traite-moi en homme, et agis a mon égard comme le moindre rustre agit à l'égard de son voisin, quand il est son ami Ne me mets pas constamment à la torture au nom de ta façon de comprendre mon œuvre, ou bien fournis-moi une preuve

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certaine que ta façon de comprendre mon œuvre vaut la peine que je sois torturé en son nom. Si tu peux le faire, je suis prêt à subir la mort au milieu des tortures qu'il te plaira 'de m'inOiger. Mais si tu ne peux pas le faire, laissemoi vivre et respirer à ma façon, comme toi-même tu vis el respires à la tienne *.

Pestalozzi avait pressé Schmid de faire auprès de Niederer une démarche conciliante. Schmid y consentit, et écrivit à Niederer (12 mars 1816); mais le ton de sa lettre ne fit que redoubler Tirritation de son rival. Niederer répondit :

Vous ne m'avez jamais compris et vous ne me comprendrez jamais; il faudrait pour cela qu'il y eût en vous une nouvelle naissance. Je me ris de vos critiques, et je méprise votre corresJDondance avec tout ce qui s'y rattache. Je n'espère rien de vous, je ne veux rien de vous, mais je ne vous crains pas *.

11 y eut pourtant, à partir d'avril 1816, une période d'apaisement. Pestalozzi s'accorda à Pâques quelques jours de vacances. Une dame allemande, écrivain distingué et auteur de plusieurs ouvrages d'éducation, Betty Gleim, qui s'était déclarée sa fervente admiratrice, était venue passer une semaine à Yverdon; Pestalozzi l'accompagna ensuite à Zurich, où il resta quinze jours. Là, il rencontra la mystique M™" de Krûdener ^ dont les idées religieuses firent sur lui une très vive impression, et le raffermirent dans ses projets

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