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Isaac Iselin (1728-1782), de Bâle, après avoir étudié le

DE 4768 A LA RUINE DE l'iNSTITUT DE NEUHOF, 1780. 29

Tamitié devait lui devenir bien précieuse. Encouragé par Iselin, Pestalozzi fit imprimer un Appel aux « amis de l'humanité », en les priant d'ouvrir une souscription en faveur de l'établissement qu'il avait créé. Il demandait une subvention annuelle, pendant six années, promettant de rembourser les sommes reçues en six annuités à partir de la dixième année. En retour, il s'engageait à enseigner à lire, à écrire et à calculer aux enfants des deux sexes recueillis chez lui ; les garçons feraient aussi l'apprentissage des travaux agricoles, tandis que les filles s'initieraient aux soins du ménage et à la culture du jardin ; et, grâce au filage du coton, qui devait constituer l'occupation principale, les enfants, croyait-il, se trouveraient subvenir euxmêmes aux frais de leur entretien. Cet appel de Pestalozzi est daté du 9 décembre 1775 *. Il fut favorablement accueilli. « Ce fut moi, raconte Schinz, qui me chargeai de réunir les souscriptions à Zurich . J'obtins une assez belle somme, à laquelle je contribuai aussi de mon obole, et qui était garantie pour plusieurs années. Le chancelier Iselin, de Bâle, ^e montra dans cette ville un des principaux protecteurs de l'étabHssement. Sarazin et beaucoup d'autres riches Bâlois sous-

droit à Gœttingue, remplit à partir de 1756 la charge de chancelier dans sa ville natale. l\ fut l'un des hommes les plus considérables de la Suisse au xviii*' siècle, et se distingua par ses idées libérales et ses efforts pour améliorer les institutions existantes. Parmi ses ouvrages, nous citerons les Rêves philosophiques et patHotiques d'un philanthrope (1755), des Essais philosophiques et politiques (1760), VEssai d'un citoyen sur Vamëlioration de l'instruction publique (1779). Pendant quelques années, de 1716 à 1781, il publia une revue mensuelle, les Éphémerides de l'humanité.

1. U fut publié dans le journal d'Iselin, die Ephemeriden der Menschheit^ginnée 1776, p. 293. 11 a été réimprimé dans les Œuvres complètes de Pestalozzi, éd. Seyffarth, t. I, p. 42.

crivaient aussi. A Berne, MM. de Graôenried * et Effinger de Wildegg, qui s'étaient déclarés très fortement en faveur de Tidée de Pestalozzi, jugeaient son entreprise digne du concours de TÉtat, et effectivement le gouvernement bernois accorda à l'établissement de Neuhof son appui de différentes façons, et y plaça des enfants-tirés de divers bailliages *. »

La famille de M"° Pestalozzi vit avec inquiétude ce nouveau projet et en prédit la non-réussite. Gaspard Schulthess, alors pasteur allemand à Neuchâtel, écrivait il son frère Henri, commerçant à Zurich : « J'ai conjuré Pestalozzi de renoncer à son plan mal digéré d'élever des enfants par souscription, et de regarder comme la grande affaire à laquelle la Providence l'appelle l'éducation de soi-même et des siens». Henri Schulthess répondit : « Sa situation est celle-ci : il croit que si son plan pour l'éducation d'enfants pauvres et abandonnés est approuvé du gouvernement de Berne, il pourrait, grâce à un api^ui suffisant par voie de souscriptions, relever ses affaires. Seulement, à mon avis, il se lie les mains par des promesses trop considérables. Et qu'est-ce qu'une souscription de 6 florins, quand même il trouverait cent souscripteurs? Je compte, pour l'entretien d'un enfant, nourriture et habillement, 60 florins au moins; mais lui s'imagine, en fin calculateur, qu'il ne lui en coûtera que 30 florins. Les personnes entendues affirment que cela ne pourra pas marcher. Ce sera pour Pestalozzi une rude tâche que d'enseigner à des enfants à lire et à écrire '. »

1. M. de Graffenried était alors administratieur du bailliage bernois de Schenkenberg; il avait eu comme prédécesseur dans ces fonctions Tscharner (voir à la page suivante), et il eut comme successeur Daniel de Fellenberg (voir p. 38, n. 4).

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