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Lettre du 12 avril 1783, Pestalozzi-BlaUer, 1881, p

3. Môrikofer, f)ie schweizerische ÏJteratur der 18. JahrhvnderlSf p. 408.

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Au moment où Pestalozzi publiait son appel, il avait déjà chez lui, nous dit-il, une vingtaine d'enfants. Ce nombre fut bientôt doublé. Ses idées sur la manière dont l'éducation pouvait être combinée avec l'industrie furent exposées en 4777 dans trois lettres adressées à N.-E. T. (Nicolas-Emmanuel de Tscharner) sur r éducation de la jeunesse pauvre des campagnes \ Ces lettres parurent dans le journal d'Iselin, les Éphëmé- Hdes de l'humanité^ ainsi qu'un premier rapport sur l'établissement de Neuhof, daté du 18 septembre 1777 et intitulé Fragment de Vhistoire de V humanité la plus infime *. Ce Fragment nous fait connaître que le montant des souscriptions reçues par Pestalozzi en 1776, et provenant de Zurich, Berne, Bâle et Winterthour, s'élevait à la somme totale de 60 louis ^ Un second

1. Ueber die Erziehung der armen Landjugend. Se trouve au tome Vni des Œuvres, éd. SeyfFarth. Tscharner avait prononcé en 1174, comme président de la Société helvétique, un discours « sur l'éducation patriotique de la jeunesse ». Il avait ensuite publié dans les Épkémérides d'Iselin, en 1776 et 1777, une série de lettres « sur les établissements pour les pauvres à la campagne » [die Armenanstalten auf dem Lande). C'est en réponse à ces lettres de Tscharner que Pestalozzi crut devoir lui exposer ses propres idées; les trois lettres qu'il lui écrivit sur ce sujet furent transmises par Tscharner à Iselin, qui les inséra dans ses Èphémérides. [Pestalozzi'Blàtter, 1885, pp. 43-44.) — Le patricien bernois N.-E. de Tscharner (1727-1794), qui administra pendant six ans (1767- 1773) le bailliage de Schenkenberg, a été immortalisé" par Pestalozzi dans Léonard el Gertrude, sous les traits du philanthrope Amer, le seigneur de Sonnai.

2. Bruchstùck ans der Geschichte der niedrigsten Menschheit. Se trouve au tome VIII des Œuvres, éd. SeyfTarth.

3. Les lettres écrites à' Barbara Pestalozzi en avril 1777 par ses deux frères et sa belle-sœur (voir la note 2 de la page 26) contiennent quelques renseignements sur la situation de Neuhof au printemps de 1777. Jean-Baptiste Pestalozzi écrit : « Mon frère, sa femme et leur enfant sont heureux, et leurs affaires commencent à bien aller; l'assistance de Berne, la bénédiction de Dieu sur les enfants et la suppression de beaucoup d'abus, donnent un espoir sérieux d'arriver à la tranquillité si néces-

rapport, daté du 26 février 1778, parut à Zurich en une brochure, sous ce titre : Nouvelles certaines de rhistitut pour Véducaiion des enfants pauvres de M, Pestalozze * ; il était adressé à la Société économique de Berne, présidée par Tschiffeli, qui fit précéder ce rapport d'une note constatant les services rendus par l'établissement de Neuhof. L'institut comptait alors trente-sept enfants (dix-sept garçons et vingt filles) ; le personnel se composait d'une institutrice, nommée Madelon Spindler, de Strasbourg, qui s'occupait spécialement des jeunes enfants; d'un maître tisserand, de deux ouvriers tisserands, d'une maîtresse fileuse, de deux ouvriers fileurs, d'un homme qui, à côté du dévidage, enseignait les éléments de la lecture ; enfin de deux valets et de deux servantes, occupés surtout au travail de la terre *. Mais à partir de ce moment,

saire à mon frère ». M"" Pestalozzi dit de son côté : « Dieu soit loué! je suis complètement rétablie et de nouveau sur pied; notre maison, notre établissement, nos enfants, tout nous fait espérer des jours heureux. Combien j'en remercierai Dieu! car le cœur de mon cher mari mérite cette récompense. » Ënfîn Pestalozzi lui-même ajoute : « II semble que mes projets soient enfin sur le point de se réaliser, et sur une plus vaste échelle que je n'espérais. Je suis assuré de 70 louis de souscriptions annuelles, et mon plan est généralement approuvé à Berne. »

4. Zuverlâssige Nachricht von de?' Erziehunqsanstalt armer Kinder des Herrn Pestalozze, Se trouve au tome VIII des Œuvres, éd. SeyfTarth. — Au xviii® siècle, on rencontre fréquemment le nom de Pestalozzi écrit Pestalozze, Pestalotz, Pestaluz, PestalutZy etc. Lui-même, à cette époque, signe généralement Pestalozz ou Pestalouz.

2. Parmi les enfants recueillis à Neuhof par Pestalozzi se trouvait le fils d'un pauvre menuisier hongrois, établi à Worblaufen, près de Berne : Pestalozzi parle à deux reprises, dans ses rapports imprimés, de ce jeune garçon comme d'un enfant chétif et souffreteux, mais doué d'un grand talent pour le dessin. Cet enfant n'était autre que le futur peintre Gottfried Mind, qu'on a surnomrné le Raphaël des chats. Voir à ce sujet un article des Pestalozzi-Bldtter, année 1880, p. 29.

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Pestalozzi cessa de renseigner le public sur la situation de sa maison. Cette situation, malgré les efforts qu'il faisait pour l'améliorer, n'était pas prospère, et il fallut bientôt reconnaître qu'il s'était bercé des plus chimériques illusions en se croyant capable de diriger un établissement industriel *. Il crut un moment être sorti d'embarras, grâce à une convention par laquelle sa femme abandonna à ses frères toute sa part d'héritage. Mais il aurait eu besoin d'un appui officiel, que le gouvernement de Berne refusa de lui accorder *. L'entre-

1. Voir le jugement de Pestalozzi lui-même sur son entreprise dans le Schweizei^blatt, n* 32, 8 octobre 1782 (OËuvres, éd. Seyffarth, t. VII, pp. 237-240), et dans le Schwanengesangt pp. 207-221.

2. Voici quelques détails que nous fournit la correspondance de Pestalozzi et de Tscharner avec Iselin :

Tscharner à Iselin, 13 juin 1778 : « Tout cela est fort beau, mais bâti sur le sable. Pestalozzi a voulu courir trop vite au but qu'il s'était proposé, sans préparation suffisante; mais l'haleine et le& forces lui manquent. Je crains que son établissement n'ait la destinée de celui de Marschlins. » (Le Philanihropinum établi à Marschlins, Grisons, dans le château du comte de Salis, — c'était la continuation du célèbre établissement d'éducation qu'avait fondé Martin Planta à Heidesheim en 1761, — avait dû fermer ses portes en 1777. Iselin, Tscharner, Lavater et les hommes les plus distingués de la Suisse avaient porté un vif intérêt à cette entreprise.)

Pestalozzi à Iselin, 25 novembre 1778 : « Mon établissement est sauvé! Après une misère qui dépasse tout ce qu'on peut imaginer, je me trouve mis en possession indépendante d'un capital suffisant pour réaliser mon plan, et mes intérêts ont été séparés de ceux de ma famille par des conventions qui me tranquillisent; ma chère femme a rendu possible la conclusion de ces conventions au prix du sacrifice de toutes ses espérances. Mais je dois apporter d'autant plus d'attention désormais aux mesures à prendre pour assurer la bonne marche de mon entreprise, car les circonstances sont décisives et, si cette combinaison devait échouer, il ne me resterait plus aucune possibilité d'atteindre au but de mes efforts. En conséquence, j'ose vous prier de bien vouloir m'accorder une soirée à Bàle, pour vous exposer verbalement la situation et prendre vos conseils. »

Pestalozzi se rendit en effet à Bâle et, après avoir conféré

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prise aboutit, en 1780, à une déconfiture financière qui non seulement consomma la ruine de Pestalozzi, mais faillit déshonorer son nom : « ce ne fut que grâce à la bienveillance de ses créanciers et à l'appui de ses amis qu'il * put être sauvé du désespoir et de Tin-

famie * ».

Les souvenirs recueillis à Birr par l'instituteur Huber et publiés dans les Pestalozzi-Blàtter donnent une idée de ce qu'était la vie intérieure de l'institut de Neuhof, et font comprendre pourquoi la ruine était inévitable ; ils contiennent en outre les seuls détails précis que l'on possède sur les arrangements financiers grâce auxquels on put éviter à Pestalozzi les horreurs de la banqueroute.

avec Iselin, adressa au gouvernement de Berne une demande à Teffel d'obtenir de lui un appui financier; mais sa requête ne fut pas accueillie.

Tscharner à Iselin, 19 décembre 1118 : « M. Pestalozze a aussi écrit à ses amis d'ici; mais il a tout gâté, parce qu'il ne veut pas se laisser conseiller, et qu'il vise toujours trop haut; quoiqu'il se soit déjà si souvent brûlé les ailes, il voudrait toujours atteindre au soleil. Il cherche maintenant un appui auprès des étrangers (voir plus loin, p. 11, n. 2, les lettres de Pestalozzi à Iselin relatives à son projet de recourir à la protection de quelque souverain d'Allemagne); ici on a perdu toute confiance en lui. Notre gouvernement est opposé par principe aux manufactures et au commerce; on les tolère plutôt qu'on ne les favorise ; aussi ne peut-on attendre de ce côté-là aucun appui pour Neuhof. »

Tscharner à Iselin, 4 avril 1119 : « Pestalozze est aux abois; il a été ici et est venu me voir; il voulait emprunter de l'argent sur son domaine, déjà hypothéqué en garantie de la fortune de sa femme, et sur lequel, après le traité fait avec son beau-frère, pèsent des engagements pour le double de sa valeur. Je lui ai démontré que ce serait là une escroquerie envers sa femme, son beau-frère, ses créanciers; il a dû en convenir, et il est parti. Le pauvre homme est très malheureux et digne de pitié : mais il faut reconnaître qu'il est seul l'auteur de son malheur. »

Ces lettres, publiées par le D' J. Keller, se trouvent dans les POdagogische Blatter de Kehr, année 1884, pp. 19 et suiv.

1. Lettre de Schinzdu 12 avril 1183, Pe«*aiozzi-BZ««er, 1881, p. 45.

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« M°® Pestalozzi, dit Huber, s'employait de son mieux à la direction du ménage, à la surveillance de renseignement et du travail; elle apportait dans le commandement une fermeté aimable et digne : on la craignait, on la respectait, on Taimait. Partout où elle mettait la main, les choses allaient à souhait. Mais là où Pestalozzi exerçait lui-même l'autorité, le bon ordre et le calme étaient loin de régner; les jeunes gens, il est vrai, se tenaient tranquilles en présence du maître, ils le craignaient, car il se mettait fréquemment en colère et se montrait alors rigoureux à l'égard des coupables. Mais dès qu'il avait le dos tourné, jeunes et vieux se moquaient de lui; aucune discipline sérieuse n'existait. Avec toutes ses bonnes intentions et la peine qu'il se donnait, il était l'homme le moins tait pour diriger un établissement pareil. Il avait toujours l'air égaré et hors de lui-même, courait d'un bout de la maison à l'autre, de la maison à la grange, dans le jardin et dans tout le domaine. Non content d'occuper les enfants au filage du coton, il y joignit le tissage, la teinture et l'impression des étoffes; il courait en personne les foires et les marchés pour y vendre ses cotonnades et son fil ; mais il ne fit par là qu'accélérer la crise à laquelle l'établissement devait succomber...

« Dans l'espoir de sauver Neuhof, Pestalozzi s'adressa alors à ses parents de Zurich. Il vendit à son frère Jean-Baptiste^ en novembre 1779, pour la somme de 5200 florins bernois, environ 20 arpents de sa propriété, ainsi que la grange, et le chargea de satisfaire les créanciers les plus exigeants ; et, comme cela n'avait pas suffi, en juin 1780 il céda à l'un de ses beauxfrères, Henri Schulthess, pour le prix de 2566 flo^.: te bâtiment de la fabrique et 16 arpents de terrain îî^'

eat sans doute à cette occasion des arrangements particuliers, qui ne sont pas consignés dans les actes de vente, et qui devaient permettre à Pestalozzi de rentrer plus tard en possession de ce qu'il avait vendu, si les circonstances devenaient plus favorables '. »

Les enfants furent rendus à leurs parents. Ce qui restait du domaine, une cinquantaine d'arpents, fut remis /i ferme à des paysans du voisinage; et Pestalozzi ne conserva pour lui que la maison d'habitation avec le jardin.

Le frère aîné de Pestalozzi, Jean-Baptiste, joua dans cette circonstance un rôle peu honorable. Il dissipa des sommes qui lui avaient été confiées, et fut obligé, pour éviter les rigueurs de la justice, de se réfugier à l'étranger. E se rendit à Amsterdam (1780), puis s'embarqua, et l'on n'entendit plus parler de lui *. C'est sans doute à la conduite de son frère que Pestalozzi fait allusion dans ce passage de son autobiographie où il dit : € Ma femme avait engagé pour moi sa fortune presque tout entière. Des personnes dont je dois taire le nom abusèrent de sa générosité d'une façon dure et même déloyale *. y>

i. Peslalozzi'Biatfer, 1882, pp. 86 et 87.

2. D' Hunziker, Pestalozzi auf dem Neuhof, dans les Deutsche Blatter de Fr. Mann, 1882, p. 159.

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