Histoire de Pestalozzi^ p
2. Lellre de la municipalité d'Yverdon à Pestalozzi, du 23 juillet 1819, citée par M. de Guimps, p. 423.
3. Ein Wort ilber den gegenwdrtigen Zustand meinet* pâdagogi-
Le mélange d'enfants de condition différente, dit Pestalozzi dans cet opuscule, bien loin de produire aucun effet fâcheux, exerce une heureuse influence sur les uns et les autres : les élèves de l'école dite de pauvres ne montrent aucune jalousie à Tégard de leurs camarades plus fortunés dé l'institut proprement dit, et ceux-ci leur témoignent une franche et cordiale amitié. La possibilité de les réunir tous dans une même maison d'éducation, et d'y faire régner un véritable esprit de famille, est désormais démontrée. « Dieu soit louél mon établissement, tel qu'il existe depuis un an et demi, m'a ramené sur la voie de la nature et de la vie de famille, sur la voie des premiers efforts de ma jeunesse. Dieu soit loué! j'ai pu me rapprocher ainsi du but de toute véritable éducation... Je ne prétends pas l'avoir atteint, mais j'y tends de toutes mes forces. Le seul bonheur de mes vieux jours est l'espoir que la maison d'éducation que je laisserai sera édifiée sur le modèle de la pure vie de famille et de son activité pleine de liberté et de grâce. » U enseignement mutuel continuait à faire grand bruit en Angleterre et en PYance : Pestalozzi y fait une courte allusion, en expliquant que, chez lui aussi, les élèves les plus avancés instruisent leurs camarades plus jeunes :
Notre méthode d'enseignement élémentaire, dit-il, fournil la preuve que des élèves convenablement préparés peuvent déjà, comme enfants, enseigner avec succès à d'autres enfants ce qu'ils ont appris eux-mêmes, et qu'ils pourront par conséquent l'enseigner bien mieux encore lorsqu'ils seront devenus pères et mères. Nous croyons aussi, sous ce rapport, pouvoir fournir un utile secours aux hommes
schen Bestrebungen und ûber die ?ieue Organisation meiner Anstalt', Zurich, Orell, Fiissli et C*% 1820. Cette brochure se trouve au Musée pédagogique de Paris.
l'institut dVverdon : dernière période (1817-1825). 393
généreux qui, désirant répandre universellement les premiers et les plus indispensables moyens d'instruction populaire, s'efforcent de donner une âme et une vie intérieure à renseignement mutuel. Cet enseignement mutuel dont on parle tant est évidemment susceptible de deux emplois tout différents dans leurs résultats : on peut l'utiliser comme un mécanisme qui épargne de l'argent et de la peine, et au moyen duquel on obtient à bon marché un dressage qui n'est pas une éducation; ou bien on peut, au contraire, le considérer comme une simple enveloppe extérieure, comme le véhicule d'une méthode d'éducation et d'enseignement fondée sur la psychologie et visant à développer et à éveiller les forces de notre nature. Cette méthode, c'est celle que nous mettons en pratique.
L'éloge de Schmid et le récit de ce qu'il a fait pour Pestalozzi termine cet exposé :
Je me sens maintenant heureux, inexprimablement heureux; et, tout en remerciant Dieu, d'un cœur ému, de mon bonheur, de ce changement inouï de la plus profonde misère en bénédiction et en félicité, je ne puis pas ne pas me souvenir que c'est par mon ami Schmid que Dieu m'a sauvé; devant Dieu et devant les hommes je lui dois une reconnaissance que peu d'hommes doivent à l'un de leurs semblables. Que les caricatures faites de lui continuent à trouver des amateurs et des acheteurs, cela ne me touche plus. Cela ne peut plus me toucher. Je jouis des bienfaits de son action : que me font ces caricatures? Que peuventelles me faire? Que sont des paroles vides et des jugements mal fondés? Ils disparaissent; ils doivent disparaître : mais les faits demeurent.
Dans un appendice, Pestalozzi annonce les conditions auxquelles les élèves des diverses catégories sont reçus dans son établissement : le prix de la pension pour les enfants des familles aisées est fixé à trente louis; des enfants de familles pauvres sont reçus à moitié prix; la proportion dans laquelle ces derniers sont admis est d'un cinquième de la totalité des élèves. L'institut
comprend deux sections, celle des garçons et celle des jeunes filles; dans chacune des sections, un certain nombre d'élèves sont spécialement préparés à la carrière de renseignement. Notons un passage où Pestalozzi annonce qu'il travaille à une cinquième partie de Léonard et Gertrude, et qu'il se propose d'y développer les principes sur lesquels est fondée la nouvelle organisation de sa maison. Cette cinquième partie a été réellement écrite, mais diverses circonstances ont empêché qu'elle fût publiée dans l'édition des Œuvres complètes; et, après la mort de l'auteur, le manuscrit en a été perdu avec plusieurs autres.
Pestalozzi se préoccupait d'assurer la continuation de son œuvre dans l'avenir. Déjà, en juillet 1817, il . avait demandé et obtenu de la municipalité d'Yverdon la garantie de la jouissance du château pendant cinq années encore après son décès, en faveur des personnes qu'il aurait désignées pour lui succéder *. Maintenant, après avoir associé à son entreprise son petit- fils Gottlieb, il voulut faire quelque chose de plus : il soumit à la municipalité un plan de réparation du château, qui l'eût rendu plus propre à sa destination; en même temps, il demandait que la période pendant laquelle la jouissance de l'édifice serait garantie après sa mort à son héritier fût fixée à quinze ou vingt années au lieu de cinq. Sur les négociations avec la municipalité, commencées dans les premiers jours de 1821, nous avons deux versions différentes : celle de M. de Guimps, qui nous montre la municipalité assez mécontente « de ce qu'on a changé la nature de l'institut, d'une part en y joignant une école de pauvres, de l'autre en voulant