Pestalozzi'BlaUer, 1882, p
3. Innombrables sont les anecdotes qui nous montrent Pestalozzi dans son dénuement, avec son complet oubli des conventions sociales, son insouciance du décorum, en même temps que <lans la simplicité enfantine de sa bonté irréfléchie et de son inépuisable charité. Nous en citerons deux ou trois seulement :
Un jour, probablement à l'époque de ses relations avec Iselin iJ était entré à Bâle, les chaussures attachées avec de la pailleon voulut savoir la raison d'un si bizarre accoutrement, et on apprit qu'il avait donné, à la porte de la ville, les boucles d'ap« gent de ses souliers à un mendiant. (Récit fait par Buss dan* Comment Gertrude instruit ses enfants, 3" lettre.) ^
Pestalozzi s'était rendu à Berne pour y visiter son ami T\ niel de Fellenberg, devenu membre du Petit-Conseil en 4nov *
Si les paysans n'avaient jamais eu pour Pestalozzi que des sarcasmes, la société cultivée ne le traitait pas mieux maintenant. Plus la confiance qu'on lui avait témoignée un montent avait été grande, plus sévère était la condamnation, plus profond le mépris dont on Taccablait. Il avait conservé quelques rares amis : mais ceux-là même, dit-il, « me regardaient comme un homme perdu sans remède, destiné à finir ses jours à rhôpital ou dans une maison de foiis * ».
la porte de la ville, comme il était très pauvrement vêtu, il fui arrêté par la garde. Il se nomma. Son nom étant inconnu à Pofficier commandant, celui-ci le fit conduire à la maison des indigents, où Pestalozzi, en compagnie des vagabonds, reçut la soupe et un lit. Le lendemain matin, il demanda si quelqu'un voudrait se charger de porter un billet à M. le conseiller Fellenberg. Le surveillant fut fort étonné, mais fit néanmoins porter le billet. Quelques instants après arriva Fellenberg, qui donna une chaleureuse accolade à celui qu'on avait pris pour un mendiant. Pestalozzi lui dit qu'il avait constaté avec plaisir qu'à Berne les pauvres gens étaient fort bien traités. Ensuite Fellenberg l'emmena loger chez lui. (Récit d'Emmanuel Frôhlich, Pâdagogiscke Blâtter de Kehr, 1881, p. 126.)
et Ma mère m'a raconté dans mon enfance, écrit le pasteur Rahn {Pestalozzi-Blâiter^ 1880, p. 42), qu'à l'époque où mes parents habitaient Aarau, elle vit entrer un jour Pestalozzi en grande hâte : « Madame Rahn, criait-il, vite, prêtez-içoi deux « thalers; il me les faut tout de suite; je ne les ai pas, mais je « vous les rendrai le plus tôt possible ». Ma mère les lui donna, et il repartit aussitôt; mais pas si vite que la servante, sur l'ordre de ma mère, ne pût le suivre, sans être aperçue de lui, afin de savoir ce qu'il allait faire de cet argent. La servante revint un moment après, et dit qu'elle avait suivi Pestalozzi jusque dans une ruelle écartée; que là, il était entré dans une grande étable, où elle avait pu se glisser après lui; dans un coin de l'étable se trouvait, sur de la paille, une pauvre femme en couches, une vendeuse d'écuelles; Pestalozzi s'était approché d'elle, lui avait mis les deux thalers dans la main, et s'était ensuite éloigné précipitamment. Comme je demandais à ma mère si Pestalozzi lui avait rendu plus tard les deux thalers : « Oh non! bien sûr, dit-elle, car avec lui la main droite ne tt savait jamais ce que faisait la main gauche. »