‹ Pestalozzi, étude biographiqueChapitre 25 sur 202 · Schwanengesang^ p. 2I · texte numérisé non relu

Schwanengesang^ p. 2I

morale traduite de Vallemand : Avec douze estampes dessinées et gravées par D. Chodowiecki *. Cette traduction est dédiée à M. de la Fléchère, « seigneur de Grens, capitaine d'une compagnie de grenadiers au service du louable canton de Berne ». Dans son épître dédicatoire, le traducteur, qui signe des initiales « P. de M. », annonce que l'original est Toeuvre de « M. Pestalotz de Neuenhof » ; parlant de sa traduction, il ajoute : « Il ne m*est pas permis d'en rien dire, sinon qu'elle est fidèle, que môme elle peut avoir quelque avantage sur l'original, quant à la pureté de la diction, en même temps que je reconnais qu'elle n'en a pas toute la précision et la naïveté, quoique j'aie pris à tâche d'imiter le style simple et naturel de l'auteur ». Le traducteur est Pajon de Moncets, pasteur de l'église française de Berlin, qui a publié aussi des traductions des Leçons de morale de Gellert et de YElementarbuch de Basedow ^

Les estampes de Chodowiecki ne sont pas sans mérite. Elles représentent les sujets suivants : 1° Léonard rentre chez lui et trouve sa famille en larmes (chap. i) ; 2° Gertrude chez Amer (chap. ii); 3° le chien du barbier dévoile une ruse du bailli, en léchant l'eau

1. Cette traduction avait été annoncée en ces termes dans une lettre du libraire Decker à Iselin, du 13 octobre 1781 : « Du reste je dois reconnaître que ce livre est très apprécié par les connaisseurs; un ecclésiastique français de Berlin a même formé le projet de le traduire, et M. Chodowiecki veut faire pour cette traduction douze gravures sur cuivre; ce qui est un grand honneur pour Tauteiir ».

2. Pajon de Moncets avait obtenu de Pestalozzi, par l'intermédiaire d'Iselin, l'autorisation de traduire son livre. On lit dans la dernière lettre de Pestalozzi à Iselin, du 5 mai 1782 : « Je vous remercie pour la communication de la lettre de M. Pajon; je lui fais la réponse qu'il m'a paru convenable de faire, dans la lettre ci-jointe que je vous envoie ouverte, et que je vous prie de vouloir bien faire parvenir à soa adresse ».

tombée d'une cruche où celui-ci prétendait avoir mis du vin (chap. x) ; A^ la grand'mère de Rudi à son lit de mort (chap. xvi); 5° dialogue entre le bailli et Marx (chap. xxvi) ; 6° Marx gronde sa fille Betheli qui a accepté un morceau de pain de Tun des enfants de Gertrude (chap. l) ; 7° le bailli prend le coquetier Christophe pour le diable, et se sauve en hurlant (chap. lxxiv); 8° le bailli fait sa confession au pasteur (chap. lxxvii) ; 9« le petit Charles, fils d'Arner, embrasse le cocher Franz (chap. Lxxxii) ; IQo Arner prononce la sentence du bailli (chap. Lxxxix); llMe coquetier Christophe explique devant la commune assemblée que c'est lui que le bailli a pris pour le diable (chap. xcii) ; 12° Léonard et Gertrude avec Arner et sa femme Thérèse chez Rudi (chap. xcviii).

Il a été fait une réimpression de cette traduction, mais sans estampes, et avec l'indication Première Varlie (parce que la deuxième partie de Léonard et Gertrude avait déjà paru à ce moment). Cette réimpression porte la mention : « A Lausanne et à Paris, chez la veuve Duchesne, libraire, rue Saint-Jacques, au Temple du Goût, 4784 ».

Une autre traduction de la première partie de Léonard et Gertrude a été faite beaucoup plus tard par M"*" la baronne de Guimps, et imprimée à Genève chez J.-J. Paschoud en 1826 (seconde édition en 4832, Paris et Genève, Abraham Cherbuliez *). M'"^ de Guimps dit dans son avertissement : a: Léonard et Gertrude a <iéjà été traduit dans notre langue; je ne veux point faire ici la critique de cette première traduction; je ' dirai seulement que Pestalozzi en. fut très mécontent 6t qu'il me pressa d'entreprendre celle-ci, qui a été

i. Le Musée pédagogique de Paris possède un exemnl**' •elle seronde édition. i ^*iire de

commencée bous ses yeux et d'après ses avis ». A notre sentiment, M"** de Guimps n'a pas mieux réussi que Pajon de Moncets, non que le talent lui ait manqué, mais parce qu'elle entreprenait une tâche impossible : Léonard et Gertrude est un livre intraduisible.

On s'est demandé si les personnages du roman de Pestalozzi étaient des portraits. Il a déclaré lui-même, en 4782, que les applications qu'on avait voulu faire étaient inexactes, en ce sens qu'aucun des caractères du livre n'est, dans tous ses traits, la copie fidèle d'un original. Mais il n'en est pas moins évident que, pour chacun d'eux, il a eu présents à l'esprit un ou plusieurs modèles pris dans la réalité. Gertrude, d'après une tradition que Nicolovius a le premier accréditée — Pestalozzi lui-même, il est bon de le remarquer en passant, n'a jamais rien dit pour la confirmer *, — serait faite à l'image de la servante Elisabeth Nâf. Les gens de Birr et de Mùligen crurent reconnaître dans le bailli Hummel rintrigânt Miirki, de la mauvaise foi duquel Pestalozzi avait été la victime au début de son entreprise agricole. Quant au pasteur, le choix de son nom, Ernst, indique que l'auteur a dû songer à son ami et voisin le pasteur de Birr, qui s'appelait Frôhlich*. Enfin Arner, l'idéal du seigneur humain, sage et bienfaisant, serait, de l'avis de la plupart des biographes modernes,

1. Nous devons constater toutefois que, dans l'entourage de Pestalozzi, à l'époque où il était devenu chef d'institut, on paraît avoir désigné couramment la servante Lisabeth par le surnom de Gertrude. Voir plus loin (p. 210) un passage du journal de Murait où elle est ainsi appelée.

2, Ernst, en allemand, signifie « sérieux » ; frôhlich, « gai ». Cette hypothèse très vraisemblable a été émise en premier lieu par M. Mann dans son édition des Œuvres choisies de Pestalozzi, t. IV, p. 313. Voir aussi la remarque du D' Hunziker dans rédition de Léonard et Gertrude publiée par le Musée pestalozzien de Zurich, t. I, p. 471.

le patricien bernois Tcharner, l'ancien gouverneur du bailliage de Schenkenberg * ; peut-être ses successeurs GrratTenried et Daniel de Fellenberg, et un autre noble bernois, voisin aussi de Pestalozzi, le Junker Effinger, qui habitait le château de Wildegg, et qui s'occupait avec beaucoup de zèle d'œuvres philanthropiques, ont-ils fourni aussi quelques traits à cette figure.

Pendant qu'on imprimait Léonard et GertrudCy Pestalozzi avait commencé la composition d'un nouvel ouvrage, qui devait servir de complément et de commentaire au premier : c'est Christophe et Else ', qui parut en 1782 chez le libraire Fûssli K Une famille de

1. Le D'' J. Relier {POdagogischc Blattei* de Kehr, 1884, p. 352, n. 1) rejette cette hypothèse : « Si Amer, dit-il, était le portrait de Tscharner, comment expliquer que Pestalozzi (en justifiant dans une lettre à Iselin certains traits du caractère de ce personnage) n'en dise rien, et que Tscharner lui-même (dont on possède la correspondance avec Iselin) ne le sache pas? » Nous ajouterons que la dernière entrevue de Pestalozzi avec Tschar* ner, lorsqu'il était allé à Berne en avril 1779 pour essayer d*y trouver de l'argent, n'avait pas dû lui laisser précisément un sou. venir agréable (voir ci-dessus, p. 34, note).

2. Le titre complet de l'ouvrage est : Christoph und Else lesen in den Abendstunden dos Buch Lienhard und Gerlrud. l»^* Aà^ theilung. Vient ensuite un second titre ainsi conçu : Christopf^ und Else. Mein zweites Volksbuch. i782, Zurich und Dessau, /^ Commission bel Joh. Caspar Fuessly.

3. Pestalozzi songeait avant tout à tirer de ses travaux lit téraires une rémunération qui lui permît de vivre; c'est poi ^ cela qu'il ne continua pas les relations d'affaires avec le libra Decker. U écrit à Iselin « qu'il regarde comme son devoir ^h^ tirer de ses écrits le plus de profit possible, et, pour cela d

pas les vendre à vil prix à un libraire ». (Lettre du 15 avri'l i? ^^ A propos du prospectus d'une association qui devait sp f à Dessau, sous le nom de Buchhandlung der Gelehrten ^^^^t^ mettre aux auteurs de devenir leurs propres éditeu' ^^^'^ ^^ï*- « Plaise à Dieu que cette association atteigne son h ' ^^ ^H . les écrivains ne soient plus réduits à travailler com^^*"' ^^ QuÀ nœuyres à tant la feuille; actuellement ils sont e^?"^ ^^s iî!l^ manière effrayante par les libraires; je suis impatîen ^^^ "^'^^è

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paysans occupe ses soirées à lire Léonard et Gertrxide, et chaque chapitre fait le sujet d'une conversation où les interlocuteurs développent les conclusions morales qu'ils croient pouvoir tirer des divers épisodes du roman. Ce livre didactique, auquel Pestalozzi attachait une haute importance, reçut un accueil assez froid. Il se compose de trente m soirées i», dans lesquelles sont commentés les vingt-cinq premiers chapitres de Léonard et Gerirude. L'auteur avait annoncé une suite; mais il ne jugea pas à propos de continuer son travail.

Le moyen qui parut à Pestalozzi le meilleur pour se créer, par sa plume, des ressources régulières, fut la publication d'un journal. Dès le commencement de 1781, on le voit négocier à ce sujet avec le libraire Flick, de Bâle (lettre à Iselin du 13 février 1781), mais sans résultat. Il se décida alors à tenter seul l'entreprise, sans le concours d'un éditeur, et à faire imprimer son journal à ses propres frais dans son voisinage immédiat, à Baden*. Le périodique parut en effet sous le

naître les suites de ce projet, et vous remercie beaucoup de votre communication ». (Lettre du 14 mai 1781.) Le 22 août 1781, il annonce à Iselin qu'il est résolu « à faire imprimer pour son propre compte, par l'intermédiaire d'un libraire de Zurich qui est son ami, le manuscrit sur l'infanticide et la seconde partie de LéonaM et Gertrude ». Le libraire Decker, en apprenant cette nouvelle, se montra fort irrité, et écrivit à Iselin (13 octobre 1781) que c'était de la part de Pestalozzi un procédé déloyal que de publier chez un autre libraire la seconde partie d'un livre dont la première partie avait été éditée par lui. A cela, Pestalozzi répondit qu'il y avait malentendu, et que le livre qui allait paraître n'était pas, au sens propre, une suite de Léonard et Gertrude (il s'agissait en effet de Christophe et Else), mais un écrit qui, bien que se rattachant au premier, constituait en réalité un ouvrage nouveau. Christophe et Else, annoncé dans le numéro de janvier 1782 des Éphémérides, parut au mois de mai suivant. (Lettre de Pestalozzi à Iselin du 5 mai 1782.) 1, On se demandera peut-être pourquoi Pestalozzi ne s'était

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titre dç SchiueizerUatt (Feuille suisse), journal hebdomadaire, tous les jeudis, du 3 janvier au 26 décembre 1782; mais, au bout d'un an, Pestalozzi dut renoncer à en poursuivre la publication.

M. Seyflfarth en a réimprimé les principaux articles dans son édition des Œuvres de Pestalozzi, t. VII. On y trouve des essais sur des sujets de morale et de politique, des contes, des dialogues. Ces pages, pleines de verve et de nature], sont peut-être, avec Léonard et GertrudCy ce que Pestalozzi a écrit de meilleur. Dans le premier numéro, il se présente au lecteur en ces termes : « Le lecteur. Es-tu de ces gens qui ne sont jamais contents de rien? — U auteur. Non. — Le lecteur. Es-tu toujours satisfait? — L'auteur, Non plus. — Le lecteur. Es-tu de ceux qui tournent en ridicule le chapelet et le livre de prières des pauvres gens? — L'auteur, Non. — Le lecteur. Aimes-tu Voltaire? — Vauteur, Non. — Le lecteur. Et Rousseau? — L auteur. Davantage. — Le lecteur. Et Ganganelli (le pape Clément XIV)? — Vauteur. Tout comme Luther. — Le lecteur. Et ton physique? — Vauteur. Je suis laid. » Il faut relever, parmi les morceaux les plus intéressants, une étude sur la réforme de la législation criminelle, à laquelle Pestalozzi a donné une forme singulière : il suppose que Léopold, duc de *** (évidemment Léopold d'Autriche, duc de Tos-

pas adressé à son ami le libraire Ftissli, de Zurich. Un passage <rune lettre à Iselin nous l'explique : * La censure à Zurich est excessivement sévère et supprime presque tous les passages bons et utiles, ceux qui pourraient éclairer le peuple sur les choses qui le touchent de plus près. Un journal hebdomadaire bien fait, écrit avec chaleur, répondant bien aux besoins du peuple, rendrait certainement plus de services à l'éducation nationale que tous les livres. N'est-ce pas à Bâle qu'un journal de ce genre se publierait le plus facilement? Zurich pourrait alors Tacheter et le lire, mais il ne serait pas possible de l'y imprimer. - (Lettre du 4 janvier 1781.)

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