CHAPITRE V
Événements politiques des premiers mois de 1798. — Pestalozzi à Aarau. Il propose au Directoire helvétique la création d'un institut d'éducation. — Ses brochures politiques : Sur la dhne; Un mot aux conseils législatifs de l'Helvétie (juillet) ; A ma Patrie [août) ; Au peuple de rUelvétie (eioûi). — Il devient rédacteur du Helvetisches Volksblatt (août-décembre 1798). — Troubles du Nidvvald. Appréciations politiques de Pestalozzi. — Création de l'orphelinat de Stanz. Pestalozzi en devient directeur (décembre 1798). Détails sur son activité à Stanz. — Il (juittc Stanz en juin 1799; motifs de son éloignement.
La Révolution helvétique fut le résultat de laveugle obstination des gouvernements oligarchiques, dont la tyrannie était devenue intolérable, et qui, jusqu'au dernier moment, refusèrent de faire aucune concession. « Si Berne, dit l'historien suisse Hottinger, avait été assez magnanime pour émanciper le pays de Vaud, et Zurich assez sage pour accorder à temps une amnistie et une constitution libérale, la guerre civile et Fintervention française eussent été évitées. » Mais jamais le despotisme n'a cédé qu'à la force; et, pour obtenir la liberté que les oligarques lui refusaient, le peuple suisse
dut subir les maux de la guerre civile et de l'invasion étrangère.
Dès 1792, Pestalozzi avait prévu et redouté les événements qui s'accomplirent dans les premiers mois de 1798. « Je me réjouis, écrivait-il à Emmanuel de Fellenberg, d'apprendre que le danger d'une attaque contre notre patrie paraît écarté; d'autant plus que cette guerre produirait dès le premier instant — j'en ai la certitude — une scission dans la Confédération. Il faut tout faire pour conserver la paix, et assurer ensuite au peuple, dans la Suisse entière, un degré de liberté suffisant pour garantir aux gouvernements dans l'avenir l'attachement de tous les habitants. La chose est si facile * ! »
La chose eût été facile, assurément, et pourtant elle ne se fit pas. Quand le moment décisif arriva, en 1798, les meilleurs se divisèrent. Tandis que Pestalozzi, qui avait quitté sa retraite de Neuhof pour se rendre au milieu de ses amis politiques des communes zuricoises du bord du lac, était mêlé au mouvement populaire qui força le gouvernement zuricois à abdiquer *, son ami Emmanuel de Fellenberg combattait dans les rangs des défenseurs de Berne et voyait sa tête mise à prix par le commissaire français Mengaud. La révolution, appuyée sur les armées de la France, triompha des résistances que seul le patriciat bernois essaya de lui opposer. A la vieille ligue des treize cantons, les patriotes vainqueurs substituèrent (awil 1798) la République helvétique une et indivisible, dans laquelle les pays autrefois sujets eurent les mêmes droits que leurs anciens maî-