‹ Pestalozzi, étude biographiqueChapitre 62 sur 202 · Lettre du 5 décembre · texte numérisé non relu

Lettre du 5 décembre

2. M"" Zehnder-Stadlin a publié {Pestalozzi, pp. 823-828) plusieurs lettres écrites à cette époque par Pestalozzi à Lavater; on y voit Pestalozzi jouer le rôle d'un conciliateur officieux.

très. Un Sénat et un Grand Conseil exercèrent le pouvoir législatif; le pouvoir exécutif fut remis à un Directoire de cinq membres, assisté de six ministres ; chacun des dix-neuf cantons entre lesquels la constitution divisa le territoire helvétique eut à sa tête un préfet et une chambre administrative.

Pestalozzi se trouva compter parmi ses amis plusieurs des hommes que les événements venaient de porter au pouvoir, entre autres le directeur Legrand *, de Baie, l'un des plus nobles caractères de ce tempslà, le ministre de l'intérieur, Albert Rengger ', et le

1. Jean-Luc Legrand, né à Bâie en 1755, d'une famille flamande d'origine, reçut sa première éducation au célèbre pensionnat de Haldenstein (Grisons), dirigé par Martin Planta, puis étudia la théologie à Gœttingue et à Leipzig. Ses réflexions l'ayant conduit à rejeter les dogmes chrétiens, il renonça à la carrière ecclésiastique, se consacra à l'industrie, et fonda une fabrique de rubans qui prospéra. Lié avec Iselin et avec tous les partisans des réformes groupés dans la Société helvétique, membre du Grand Conseil de Bâle depuis 1783, il travailla de son mieux à améliorer les institutions de sa ville natale. Il avait adopté les principes de la Révolution française, et son influence contribua puissamment, en 1798, à gagner les Bâlois à la cause de la révolution helvétique, dont ils furent les premiers initiateurs. La haute considération qui s'attachait à sa personne, les sympathies générales que lui avait acquises la bienveillance de son caractère, le firent choisir comme président du Directoire helvétique. Mais il ne voulut accepter ces fonctions que pour un an ; et avant même que cette année fût écoulée, la mort de son beau-père l'obligea à résigner sa charge pour reprendre la direction de ses affaires industrielles. Bientôt après, il transporta sa fabrique en Alsace. En 1812, il fit la connaissance d'Oberlin, le célèbre pasteur du Ban-de-la-Roche ; désireux de l'aider dans son œuvre, il alla se fixer auprès de lui en 1814, pour se consacrer désormais tout entier à cet apostolat d'éducation populaire. Ce fut là qu'il passa les vingt-deux dernières années de sa vie. Il mourut en 1838.

2. Albert Rengger (1764-1835), fils du pasteur de Gebistorf qui engagea Pestalozzi à s'établir à Neuhof, fut destiné d'abord à la théologie, devint précepteur du jeune Emmanuel de Fellenberg, puis étudia la médecine. Après plusieurs années de séjour à

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ministre des arts et sciences, Slapfer *. C'était dans les réunions de la Société helvétique, auxquelles il avait recommencé à assister depuis 1795, qu'il avait rencontré ces représentants d'une génération plus jeune, qui voulait sérieusement des réformes et (fui sut les accomplir.

Dès les premiers jours de mai, Pestalozzi s'était rendu à Aarau auprès du Directoire. Les montagnards des petits cantons, opiniâtrement attachés à leurs institu* tions traditionnelles, avaient pris les armes contre le gouvernement helvétique. Une armée française, commandée par Schauenbourg , dut reprendre Lucerne tombé au pouvoir des insurgés, et occuper ensuite le canton de Schwytz, dont les habitants ne firent leur soumission qu'après une résistance désespérée dirigée par Reding, ancien colonel au service de l'Espagne. Sous l'impression de ces événements, Pestalozzi rédigea un appel aux habitants des anciens cantons

l'étranger, il se fixa à Berne en 1789, et entra en relations avec les plus distingués parmi ses compatriotes. Son savoir et ses aptitudes pratiques le désignèrent en 1798 au choix du Directoire helvétique, qui le nomma ministre de l'intérieur. 11 garda r.es difficiles fonctions pendant toute la durée de la République helvéticpie, et y mérita l'estime de tous. Il vécut ensuite à Lausanne pendant dix ans, comme médecin, devint membre du gouvernement du canton d'Argovie de 1814 à 1821, puis rentra <ians la vie privée.

1. Philippe-Albert Stapfer (1766-1840) était professeur de philosophie et de philologie à Berne, lorsque le Directoire helvétique lui confia le ministère des arts et sciences. Il se montra plein de zèle pour la réforme des écoles, mais les événements ne lui laissèrent pas le temps de réaliser ses projets. Devenu en septembre 1800 ministre plénipotentiaire à Paris, il eut la douleur de voir, en 180.3, l'Acte de médiation mettre fin à la République helvétique. Renonçant alors à toute fonction publique, il resta on France et y vécut pendant trente-sept ans encore, lié avec tout ce que Paris comptait de lettrés et de savants. Après sa mort, on a publié de lui, on français, des Mélanges philosophi- (fiies, avec une préface d'Alexandre Vinet.

HÉVOLUTIOX HELVÉTIQUE, SÎANZ (1*1)8-111)9). 4:2o

démocratiques * pour les engager à se rallier à la nouvelle constitution. Le Directoire helvétique décida (18 mai) l'impression de cet appel à 4000 exemplaires *. A en croire le récit de Pestalozzi dans son autobiographie, plusieurs de ses amis, le jugeant apte aux fonctions politiques, lui offraient à ce moment de lui faire obtenir quelque place importante et lucrative; mais il se souvint du conseil de Bluntschli mourant, et refusa. « A l'homme qui jouait à cette époque le premier rôle en Suisse, et qui usait de toute son influence pour me faire accepter une semblable position, je répondis : Je veux être maitre d'école '. »

Le 21 mai, en l'absence de Stapfer, qui se trouvait

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