Ibid., pp
furent massacrés, le bourg de Stanz fut en grande partie brûlé. Le rapport officiel du ministre de Tintérieur Rengger évalue le nombre des morts, du côté des Nidwaldais, à 386 (259 hommes, 102 femmes et 25 enfants), et celui des maisons incendiées à 340.
Le lendemain même du jour de la prise de Stanz, Pestalozzi écrivait pour le Helvetisches Volkshlatt un article où, tout en déplorant le sang versé et en exprimant sa pitié pour les victimes de la guerre, il affirniait de nouveau avec énergie que le peuple du Nidwald avait mérité son sort :
La corruption morale et politique a dû être bien profondément enracinée dans la masse de ce peuple, pour que l'odieux agent des prêtres, le capucin Paul, ait réussi à lui faire rejeter avec mépris, au nom d'un Dieu de charité, toute charité et toute conciliation; pour qu'il ait pu l'acheter ainsi à prix d'or et l'amener, par la violation de toutes les règles du droit politique et du droit de la guerre, par l'oubli de tout sens moral, à exaspérer contre lui l'ennemi au degré où il l'a exaspéré *.
Nous avons tenu à donner ces citations caractéristiques;* la plupart des biographes de Pestalozzi, animés de sentiments hostiles à la révolution helvétique, ont gardé sur ce sujet un silence qui peut donner à leurs lecteurs une idée absolument fausse de la manière dont Pestalozzi appréciait les événements du Nidwald *. On voit qu'il se place résolument du côté
1. Cet article est ainsi daté: Montag, den 10. Herbstmonat, ain Morgen, Œuvres, éd. Seyffarth, t. X, p. 307.
2. M. Morf et le D** Hunziker sont les seuls, croyons-nous, qui aient parlé avec impartialité du rôle joué par Pestalozzi dans la révolution helvétique. Môrikofer (Die schweizensche Literatur des 18. Jahf'hunderts, pp. 430 et 431) condamne en ces termes Tattitude de Pestalozzi en 1798 : « A répoque de la honteuse révolution {schmachvolle Hevolulion) de la Suisse, Pestalozzi, dans
IHi PESTALOZZI.
de la révolution et de la France; sans se laisser égarer par de fausses apparences, il dénonce les fauteurs de troubles comme les agents payés de l'Autriche, comme des traîtres à la patrie.
Quelques semaines après les événements du Nidwald, le gouvernement helvétique transféra son siège d'Aarau à Lucerne (octobre), et Pestalozzi l'y suivit. Ce fut alors que se produisit l'idée de créer à Stanz un asile pour les orphelins que la guerre avait privés de leurs parents. On ne sait pas au juste si c'est au ministre Stapfer ou au directeur Legrand qu'il faut en faire remonter Tinitiative. Quoi qu'il en soit, le 18 novembre 1798, un arrêté du Directoire helvétique décida la fondation de cet institut, et chargea les ministres Stapfer et Rengger de présenter un plan d organisation et de proposer un directeur pour l'établissement à créer. Rengger s'adressa à deux fonctionnaires qu'il avait délégués dans le Nidwald, Truttmann, sous-préfet d'Arth, et Meyer, et leur demanda de lui désigner ii deux époux à qui la direction de l'orphelinat put être confiée ». Les délégués cherchèrent en vain; le 30 novembre, ils répondirent qu'ils n'avaient trouvé persohne; ils ajoutaient que, c vu les dispositions du peuple, ils conseillaient de ne choisir quun catholique * ». Sans s'arrêter à cette sage recommandation, Stapfer et Legrand proposèrent à Pestalozzi
sa crovanco exaltée à la noblesse de la nature humaine cl aux firoits de riioninie, s'écarta si fort du chemin du droit et d'une sage politique, qu'il se laissa aller à se faire le porte-paroles de la révolution dans une série de petits écrits... Nous n'avons pu passer sous silence cette triste page de la vie de Pestalozzi {dièses diinkle Biall aiis Pestalozzi's Leben); nous avons dû montrera • quel point il avait pu méconnaître les principes de liberté et d'indépendance nationale. »