I. M«>rf, I, pp. !Oo-iOG
d'aller à Stanz. Celui-ci avait espéré jusqu'alors voir s'ouvrir bientôt l'institut d'éducation dont le Directoire avait déjà agréé le plan ; il désirait l'installer en pays protestant, et, si possible, à Neuhof même. Néanmoins, renonçant aussitôt à ses projets personnels, il accepta sans hésiter la proposition qui lui était faite. « L'ardent désir de réaliser enfin le grand rêve de ma vie m'eût fait consentir à tenter mon essai sur les plus hautes Alpes, sans feu ni eau, si j'ose aipsi parler, pourvu qu'on me permît d'essayer enfin * . »
Un arrêté du Directoire helvétique du 5 décembre remit « au citoyen Pestalozzi la direction immédiate de l'orphelinat de Stanz », et arrêta les détails du plan d'organisation; il affecta à cet établissement une partie des bâtiments extérieurs du couvent des Glarisses *, et ordonna au ministre de l'intérieur de mettre une somme de 6000 francs à la disposition du comité administratif, composé de Pestalozzi, de Truttmann, et de Businger, curé de Stanz ^
La nomination de Pestalozzi, les historiens sont unanimes à le reconnaître, fut une faute du Directoire. Les conditions où l'auteur de Léonard et Gertrude allait tenter son expérience pédagogique étaient les plus défavorables qui se pussent imaginer. La population ignorante et fanatique du Nidwald, encore toute frémissante des émotions de la lutte où elle avait succombé, devait voir d'un œil hostile l'envoyé du gouvernement helvétique, quelles que fussent la droiture de ses intentions et la largeur de sa charité.
i. Pestalozzi und seine Anstalt in Stanz (Wochenschrift fur Mensehenbildung, 2» éd., p. 100).
2. C'est par erreur que Pestalozzi {ihid., p. 100) appelle ee couvent le « couvent des Uvsvlines ».
:i. Morf, I, pp. 167-168.
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Puis il y avait la question religieuse : Pestalozzi n'était pas, sans doute, de ceux « qui tournent en ridicule le chapelet et le livre de prières des pauvres gens * », mais ce n*en était pas moins un « hérétique », et, comme l'avaient écrit Truttmann et Meyer, il eût fallu un « catholique ». Enfin, on sait tout ce qui manquait au solitaire de Neuhof, au point de vue des avantages extérieurs, pour conquérir lautorité nécessaire et faire respecter se personne. Mais Pestalozzi, nous venons de le dire, était décidé à ne reculer devant aucun obstacle. Plein d'ardeur et d'espoir, il quitta Lucerne pour Stanz le 7 décembre. Sa femme, qui était restée à Neuhof, se montrait inquiète; elle craignait qu'il n'échouât. Voici en quels termes il lui écrit pour la rassurer :
La question de savoir ce qui adviendra de ma destinée et de la vôtre ne peut plus rester longtemps douteuse. J'entreprends la réalisation de l'une des plus grandes idées de l'époque. Si ton mari n'a pas été méconnu, s'il mérite en effet le mépris et les rebuts qu'on lui a infligés, il n'y a pas de salut pour nous. Mais si j'ai été mal jugé, si je vaux ce que je crois valoir, tu peux attendre bientôt de moi secours et appui. Mais pour l'instant tais-toi, chacun de tes mots me perce le cœur. Je ne puis supporter ton éternelle incrédulité. Ainsi, écris-moi des paroles d'espérance. Tu as attendu trente ans : attends encore trois mois. Je n'ai pas encore ici d'enfants ; on travaille aux réparations du bâtiment. Le gouvernement soutient l'entreprise avec sagesse et me montre de la bienveillance *.
Les premiers élèves entrèrent dans l'établissement le 44 janvier 4799 ^. Déjà quatre semaines plus tard, Truttmann pouvait écrire au ministre Rengger : « L'orphelinat va bien. Le père Pestalozzi travaille
. 1. Schwelzerblatt. Voir plus haut, p. 57.
2. Cette lettre, dont le texte avait été transcrit par M"® Pestalozzi dans son journal, a été publiée par M. Morf, t. I, p. 168.