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Nous devons cependant relever ce fait, mentionné par

Revenons à l'institut de Burgdorf, dont les jours étaient désormais comptés. Un moment Pestalozzi avait pu espérer que, sous le nouveau régime de l'Acte de médiation, les hommes au pouvoir continueraient à s'intéresser à son œuvre ; en effet, la Diète helvétique, réunie à Fribourg en juillet et août 1803, lui avait témoigné de la bienveillance. On lit ce qui suit dans une note de la préface de la brochure de Neef que nous venons de mentionner :

La première Diète helvétique, dans ses travaux importants pour mettre à exécution l'Acte de médiation du premier consul, n'a pas cru devoir se séparer sans s'occuper de l'institut de Berthoud, de ce phénomène qui parait destiné à contribuer à la gloire nationale de l'Helvétie. C'est le sort de toutes les nouveautés d'éprouver des contradictions; et la nouvelle invention de M. Pestalozzi n'a point échappé à la destinée commune. Ses détracteurs, dans une critique assez amère, l'ont traitée de charlatanisme, et l'ont mise au rang des prétendues découvertes de Mesmer et consorts; mais la commission nommée par la Diète pour lui faire un rapport sur cette nouvelle méthode d'instruction en a rendu un compte bien honorable pour son auteur. Le lanclamman de la Suisse, M. d'Afiry, dans un discours prononcé à ce sujet, a recommandé à ses compatriotes un établissement qui ne peut que contribuer au bien-être du genre humain, et les a engagés à venir au secours de son auteur par tous les moyens possibles. « Le nom qu'il s'est fait, a dit M. d'Affry, nous impose des devoirs envers lui. Si nous n'accordons pas à M. Pestalozzi l'appui qu'il nous demande, on dira encore de nous ce qu'on a déjà dit autrefois, que nous avons vendu au poids de l'argent le diamant du duc de Bourgogne. » Le discours du landamman fut généralement applaudi.

Pompée, qu'à la suite de la visite faite par le premier consul à l'orphelinat où enseignait Neef, « une commission fut nommée pour rendre compte de cet essai ; et M. de Wailly, proviseur du lycée Napoléon, déclara dans son rapport que cette méthode pourrait être fort utile aux enfants que l'on destinait aux arts mécaniques ». (Pompée, ibid., p. 187.)

BURGDORF ET MÛNCHENBUCHSEE (1801-1805). 203

Mais ce n'étaient là que des paroles. Les actes n'y répondirent guère. Non seulement Pestalozzi se vit privé des subventions qui lui avaient été accordées (i600 francs par an pour lui, 800 francs pour Krûsi et Buss), mais on réclama de lui le remboursement de l'avance de 4000 francs qui lui avait été faite pour l'impression des livres élémentaires; heureusement, quelques gouvernements cantonaux (Zurich, Vaud, Argovie, Saint-Gall, Thurgovie, Schaffhouse et Zug) consentirent à prendre à leur charge une partie de cette dette, en sorte que Pestalozzi n'eut à rembourser que 1400 francs l. La Diète avait exprimé l'espoir que « le gouvernement du canton de Berne laisserait à l'établissement de Pestalozzi la jouissance du local qu'il occupait » ; or, précisément, le gouvernement bernois se trouva avoir besoin du château de Burgdorf pour y loger le nouveau préfet du district. Cependant, quel que fut le mauvais vouloir des conservateurs de Berne à l'égard de Pestalozzi, ils n'osèrent pas le déposséder brutalement de l'asile que lui avait accordé le gouvernement helvétique; l'avoyer de AVattenwyl déclara lui-même que, « vu l'engouement extraordinaire dont la nouvelle méthode d'enseignement était l'objet et le nombre de ses partisans en Allemagne et même en France, il n'était pas prudent de prendre ouvertement parti contre elle; et qu'une sage politique commandait de ne pas s'opposer à la continuation de l'établissement 2 ». Après des négociations qui durèrent plusieurs mois, le Petit Conseil du canton de Berne décida (26 février 1804) que Pestalozzi aurait à évacuer le château de Burgdorf avant le 1er juillet 1804, mais

1. Pour les détails de cette affaire, voir Morf, III, pp. 1-10.

2. Rapport en date du 2 octobre 4803, cité par M. MorJ', t. III. p. 15.

qu'en échange celui de Mùnchenbuchsee serait mis gratuitement à sa disposition; seulement, cette dernière faveur n'était concédée que pour une année, et le gouvernement se réservait d'en accorder ou d'en refuser le renouvellement * .

La translation de l'institut pestalozzien à Mùnchenbuchsee eut deux conséquences importantes : le dédoublement de l'institut, et la substitution momentanée de Fellenberg à Pestalozzi comme directeur de l'une des deux moitiés de l'institut ainsi divisé.

La ville d'Yverdon, ayant appris que Pestalozzi devait quitter Burgdorf, lui offrit (février 1804) la jouissance de son château s'il voulait y transporter son établissement 2. Pestalozzi, à qui le château de Mùnchenbuchsee était déjà assuré pour un an, eut l'idée de profiter de l'offre de la ville d'Yverdon pour créer un second institut, qui, placé en pays de langue française, contribuerait à la vulgarisation de sa méthode. Dans une lettre écrite au Conseil d'État du canton de Vaud (22 mai 1804), il annonce que « son institut, fondé dans le canton de Berne, s'est agrandi outre mesure, et que le nombre des maîtres formés d'après sa méthode dépasse actuellement ses besoins, en sorte qu'il se trouve en situation cle pouvoir consacrer ses soins et sa personne à un nouvel institut pendant six mois de l'année au moins 3 ». L'affaire s'arrangea sur ces bases;

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