L'INSTITUT D'YVERDON : PREMIÈRE PÉRIODE
l'institut pour y jouer le rôle de conciliateur entre Schmid et Niederer.
Dans le cours de l'année 1808, un changement survint dans l'administration financière de l'institut. M. Colomb-Roulet, à la suite d'un incident qui avait froissé sa susceptibilité ', donna sa démission pour entrer au service de Fellenberg; il fut remplacé par un Zuricois, Escher. En même temps, Pestalozzi institua une commission de contrôle financier, composée de Mieg, Hofmann et Custer.
Le discours de Pestalozzi au 1er janvier 1809 indique la satisfaction qu'il éprouve à voir la tournure que paraissent prendre les affaires de l'institut, ce Beaucoup de chagrins, dit-il, beaucoup de soucis qui pesaient sur moi il y a un an, m'ont quitté; beaucoup de fardeaux que je portais alors sont devenus plus légers. Notre nombre s'est accru; notre union a augmenté; la confiance qu'elle inspire a augmenté aussi. L'attention donnée à notre œuvre a atteint le plus haut degré que nous puissions espérer. Les yeux de beaucoup de milliers d'hommes distingués et généreux sont fixés sur nous. » Mais si la vogue de son institut a rendu à Pestalozzi la confiance dans l'avenir, elle lui a fait perdre de vue, d'une manière singulière, ses anciennes aspirations. « On a prétendu, dit-il, que par ma méthode je cherche seulement à donner au pauvre, à l'affamé, un meilleur gagne-pain; mais cette erreur disparaîtra.
1. Von Tùrk avait prêté en 1805 50 louis à Pestalozzi. Lorsqu'il passa à Francfort en juin 1808, Lejeune, père de deux des pensionnaires d'Yverdon, lui remit 40 louis, représentant une année de la pension de ses fils. Von Tùrk garda la somme en déduction de ce qui lui était dû par Pestalozzi. Colomb-Roulet, n'ayant pas été prévenu, envoya plus tard à Lejeune une note où il n'avait pas été tenu compte de ce payement de 40 louis. De là des malentendus et des récriminations réciproques. (Morf, IV, p. 156.)
268 i>ËSTALOZZI.
Chers enfants, c'est vous qui la ferez disparaître. Cette erreur ne provient pas de ma personne ni de l'éducation qui vous est donnée sous ma direction; ce qui l'a produite, ce sont des idées momentanées exprimées dans mes livres (Augenblicks-Ansichten meiner Bûcher) , des moyens spéciaux indiqués pour le développement de certaines dispositions et de certaines facultés. Votre présence ici est un démenti donné à cette opinion, et mon cœur en est réjoui i. »
Sous cette impression d'une amélioration générale de la situation, Pestalozzi se décida à une démarche qui a été diversement commentée. Il adressa à la Diète suisse, le 20 juin 1809, une demande tendant à obtenir « qu'elle daignât donner une marque publique d'attention, soit à l'institut d'Yverdon, parvenu à un haut degré de développement et de perfection, soit à la méthode d'éducation élémentaire qui s'y trouve établie, et qui, ayant obtenu les suffrages de plusieurs États et d'un grand nombre d'hommes savants et considérés, fixe maintenant les regards de toute l'Europe 2 ». Le protocole ajoute : ce Renonçant d'avance à toute espèce de secours, dont il n'a nul besoin, Pestalozzi espère que la Diète attribuera sa demande au motif naturel et profondément senti qui l'a dictée, savoir au désir de voir sa patrie agréer le fruit de ses méditations et travaux, et l'œuvre de sa vie. Sa demande n'a d'autre but que des recherches à faire sur son institut et sur sa méthode, par des hommes entendus, que le landamman enverrait sur les lieux au nom de la Diète et avec des instructions convenables. »