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2. Pestalozzi avait été prévenu, dès le printemps de 1810, de la mission dont Jullien venait d'être chargé; il en parle dans sa lettre au landamman d'Affrv, écrite en mars 1810. (Morf, IV, p. 228.)

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de la République helvétique Laharpe !, qui n'avait pas cessé de suivre avec sympathie les travaux de Pestalozzi. Il fit à l'institut un séjour de deux mois, étudiant avec le plus grand soin la méthode et tous les détails de l'organisation de l'établissement; et lorsqu'il partit, il emmena avec lui un élève de Pestalozzi, Egger, comme précepteur cle ses fils, pour les initier à la méthode avant qu'ils entrassent à l'institut d'Yverdon 2, où les deux aînés furent envoyés par leur père l'année suivante. Arrivé en Italie, Jullien rédigea les observations qu'il avait recueillies à Yverdon, et en tira la matière d'un ouvrage en deux volumes intitulé Esprit de la méthode d'éducation de Pestalozzi (Milan, impri-

1. Voici la lettre de Laharpe, publiée par M. Morf (t. IV, p. 273) :

« Monsieur et très cher concitoyen,

« Le porteur du présent billet est M. Jullien, inspecteur aux revues, que j'ai eu l'avantage de connaître à Paris. La réputation de votre établissement devait intéresser un homme que ses occupations d'office n'empêchent pas cle cultiver les lettres, et qui a publié un ouvrage fort estimé sur l'emploi du temps. Celui qui emploie aussi bien le sien ne veut pas abuser de celui d'autrui, mais il désire voir et bien voir par lui-même; comme vous le désirez aussi. Veuillez le mettre à portée de se satisfaire.

« Quoique je garde le silence depuis si longtemps, je n'en continue pas moins à prendre la part la plus sincère à tout ce qui vous intéresse, à votre établissement en particulier, que j'espère visiter l'an prochain. Rappelez-moi, je vous prie, au souvenir de vos collaborateurs. Une petite place dans le cœur des amis des vraies lumières fait du bien. Adieu, mon cher Pestalozzi, poursuivez avec courage. Je vous souhaite santé et force, vous avez tout le reste. Agréez les assurances sincères de mon entier dévouement.

« F.-C. Laharpe.

« Plessis-Piquet, arrondissement de Sceaux (département de la Seine), le 8 juillet 1810. »

2. Note de Jullien, dans la 2e édition de son Exposé de la méthode d 'éducation de Pestalozzi, 1842, p. xxiv*

merie royale, 1812 l); l'introduction de cet ouvrage fut imprimée à part, la même année, sous ce titre : Précis sur l'institut d'éducation à Yoerdon. Cet écrit de Jullien est fort utile à consulter à titre de document historique reproduisant la déposition d'un témoin oculaire. Mme Guizot en rendit compte dans les Annales de V éducation, année 1813 2.

Schmid, après son départ d'Yverdon, s'était d'abord retiré dans sa famille à Au. Ainsi qu'il l'avait annoncé, il voulut faire connaître publiquement son opinion sur les instituts d'éducation, et sur celui d'Yverdon en particulier : il l'exposa dans une brochure intitulée Expériences et opinions sur V éducation, les instituts et les écoles 3, et datée cl'Au, le 8 août 1810. C'est l'œuvre mal digérée d'un jeune homme absolument étranger à l'art d'écrire, et qui, pour la première fois, cherche à se rendre compte de ses idées, parfois contradictoires : on y retrouve l'écho des conversations entre K. von Raumer, Schmid et Pestalozzi durant l'hiver précédent.

La pensée essentielle, qui revient à chaque page, c'est que l'éducation est la tâche des parents, qu'elle doit se faire au foyer domestique, à moins que les cir- : constances ne rendent la chose impossible. L'auteur. | distingue deux périodes dans l'éducation : la première j va de la naissance jusqu'à l'âge de douze ou quatorze ans ; la seconde, de douze ou quatorze ans jusqu'à

1. Cet ouvrage a été plus tard réimprimé en an seul volume j: intitulé Exposé de la méthode d'éducation de Pestalozzi. par |[ Marc-Antoine Jullien. de Paris ; L. Hachette, 1842.

2. Étude sur Pestalozzi et son biograp/ie Jullien. (Annales de l'éducation, t. V, pp. 10, 73. 143, 193.)

3. Erfahrungen und Ansichten ùber Erziehung, Institute und , Schulen: Heidelberg. chez Mohr et Zimmer. in-S, 146 p.

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l'âge adulte. Les instituts d'éducation, tels qu'ils existent, sont absolument mauvais pour les enfants du premier âge, auxquels la vie de famille est indispensable. Les parents doivent donc garder leurs enfants auprès d'eux au moins pendant la première période de l'éducation. Ceux-là sont coupables qui se déchargent de ce devoir en plaçant leurs enfants dans des instituts, et c'est une honte pour l'humanité que de tels instituts existent.

Et vous, maîtres et éducateurs des instituts, s'écrie l'auteur, si vous vous sentez capables d'élever des enfants, sortez de vos instituts qui ne vous conduiront jamais au but; pas plus que les casernes ne peuvent faire le salut et le bonheur d'un pays, une semblable éducation de caserne ne peut être bonne pour la jeunesse J.

Pour les enfants du second âge, Schmid admet des « instituts d'enseignement » (Lehr- oder Unterrichtsanstalten); mais il recommande aux parents de n'y pas placer leurs enfants avant l'âge de treize, quatorze ou quinze ans; et il ajoute qu'il serait préférable de les garder dans la famille et de leur faire suivre les classes d'une école.

Quelques pages intéressantes traitent des écoles publiques : Schmid recommande d'apporter un soin particulier aux exercices physiques, ainsi qu'aux occupations techniques; quant à la culture intellectuelle, au développement de la force intérieure par laquelle l'homme produit lui-même ses connaissances, c'est aux mathématiques qu'il faut la demander en première ligne.

Le dernier tiers de l'ouvrage est consacré à un examen critique de l'institut d'Yverclon :

t. Erfahrungen und A?isichten, p. i0,

L'institut de Pestalozzi, demande Schmid, doit-il aussi être rangé dans la catégorie de ceux dont j'ai dit qu'ils sont une honte pour l'humanité?

Et il répond :

Oui, mais Pestalozzi doit être distingué de son institut. Il ne sait pas lui-même comment il s'est trouvé placé à la tête d'un institut d'éducation. Le monde lui a imposé ses désirs et ses opinions: il s'est laissé faire, innocent et résigné l.

Puis il ajoute :

Si l'institut d'Yverdon mérite le blâme, je le mérite dix fois plus; car pendant tout ce temps j'y ai enseigné, j'ai tenu de plus près à Pestalozzi que personne; j'étais, je puis le dire, le véritable fils de la maison, j'avais obtenu toute l'influence possible : et pourtant j'ai tout laissé faire. J'étais alors mineur, je ne me rendais pas compte des choses, et tout l'institut était dans ce même état de minorité, en sorte que les fautes commises peuvent nous être pardonnées. Mais maintenant que les yeux se sont ouverts, il faut changer de voie, à moins de vouloir persévérer sciemment dans l'erreur 2.

Le remède, selon lui, eût consisté à réorganiser l'institut en lui assignant un but unique et bien défini, et en renonçant résolument à tout le reste. On pourrait : 1° ou bien en faire un pensionnat destiné à la première période de l'éducation : « s'il y a un homme né pour élever des enfants de cet âge, c'est Pestalozzi ; mais il faudrait que le nombre des enfants ne dépassât pas son cœur, sa tête et ses forces » ; 2° ou bien en faire un institut pour l'instruction de jeunes gens arrivés au second âge; « mais les collaborateurs lui manqueraient pour cela »; 3° ou bien y travailler à l'organi-

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