Morf, IV, pp
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en nombre suffisant des élèves espagnols, français et anglais... L'idée de Pestalozzi, pour être reconnue et exécutée, a besoin de l'union des forces qui sont données à chacun de nous. Nous ne nous heurterions dans aucune chose essentielle, car nous nous connaissons mutuellement. Chacun de nous pourrait se mouvoir librement dans la sphère que lui assignerait sa nature, sa force et le besoin de l'établissement. J'ose dire que je me sens élevé au-dessus de l'égoïsme et de l'ambition; et ainsi nous lutterions ensemble, appuyés sur Pestalozzi et groupant fraternellement tous les autres autour de lui, pour la réalisation du plus noble but *.
Schmid répondit sur-le-champ que l'espoir d'une carrière publique, qu'il avait tant souhaitée et dans laquelle il s'était promis de réaliser de si grandes choses, s'évanouissait maintenant comme un beau rêve, et qu'il serait heureux de revenir auprès de Pestalozzi pour travailler à ses côtés et ne plus se séparer de lui. « L'expérience a épuré mes opinions, ajoute-t-il; je suis convaincu qu'il y aura entre nous harmonie et amitié. Moi aussi je me sens élevé audessus de l'ambition et de l'égoïsme. Il m'a coûté de la peine pour vaincre mon naturel un peu emporté et violent; mais j'y ai réussi dans la limite où le temps l'a permis 2. »
1. Cette lettre de Niederer est du 16 décembre 1814. M. Morf, qui en a eu l'original sous les yeux, a rectifié, en constatant cette date (t. IV, pp. 398 et 400)» une erreur dans laquelle étaient tombés les autres biographes. En effet, Schmid, qui a cité des passages de cette lettre dans sa brochure Wafirheit iind Irrthum, lui avait attribué inexactement la date du 16 février 1814; il en était résulté qu'on plaçait la proposition cle revenir à Yverdon, faite à Schmid par Niederer, au commencement de l'année 1814, au lieu cle la placera la fin de cette même année, et que Schmid était censé avoir attendu presque un an entier avant de se décider. Nous avions nous-même présenté les choses de cette façon dans notre article du Dictionnaire de pédagogie, p. 2332.
2. Biber, Beitrag ziir Biographie Heinrieh Pestai ozzïs. p. #04.
Ml
Le mois de janvier 1815 amena de nouvelles querelles entre Pestalozzi et Niederer. Le caractère de Pestalozzi, qui n'avait jamais été bien équilibré, devenait tous les jours plus faible et plus violent à la fois; incapable de diriger sa maison, il se cramponnait avec une ténacité sénile à l'ombre d'autorité qu'il avait conservée; passant d'un extrême à l'autre, tour à tour on le voyait se livrer à des accès d'emportement déraisonnable contre les personnes de son entourage, ou bien s'humilier devant elles et les supplier à genoux d'avoir pitié de lui. La raideur de Niederer et son obstination à vouloir imposer ses idées systématiques, qui contrariaient les tendances personnelles de Pestalozzi et sa manière d'être, l'exaspéraient particulièrement, et à chaque instant éclataient entre eux des scènes violentes.
Le 2 janvier, Pestalozzi écrit à sa femme et à Lisabeth : « Le jour de l'an est passé; jamais il ne nous a apporté si peu de plaisir. Mon discours a été mal interprété par M. et Mme Niederer % et il y a des mécontentements dans la maison... J'ai hâte cle vous avoir auprès de moi; venez dès que le temps le permettra... La maison est à moi, et elle sera à vous après moi. La commission économique fonctionne à ma satisfaction, et tout ira bien.")) Quelques jours plus tard, il écrit : ce Je voudrais que l'hiver fût fini et que vous fussiez déjà près de moi. Mes yeux sont affaiblis, mais je ne suis pas encore aveugle, — je vois, et je souhaite que vous arriviez bientôt. On me reproche de nouveau de ne pas donner les pouvoirs nécessaires à ceux qui doivent gouverner. Je ne le ferai jamais; car je veux
1. Il s'agit d'une phrase où il disait « qu'il se sentait abandonné de tous, et qu'il n'avait plus d'espoir qu'en Dieu ». (Morf, TV, j p. 383.)
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continuer à gouverner moi-même, et maintenant plus que jamais, puisque cela va bien. » Et encore vers le milieu du même mois : « Gela continue à aller très bien. Je suis maître chez moi comme jamais, et chacun est gai et content. Niederer n'a plus la moindre influence. Dans les classes et partout régnent l'activité et l'ordre. Quand je parle, on m'écoute. J'ai vaincu, et je suis devenu le maître comme je ne l'avais jamais été... Quand vous reviendrez, tout cela vous réjouira *. » Mais, à la fin de janvier, il y avait eu cle nouveau un orage intérieur, ainsi que le montre ce billet, envoyé par Pestalozzi à Niederer après une nuit d'insomnie, et dont le langage bizarrement imagé révèle l'exaltation fébrile de l'écrivain :
Après une nuit épouvantable. Le sang de l'agneau dans la gueule du lion ne le fait pas frémir; au contraire, c'est pour lui comme le lait de la mère pour le nourrisson; car la férocité est sa nature. Je ne t'adresserai plus désormais aucune prière, aucune plainte ne sortira plus de mes lèvres. Dieu viendra en aide au malheureux qui avait mis son espoir en toi : il l'empêchera de désespérer clans sa misère, de désespérer de toi et de lui-même. A toi, à la fin de ce mois cle janvier dont l'anniversaire a été célébré par toi avec des paroles si pleines d'élévation religieuse et de sentiment filial.
Dans le courant de février, on découvrit de fâcheuses irrégularités dans la comptabilité de l'institut. Il fallut congédier le nouveau gérant et sa femme. A la suite de cet incident, la « commission économique » résigna ses fonctions, et Pestalozzi reprit toute sa liberté.
Le personnel enseignant allait s'augmenter de plu-