DEUXIÈME PÉRIODE
nant avec elle la fidèle Lisabeth. Elles arrivèrent à Yverdon au milieu de mars 1815, à la grande joie de Pestalozzi. Lisabeth fut réinstallée dans ses fonctions de ménagère.
Schmid fit sa rentrée à l'institut au commencement d'avril, comme il l'avait annoncé.
Nous avons déjà rappelé le grand bouleversement politique qui signala l'année 1814 Nous devons nous y arrêter un instant, à propos d'un écrit de Pestalozzi qui fut provoqué par ces mémorables événements. Pestalozzi s'était réjoui de la chute de Napoléon, en qui il voyait un ennemi de l'éducation populaire; il espérait que les souverains alliés, qui avaient promis à leurs peuples la liberté, tiendraient leur parole. Il ne tarda pas à être désabusé. Le rétablissement de la paix, tout au moins, fut le résultat du triomphe cle la coalition. Un autre résultat, moins satisfaisant, fut la modification apportée dans la constitution politique de la Suisse; des coups d'État au profit des patriciens eurent lieu dans les principales villes; l'Acte de médiation fut aboli et remplacé par un Pacte fédéral, que le Congrès de Vienne sanctionna en 1815, et qui ramena la Suisse de vingt ans en arrière. Pestalozzi, cette fois encore, jugea de son devoir de citoyen de faire entendre sa voix au milieu de la crise : il écrivit en 1814 et publia en 1815 une brochure politique, assez volumineuse, mais qui n'eut aucune influence sur l'opinion. Très déclamatoire et reproduisant une partie clés idées des Nachforschungen^ l'appel de Pestalozzi A Vinnocence. au sérieux et à la magnanimité de mon époque et de ma patrie1 est une
1. An die Unschuld, den Ernst und den Edelmuth nleines Zeitalters und meines Vaterlandes; Yverdon, 1815.
œuvre pleine de nobles sentiments, mais où la décadence intellectuelle commence à se faire sentir.
Lorsque Schmicl arriva à Yverdon, il trouva Pestalozzi fort indisposé contre Niederer; la présence de Mmc Pestalozzi et de Lisabelh avait contribué à rendre la situation plus tendue. « Mme Pestalozzi, raconte Schmid, me demanda sans détours, le jour même de mon arrivée, si je venais pour Niederer ou pour son mari. Ma réponse fut simple. Mais je lui montrai la nécessité d'endurer et de se taire *. »
Reçu par Niederer en allié et en frère, Schmid proposa et fit accepter des réformes salutaires. Il possédait Fart, inconnu à Niederer, de diriger Pestalozzi et de triompher de son entêtement en ménageant sa susceptibilité et en lui laissant croire qu'il décidait et gouvernait lui-même. Sur l'initiative de Schmicl, un certain nombre de maîtres inutiles furent renvoyés (il y avait à ce moment-là vingt- deux maîtres pour soixante-dix huit élèves, dont seize n'étaient que des demi-pensionnaires -) ; le traitement de ceux des maîtres restants qui recevaient plus de trente louis fut réduit de moitié, à partir du 1er juillet, et le nombre des leçons que chacun d'eux avait à donner fut augmenté ; on fit rentrer des créances arriérées, on supprima des dépenses inutiles; l'imprimerie qui avait été installée au château dut enfin disparaître. Une régularité inconnue auparavant fut introduite dans la marche de l'établissement. Pestalozzi, heureux de se sentir secouru et protégé par une main énergique, approuvait tout ce que voulait Schmid ; et si indispensables étaient les mesures sévères prises par celui-ci contre les