‹ PestalozziChapitre 154 sur 201 · WahrheiL und Irrthum, p · texte numérisé non relu

WahrheiL und Irrthum, p

■1. Meine Lebensschicksale, p. 60;

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abus, que chacun se soumit d'abord sans murmurer. Niederer et sa femme applaudissaient à des actes de vigueur dont ils voyaient clairement l'urgente néces- ! site *. Quant à Mme Pestalozzi et à Lisabeth, elles se ; montrèrent les plus fermes alliées de Schmid, qui j leur apparaissait comme le sauveur de la maison. Mais il y eut clés mécontents; et, une fois que le danger d'une imminente dissolution de l'institut parut conjuré, ces mécontents commencèrent à manifester ostensiblement le déplaisir que leur causaient l'attitude et les procédés de 'Schmid. Une ligue se forma contre lui. Sur ces entrefaites, Mme Pestalozzi vint à mourir (11 décembre 1815), à l'âge de soixante-seize ans. Très affligé de la perte de sa compagne, Pestalozzi

1. Mmo Niederer écrit à Murait, le 9 mai 1813 : » L'état de l'institut a été longtemps désespéré, ainsi que l'état des esprits, en qui ne subsistait plus ni courage, ni confiance dans la possibilité de maintenir l'existence de l'établissement... Mais réjouis-toi avec nous, cher et fidèle ami; l'association qui s'est fondée pour le bien de l'humanité est plus solide que jamais, la Providence veille sur elle. Stérn, un homme capable et excellent, est ici comme maître. Nabholz, l'homme si respectable et si respecté de tous, reviendra certainement. Boniface, un Français, enseigne sa langue avec zèle et savoir. Leuzinger, très distingué dans les mathématiques; Egli, comme maître élémentaire de langue et de calcul; Schreiner, comme maître élémentaire; Hientsch, comme maître de musique actif et instruit; Angelini, un Italien, comme maître de dessin, très habile; et enfin, comme le nerf de l'ensemble, Schmid, qui nous est rendu, mûri et ennobli par l'expérience et la culture, et qui travaille au milieu de nous plein de force et d'activité, et probablement n'abandonnera plus un champ d'action qui convient à sa force et à son cœur : songe à une semblable association, à cette belle source d'espérances, et réjouis-toi avec nous de l'issue de la lutte. » (Lettre citée par M. Morf, t. IV, p. 423.) Il est singulier que Mme Niederer ne fasse pas mention de Kriisi. Quant à Niederer lui-même, comme depuis son mariage il vivait chez sa femme et n'allait à l'institut que pour y donner l'enseignement religieux, il est naturel qu'elle ne le désigne pas comme un membre de la collectivité réunie dans les murs du château.

trouva pourtant une consolation dans la pensée que « sa femme était morte avec la conviction que l'œuvre de son mari était sauvée » ». Mais la mort de MmePestalozzi allait devenir le signal d'une levée de boucliers contre Schmid, de la part de ceux que le gouvernement énergique du nouveau venu avait dérangés dans leur indolence ou blessés clans leur amour-propre 2.

Le 3 janvier 1816, dans une des réunions périodiques des maîtres de l'institut, Schmid fut violemment attaqué par le plus grand nombre des maîtres présents, et surtout par les Allemands, ce Nous, maîtres allemands », a écrit plus tard l'un d'eux, le Saxon Blochmann, « que la personne de Pestalozzi avait seule attirés dans l'institut, et qui, dans notre affection pour lui, voulions bien le servir, mais non servir l'impé-

4. Lettre à M»« de Halhvyl, du 30 décembre 1813. (Môrf, IV, p. 432.) — Deux ans auparavant, lors d'une maladie de Mme Pestalozzi, Rosette Kasthofer écrivait dans son journal ces paroles : •< Comment Pestalozzi supporlera-t-il le coup qui rompra un jour ce lien conjugal de plus de quarante-cinq années? Ils s'aiment tendrement, et ont fait de grandes choses l'un pour l'autre au cours de leur existence; pourtant, il y a en eux deux âmes distinctes qui ne pourraient jamais se réunir pour se confondre en une seule. En elle mourra une femme aimée, une digne et fidèle compagne, mais pas une parcelle du moi de Pestalozzi. 11 demeurera tout entier, lors même qu'il l'aura perdue pour toujours; et c'est là-dessus que je fonde l'espoir certain de le voir triompher de la douleur qu'il ressentira. » (Morf, IV, p. 374.)

2. Schmid dit (Wahrheit und Irrthum, p. 41) que la querelle entre Niederer et lui commença le jour même de l'enterrement de Mme Pestalozzi. Une lettre de Nabholz à Pestalozzi, du 19 décembre 1815, citée par M. Morf (t. IV, pp. 433-435), paraît faire allusion à ce dissentiment. Nabholz y parle de la disposition de Schmid à mépriser tout ce qui n'est pas mathématiques, de la nécessité de la coopération effective de Niederer à la direction de l'institut. « 11 faut, dit-il à Pestalozzi, que Schmid et Niederer se donnent la main; alors ta maison sera sauvée... Père, cette alliance entre Schmid et Niederer, tu dois à tes amis, à ton entreprise, a l'humanité, de la réaliser. •>

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rieux Schmid, nous fûmes les premiers, révoltés que nous étions de nous voir abaissés à une condition si humiliante, à nous prononcer contre lui *. » Boniface prit énergiquement la défense cle Schmid. Le lendemain celui-ci déclara par écrit que, devant ces protestations, il se retirerait, laissant la place libre aux mécontents. Naturellement Pestalozzi prit le parti de Schmid; il fit à Niederer de vifs reproches. Niederer répondit que Schmid ne s'était pas montré à la hauteur de sa mission et avait trompé l'espoir que tous plaçaient en lui : « L'homme qui aurait dû être le général est tombé d'une façon de jour en jour plus visible dans un étroit esprit de caporalisme ».

Le 5 janvier, dans une nouvelle réunion des maîtres, Boniface lut un mémoire dans lequel il cherchait à démontrer que l'institut avait été précédemment mis en péril par la faute de certains collaborateurs de Pestalozzi, Niederer, Kriïsi, Ramsauer et autres, et que Schmid, au contraire, avait sauvé la situation par ses réformes. Niederer, indigné de se voir mis en cause, écrivit à Pestalozzi que le langage de Boniface était une infamie, et que désormais lui, Niederer, ne remettrait pas les pieds à l'institut. Le dimanche 7 janvier, une déclaration fut signée par la plupart des maîtres, portant qu'ils ne pouvaient plus exercer d'action utile sur les élèves, tant que Schmid persévérerait dans sa manière d'agir à leur égard. Pestalozzi réussit toutefois à apaiser les esprits : il réunit le lendemain les deux, partis, fit un discours touchant, entrecoupé de sanglots, et obtint le rétablissement momentané de la paix. Niederer consentit à reprendre ses leçons.

1. Blochmann, Heiriri'ch Pestalozzi, Ziïf/e aus dem Bilde seines Lefens, p. 101,

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Mais un nouvel orage allait bientôt éclater. Une querelle eut lieu (3 février) entre Boniface et Blochmann; ce dernier traita son collègue de « méprisable polisson » . Blochmann ayant refusé de rétracter cette injure, Pestalozzi lui signifia qu'il eut à quitter l'institut sur-le-champ. Soutenu par Niederer, Krùsi et Ramsauer, Blochmann alors rédigea un véritable acte d'accusation contre Schmid; ce document, signé par lui et par quinze autres personnes, maîlres, sousmaîtres ou adultes séjournant dans l'institut, fut remis solennellement à Pestalozzi, le dimanche 4 février. Celui-ci convoqua le même jour les mécontents à une conférence où Schmid lut une défense écrite. Comme ils se montraient intraitables et exigeaient que Schmid fût renvoyé, Pestalozzi leur déclara qu'il ne céderait pas, et qu'ils étaient libres de partir s'ils en avaient envie. Blochmann et les autres signataires de la protestation quittèrent l'institut peu de temps après *. Les Allemands retournèrent clans leur pays; Ramsauer partit pour "Wurzbourg - . Quant à Krùsi, il se sépara de Pes-

1. Nous avons résumé ces incidents d'après le récit do M. Morf, t. IV. pp. 438-462.

2. Ramsauer avait accepté une place dans un établissement d'éducation nouvellement fondé à AYurzbourg. Il se sépara à l'amiable de ses collègues d'Yverdon: une lettre de Schmid à ) Pestalozzi (qui se trouvait en ce moment à Zurich: voir p. 330) | contient le récit du banquet d'adieu qui fut offert à Ramsauer. | le 4 avril, et dans lequel Niederer prononça un discours (Morf, IV, p. 496). En 1817, Ramsauer devint précepteur des jeunes princes ! Alexandre et Pierre d'Oldenbourg, se maria, et. sous l'influence de sa femme, tomba dans le piétisme. Il est mort à Oldenbourg en 1848. Ramsauer a publié deux ouvrages fort utiles à i consulter comme documents pour la biographie et le caractère j de Pestalozzi. L'un est intitulé Courte Esquisse de ma vie péda- ; gogique (Kurze Skizze meines pâdagogisct/en Lebens, 1838), le second Mem< >rabilia 'MemorabiLien, 1846). Nous extrayons de ce dernier une page très curieuse, consacrée à des appréciations j confidentielles sur les principaux collaborateurs de Pestalozzi,

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talozzi pour se consacrer tout entier à une entreprise particulière. Marié depuis quelques années déjà, il n'eût pu élever sa famille avec son modeste traitement; dès

appréciations que Ramsauer place dans la bouche de Pestalozzi lui-même :

« Pour faire voir avec quelle indulgence Pestalozzi jugeait les autres, comme il savait rendre justice à chacun, et combien, malgré la vivacité qui lui était particulière, il s'entendait à aplanir les différends, à concilier, à apaiser les mécontentements, en commençant par donner raison à l'accusateur sur un point, pour mettre aussitôt après en relief les bonnes qualités de l'accusé, je citerai les exemples suivants :

« Si l'on se plaignait de la grossièreté de Sch. (Schmid), il répondait : « C'est vrai, il a quelque chose de rude, et parle « vraiment trop grossièrement (parfois il disait: Il a les allures « d'un âne sauvage, er geberdet sich wie ein Waldesel) ; mais « c'est la suite de l'énergie de son naturel, il ne peut pas faire « autrement, car il faudrait qu'il fût un autre homme : mais « alors il ne serait plus ce qu'il est ».

« Si quelqu'un se plaignait de la paresse et de la négligence de K. (Krûsi), il répondait : « K. est maintenant un chien fai- « néant {ein fouler Hund), depuis des années il ne travaille plus « à ses cahiers d'enseignement; mais nous lui devons beaucoup « de reconnaissance, car clans les premières années il était d'une «< fidélité à toute épreuve {treu une Gold) ».

« Se plaignait-on de N. (Niederer), il disait : « Oui, tu as raison, « N. est trop emporté, mais il a le ver solitaire {er haï aber den « Bandwurm), et sans lui nous ne serions pas si loin ».

« De l'ami de l'institut J. (Juilien) : « Oui, il agit en cela comme « un Français superficiel {ein leichtfertiger Franzose); mais il « fait beaucoup pour la bonne cause, et nous devons supporter « aussi ses faiblesses ».

« Venait-on se plaindre de la ménagère Kr. (Lisabeth « Eriisi), il disait : « C'est vrai, elle est mal embouchée et c'est un « dragon {sie hat ein bases Maul und ist eine Eexe) ; elle ne me « traite moi-même pas mieux; mais elle a bon cœur et elle est « fidèle ».

« De M. (Murait?) : « Tu as raison, moi aussi je n'aime pas ses « raffinements et ses grands airs; mais il a du goût et s'entend « mieux que personne à organiser quelque chose et à préparer « une fête ».

« De B. (Buss?) : « C'est vrai, B. ne fait rien pour la méthode, « mais les enfants l'aiment, et c'est une grande affaire ».

« De M"16 N. (Mme Niederer) : « C'est un serpent {sie ist eine

1814, il avait fait des démarches pour obtenir dans quelque autre établissement un poste plus lucratif; n'ayant pu y réussir, l'idée lui vint de créer à Yverdon même un pensionnat de garçons, et telle était la bonté d'âme de Pestalozzi que, loin de s'opposer à un pareil projet, il l'encouragea : lorsque Krùsi ouvrit son pensionnat, ses premiers élèves lui furent fournis par Pestalozzi lui même, qui les tira de son propre institut pour les placer dans la maison de son collaborateur *. Krùsi devait répondre bien mal plus tard à cette générosité. Toutefois, lorsqu'il annonça à Pestalozzi, en février 1816, sa résolution de se séparer de lui, ce fut en termes affectueux; et Pestalozzi lui répondit en l'assurant de son amitié et de sa gratitude 2.

« Schlcmge), mais elle sait maintenir l'ordre et inspirer le res- « pect. » (Memorabilien, pp. 25-26.)

On voit que le piétisme n'avait pas enseigné à Ramsauer la charité envers le prochain. Ce qu'il y a de plus singulier,- — et c'est l'indice d'une naïveté qui rend son cas plus excusable, — c'est qu'il débite toutes ces méchancetés en les donnant comme autant de témoignages de l'indulgence et de la bonté d'âme de Pestalozzi.

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