Wahrheit und Irrthum, p
l'institut d'yverdon : DEUXIÈME PÉRIODE (1810-1817). 327
vait le plus aimé de ses anciens élèves, celui en qui s'incarnait pour ainsi dire à ses yeux sa méthode. Que Schmid, après avoir accepté la mission de réorganiser l'institut et de prévenir un désastre financier, s'y soit employé sérieusement ; qu'il se soit proposé pour but, avant tout, de sauver Pestalozzi de la banqueroute, et, par conséquent, de créer des ressources pour remplir la caisse vide, nous ne pouvons voir là rien de repréhensible, et ceux qui se sont avisés de lui en faire un reproche nous paraissent fort mal inspirés. Qu'il ait pris sur Pestalozzi l'ascendant qu'une volonté forte doit naturellement avoir sur un caractère faible, on ne saurait le trouver mauvais que s'il avait fait de cet ascendant un usage abusif : or, l'examen de ses actes montre, croyons-nous, qu'il a géré les affaires de Pestalozzi en homme sensé et en mandataire consciencieux. Niederer, d'autre part, ne pouvait qu'être douloureusement affecté de constater la diminution graduelle de son influence; jugeant, en toute sincérité, que Schmid, malgré les qualités qu'il lui reconnaissait, lui était intellectuellement inférieur, il a dû déplorer l'aveuglement de Pestalozzi donnant la préférence au moins digne. Bientôt il s'est vu en butte à des suspicions injustes, qui paraissaient mettre en cause son désintéressement; blessé dans ses plus intimes susceptibilités, il a cru à son tour à la mauvaise foi d'autrui ; lui dont la probjté était à toute épreuve, il a fini par accuser et laisser accuser, non seulement Schmid, mais Pestalozzi, de mensonges et de vues intéressées. Nous verrons par quelle série de malentendus et de fautes bientôt irréparables on allait en arriver là.
Peu après le retour de Schmid, Niederer apprenait qu'il courait dans le public et parmi les maîtres de l'institut des bruits fâcheux sur son compte : on le repré-
sentait comme ayant cherché à écarter Pestalozzi pour s'emparer de l'institut; on ajoutait qu'il avait proposé à Schmid de s'associer à lui pour cette entreprise, mais que Schmid avait refusé de l'aider à dépouiller Pestalozzi de sa propriété. Niederer dédaigna d'abord ces commérages; mais lorsque eut éclaté la scission, en février 1816, il ne voulut pas rester sous le coup d'imputations qu'il regardait comme offensantes. Pestalozzi, sur sa demande, s'empressa de lui délivrer une attestation, en date du 1er mars 1816, conçue en ces termes l :
Je soussigné déclare qu'il y a environ deux ans j'ai exprimé souvent le désir de céder mon institut à quelqu'un qui tût mieux que moi en état de le diriger. C'était à cette époque une chose généralement connue; et, lorsque feu mon épouse, accompagnée de sa fidèle amie Mme Krùsi (Lisabeth), se fut éloignée d'Yverdon pour se retirer dans sa propriété (Neuhof), le bruit courut partout, à Zurich, à Berne, à Schaffhouse, que l'affaire était réellement faite et que l'institut était cédé à M. Niederer. Les maîtres de mon établissement eux-mêmes crurent que je l'avais fait, ou que j'allais le faire. La nouvelle était inexacte. Au contraire, M. Jullien et plusieurs amis qui s'intéressaient à ma situation prirent à cette époque des mesures qui avaient évidemment pour but la conservation de l'établissement entre mes mains. Dès le début, d'ailleurs, j'avais démenti ce bruit chaque fois que j'en avais trouvé l'occasion; et je devais d'autant plus le faire, que M. Niederer ne m'avait jamais parlé de cette cession. Je lui dois le témoignage public qu'il n'y a jamais eu une syllabe échangée entre nous à ce sujet. Il ne m'a jamais exprimé le désir de posséder mon établissement. Mais s'il l'avait fait, je suis convaincu que Niederer, le vieil ami de Pestalozzi, l'aurait fait dans l'intention de me soulager du fardeau sous lequel j'étais écrasé. Toute personne qui me connaît et qui a pu m'entendre parler de Niederer sait que je le regarde comme absolument incapable d'avoir
1. Biber, Beitrag zur Biographie H. Pestalozzi' s, pp. 107-109*
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I pu concevoir ce désir à mon détriment. Il n'est pas dans j son caractère de nourrir un projet intéressé. 11 serait bien I plutôt capable de nuire à ses propres intérêts par des sacri- | fices imprudents, que de rechercher par des moyens mal- | honnêtes à s'assurer un avantage matériel.
! A cette attestation, Schmid en joignit une seconde, ! dont voici le texte :
Le soussigné ajoute à la présente attestation de M. Pestalozzi la déclaration suivante. Je n'ai entre les mains aucun fait qui puisse établir que M. Niederer ait réellement fait des démarches pour obtenir l'institut. Le bruit généralement répandu que tel était le cas, et les lettres écrites par divers maîtres de l'institut, etc., à ce sujet, ont leur origine dans des propos tenus par M. Pestalozzi. Il était alors fatigué de l'institut, et disait à qui voulait l'entendre qu'il le céderait à M. Niederer; je suis parfaitement convaincu que si M. Niederer l'eût désiré, — ce qui n'était pas, — il l'aurait obtenu. Il me parait en conséquence évident aux yeux de tous qu'il n'a fait aucune démarche tendant à ce but.
Joseph Schmid.
Ces deux documents établissent clairement, d'une part le désintéressement de Niederer, d'autre part la loyauté de Pestalozzi et de Schmid dans leurs relations avec lui. Mais la situation n'en restait pas moins très tendue. Niederer ne pouvait se résigner à ne plus jouer le premier rôle ; il cherchait encore de temps en temps à faire prévaloir ses idées personnelles, et y mettait toujours une opiniâtreté qui exaspérait Pestalozzi. Celui-ci lui écrivit un jour :
Sois un ange, sois un dieu, j'y consens; mais, je t'en prie, traite-moi en homme, et agis a mon égard comme le moindre rustre agit à l'égard de son voisin, quand il est son ami Ne me mets pas constamment à la torture au nom de ta façon de comprendre mon œuvre, ou bien fournis-moi une preuve
certaine que ta façon de comprendre mon œuvre vaut la peine que je sois torturé en son nom. Si tu peux le faire, je suis prêt à subir la mort au milieu des tortures qu'il te plaira de m'infliger. Mais si tu ne peux pas le faire, laissemoi vivre et respirer à ma façon, comme toi-même tu vis et respires à la tienne *.
Pestalozzi avait pressé Schmid de faire auprès de Niederer une démarche conciliante. Schmid y consentit, et écrivit à Niederer (12 mars 1816); mais le ton de sa lettre ne fit crue redoubler l'irritation de son rival. Niederer répondit :
Vous ne m'avez jamais compris et" vous ne me comprendrez jamais; il faudrait pour cela qu'il y eût en vous une nouvelle naissance. Je me ris de vos critiques, et je méprise votre correspondance avec tout ce qui s'y rattache. Je n'espère rien de vous, je ne veux rien de vous, mais je ne vous crains pas -.
Il y eut pourtant, à partir d'avril 1816, une période d'apaisement. Pestalozzi s'accorda à Pâques quelques jours de vacances. Une dame allemande, écrivain distingué et auteur de plusieurs ouvrages d'éducation, Betty Gleim, qui s'était déclarée sa fervente admiratrice, était venue passer une semaine à Yverdon; Pestalozzi l'accompagna ensuite à Zurich, où il resta quinze jours. Là, il rencontra la mystique Mme de Krûdener 3, dont les idées religieuses firent sur iui une très vive impression, et le raffermirent dans ses projets