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L'INSTITUT DYVERDON : DEUXIÈME PÉRIODE

(rhetorische Floskeln) de Niederer lui paraissait creuse, et se rangea du côté de Schmid, tout en reconnaissant que celui-ci était trop exclusif, trop porté à enfermer toutes les activités dans le cadre étroit d'une discipline uniforme, et en réclamant un plus libre jeu pour la personnalité de chacun. Mais il voulut garder encore un certain temps une attitude expectante, pour mieux se rendre compte de la situation *.

Niederer, de plus en plus aigri, finit par prendre une

1. Schnyder von Wartensee raconte, sur un ton enjoué, une manœuvre imaginée en ce temps-là par les ennemis de Schmid pour le perdre, mais qui tourna à leur propre confusion. Nous traduisons littéralement ce récit, qui dénote chez son auteur un parti-pris bien prononcé :

« Les maîtres de l'institut avaient résolu de célébrer l'annî* versaire de Pestalozzi, le 12 janvier 1817, avec un éclat particulier. Afin de pouvoir travailler plus librement aux préparatifs de la fête, on persuada à Pestalozzi d'aller passer quelques jours à Soleurechez son ami le général Kosciuszko. Le mauvais temps l'empêcha d'aller plus loin que Berne, et il revint à Yverdon l'avant-veille de la fête... Malgré la complète réussite de toutes les parties du programme, Pestalozzi garda tout le temps un visage froid et contraint. Voici quelle était la raison de cette attitude. Le parti de Niederer, toujours préoccupé d'anéantir la domination exercée par Schmid sur le faible Pestalozzi, avait cru trouver enfin un sûr moyen pour y réussir : le bruit s'était répandu, en effet, que Schmid avait séduit une servante de l'institut, et que les suites de cette faute étaient déjà visibles. Les adversaires de Schmid commirent la maladresse de faire examiner la servante par un médeein, et cet examen démontra d'une façon péremptoire l'innocence de la jeune fille. Cet incident avait eu lieu avant le départ de Pestalozzi pour Berne, et Schmid fut aussitôt mis au courant par la servante indignée; mais il ne dit rien à ce moment et attendit le retour de Pestalozzi : alors, à son arrivée, il distilla lentement le poison dans le cœur du vieillard, et réussit sans peine à lui persuader que la fête qui allait avoir lieu ne serait qu'hypocrisie et fausseté. Pestalozzi fut très irrité. Il ne voulut pas néanmoins troubler la solennité, mais elle lui apparut, ainsi que l'avait voulu Schmid, comme une démonstration hypocrite : de là son attitude froide et indifférente. » (Lebenserinnerungen von À\ Schnyder von Wartensee, pp. 323-327.)

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résolution qui devait mettre un terme à la situation fausse dans laquelle il se trouvait depuis sa brouille avec Schmid. Par une lettre du 22 janvier 1817 *, il annonça à Pestalozzi qu'il ne pouvait plus continuer son service dans l'institut, et qu'il renonçait en conséquence à son traitement à partir du 1er janvier précédent. Pestalozzi, très affecté, pria instamment Niederer de revenir sur sa décision, mais celui-ci resta inflexible, et déclara qu'il ne lui était pas possible, sans faire violence à sa conscience, de conserver des fonctions dans un établissement dont l'esprit n'était plus le véritable esprit pestalozzien. La seule chose qui put être obtenue fut qu'il achèverait l'instruction religieuse de ceux des élèves qu'il était chargé de préparer à la première communion pour le dimanche de Pentecôte 1817.

Cependant les pourparlers avec le libraire Gotta avaient continué. En décembre 1816, Pestalozzi lui avait envoyé un projet de traité; et, pour hâter la conclusion des négociations, Schmid se rendit lui-même à Stuttgart, en février 1817; muni de pleins pouvoirs, il sut mener l'affaire vivement et habilement, et quelques jours plus tard rentra à Yverdon porteur d'un traité en bonne forme, qui garantissait à Pestalozzi des conditions inespérées et des plus avantageuses. Ces conditions étaient les suivantes : le libraire s'engageait à payer à Pestalozzi, comme droits d'auteur, trois louis par feuille d'impression; en outre, une souscription publique à l'édition devait être ouverte, et la moitié du prix des exemplaires souscrits devrait appartenir à Pestalozzi.

Pendant l'absence de Schmid, Lautz s'ouvrit à Pes-

1. Cette lettre est mentionnée dans la sentence arbitrale du i 30 novembre 1824. (Biber. Beitrag zur Biographie H. Pestalozzïs. j, p. 289.)

l'institut dyverdon : deûxièjië période (1810-1817). 339

talozzi, et lui fit connaître les conditions auxquelles, après réflexion, ses amis et lui étaient disposés à assurer définitivement à l'institut leur coopération personnelle et leur concours financier. Il avait subitement changé d'opinion sur Schmid 1 ; il exigeait en conséquence que Pestalozzi reprît à celui-ci l'autorité qu'il lui avait confiée ; qu'une autre personne fût chargée de la direction pédagogique et économique de l'institut, et que Lautz et ses amis fussent consultés, à l'avenir, sur tous les choix relatifs au personnel enseignant. Pestalozzi, avant de prendre une décision, voulut consulter sur ces propositions Mieg 2, son conseiller ordinaire; celui-ci lui répondit (lettre du 2 mars) qu'il serait hasardeux de remettre l'avenir de l'institut entre les mains d'hommes nouveaux et encore peu familiers avec la méthode pestalozzienne; et que la solution qui lui paraîtrait la meilleure serait que « Schmid, Niederer et Krùsij oubliant leurs griefs et leurs idées particulières, s'unissent de nouveau pour la prospérité de l'établissement et l'exécution des vues de leur maître commun 3 ». Pestalozzi fit part de cette lettre aux trois intéressés; mais le sage conseil de Mieg ne fut pas écouté : Niederer et Krùsi se refusèrent absolument à aucun rapprochement, et déclarèrent qu'ils ne voulaient plus rien avoir de commun avec Schmid. Toutefois, Niederer conseilla d'appeler Nabholz, dont on avait attendu l'arrivée dès l'automne précédent, et qui

1. Schnycler von Wartensee dit que ce changement surprit tout le monde, mais que Lautz le lui expliqua à lui-même en lui déclarant qu'une observation plus attentive lui avait révélé l'indignité (Scheussllchkelt) de Schmid. (Lebenserinnerungen, p. 329.)

2. Mieg, qui était devenu en 1814 précepteur des jeunes princes d'Ysenbuiîg, habitait alors Lausanne avec ses élèves.

3. La lettre de Mieg a été publiée par M. Morf, t. IV, p. 619'.

n'était pas venu encore, nous ne savons pour quelle cause. Pestalozzi jugea que la présence de Nabholz serait utile, en effet, et le pressa de venir à Yverdon.

La publication de l'édition générale confiée à Gotta, qui devait procurer à Pestalozzi des ressources considérables, allait commencer. L'annonce de la souscription fut faite en mars 1817, et Pestalozzi, à cette occasion, invita solennellement tous les amis de son œuvre à lui venir en aide *. L'invitation fut, en général, bien accueillie, quoique certains adversaires de l'institut pestalozzien qualifiassent de vulgaire spéculation cet appel à la bourse du public. Le succès financier de l'entreprise put être, dès ce moment, considéré comme assuré, et Pestalozzi se sentit plus que jamais reconnaissant envers Schmid, dont le savoir-faire avait procuré un pareil résultat.

Nabholz vint à Yverclon en mai. Lautz jugea aussitôt que c'était là l'homme dont il avait besoin afin de contre-balancer l'influence de Schmid; il insista vivement pour que Nobholz fût attaché à l'institut et chargé de l'éducation morale et religieuse. Pestalozzi donna son adhésion, et Nabholz se déclara prêt à accepter. Mais Schmid, qui voyait en ce dernier un allié de Niederer, fit de l'opposition. « La façon dont Schmid s'exprima dans les négociations relatives à la position que Nabholz occuperait dans la maison, provoquèrent chez celui-ci

1. Cet appel a été réimprimé dans les Œuvres, éd. Sevflarth, t. XIII, p. 161. M. de Guimps dit à ce sujet (p. 396) que Niederer et Kriisi trouvèrent cet appel « déshonorant » pour Pestalozzi, et que, n'ayant pu obtenir que celui-ci renonçât à le publier, ilsi se décidèrent alors « à quitter celui qu'ils appelaient leur père ».! M. de Guimps, qui ne se préoccupe pas suffisamment de l'exact titude chronologique, a oublié que Krusi avait quitté l'institut! dès 1816, et que Niederer s'était séparé de Pestalozzi à la date! du 22 janvier 1817.

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