Publiée par Schmid, Wahrheit and Irrttoim, pp
derniers, nous l'avons déjà dit, avaient trouvé un allié dans la personne de Conrad Nâf, directeur d'un institut de sourds-muets. A eux trois ils organisèrent contre Pestalozzi et sa maison un système d'incessantes tracasseries. Ce qu'il y a de plus singulier et de moins excusable dans leur conduite, c'est que, tandis qu'ils faisaient tous leurs efforts pour ruiner l'institut pestalozzien, ils se servaient du nom de Pestalozzi au profit de leurs propres établissements. Nous avons sous les yeux une brochure publiée en anglais à Yverdon par Krùsi1, qui s'y intitule « disciple of Pestalozzi ». C'est un exposé très sommaire et très imparfait de la méthode pestalozzienne, accompagné d'un prospectus des trois pensionnats de Krùsi, de Niederer et de Naf. Krùsi, cherchant à se faire envoyer des élèves d'Angleterre, se garde bien d'apprendre au public anglais la vérité sur ses relations avec Pestalozzi. Il se contente de dire que « des circonstances indépendantes de sa volonté l'ont conduit à quitter l'institut qu'il a aidé à fonder et à diriger pendant seize ans », et que « son désir de demeurer uni à MM. Niederer et Naf, ses amis et collaborateurs depuis beaucoup d'années, et de consacrer avec eux son existence à l'éducation, l'a décidé à se fixer à Yverdon », où il a fondé un pensionuat de jeunes garçons. « Notre réunion, ajoute-t-il, nous permet cle trouver des ressources et des hommes qui assurent le succès de nos trois institutions (celle de M. Naf pour les sourds-muets, celle de M. Niederer pour les jeunes gens des deux sexes, et la mienne)... La méthode et les moyens d'enseignement employés dans mon éta-
1. A cowp-uV œil on the gênerai means of éducation, followed by a notice of a new institution for young boys, by Herm. Kriisi, disciple of Pestalozzi; Yverdon, Ls Fiva, printer, 1818.
l'institut d'yverdon : dernière période (1817-1825). 383
bassement sont ceux que j'ai contribué à développer sous la direction paternelle de Pestalozzi. » Ce prospectus est ainsi daté : « Yverdon, le jour anniversaire de la naissance de Pestalozzi, 1818 ». Qui aurait pu, en lisant ces lignes, soupçonner la vérité si habilement dissimulée1?
1. Pestalozzi apprécie la situation de la manière suivante dans une lettre à Niederer, écrite en février 1818 :
« Vous coalisez publiquement vos trois maisons contre la mienne, et déclarez ouvertement qu'au point de vue moral, intellectuel, littéraire et domestique, les enfants seront mieux dirigés et soignés chez vous que chez moi. Rends-toi compte de ma situation telle qu'elle est. Dans une petite ville comme celle-ci, vous partez en guerre contre ma maison de trois points différents : de l'Hôtel de ville (où était installé l'institut de Mme Niederer), de la Plaine (quartier où se trouvait l'institut de Krùsi), et du Canal (quartier de l'institut des sourds-muets) ; de ces trois points, vous enseignez tous les jours à la bonne petite ville à voir ma maison sous l'aspect le plus odieux; et il est certain qu'ainsi décriée, elle ne pourrra résister et devra finir par succomber... Il y a longtemps que j'ai prévu ce qui se passe aujourd'hui; et, sitôt que l'illustre Juif (Lautz) m'eut donné avis de la guerre de coalition qui se préparait contre moi, je ne voulus pas exposer mes cheveux gris aux ignominies qui devaient en résulter, et je dis à Schmid : « Nous allons leur céder la place et les laisser «seuls; qu'à moi ne tienne, ils pourront ensuite faire eux-mêmes «au château ce que bon leur semblera ».Je parlais sérieusement, mais Schmid ne voulut pas ; je finis par céder et je restai, quoique je n'en eusse aucune envie. Schmid me répétait qu'il resterait à mes côtés, qu'il m'aiderait et me protégerait. Je cédai, et maintenant nous voilà, vous et moi, en état de guerre déclarée, et tout se passe comme je l'avais prévu. » (Lettre publiée par M. Morf, t. IV, p. 537.)
Ailleurs, Pestalozzi parle en ces termes des manœuvres employées contre lui et contre son établissement :
« Depuis la mort de ma femme, un système continu de calomnies avait été adopté contre ma maison. Les alliés faisaient tout leur possible pour déterminer les parents de mes élèves à retirer leurs enfants de mon institut et à les placer dans les leurs; ils envoyaient de temps à autre aux familles de véritables pamphlets contre mon établissement. J'ai entre les mains la copie d'un de ces écrits, qui date déjà du 23 août 1816; c'était primitivement une lettre adressée à l'un de mes plus respectables
Pestalozzi jugea que ses anciens collaborateurs, devenus ses ennemis, lui faisaient une concurrence déloyale; il voulut essayer de les éloigner d'Yverdon, afin de se délivrer d'un voisinage désagréable et nuisible à la prospérité de son entreprise. Dans ce dessein, et conseillé par Schmid, il adressa au Conseil d'État du canton de Vaud un mémoire tendant à obtenir qu'il fût fait défense aux maîtres qui avaient quitté son institut d'avoir à Yverdon des établissements particuliers d'éducation, et il communiqua ce mémoire à la municipalité en lui demandant de l'apostiller (23 octobre 4818). Celle-ci refusa, par la raison qu'une telle défense porterait atteinte à la liberté de l'industrie. On ne connaît pas, dit M. de Guimps1, la réponse que fit à Pestalozzi le gouvernement vaudois; mais elle ne pouvait être que négative.
Vers cette époque, le Dr Lange, ce théologien qui était entré à l'institut l'année précédente avec le titre de directeur des études, se sépara de Pestalozzi. Il réclamait une augmentation de traitement qui ne lui fut pas accordée; en outre, il était mécontent de Schmid. Lui aussi voulut alors ouvrir à Yverdon un établissement pour son propre compte; mais, s'il faut en croire son récit, l'autorité le lui interdit sur la. demande de Pestalozzi 2.
amis d'Allemagne; elle fut traduite ensuite en français, et fournil la matière du premier de ces libelles mis en circulation contre moi. D'année en année, mes adversaires redoublèrent d'art et d'activité dans l'emploi de ces manœuvres, mais en se couvrant toujours du manteau de la religiosité et du plus pur amour de la vérité. Ce fut Joseph Schmid qui devint, on sait pourquoi, le point de mire de leurs attaques; et plus leur haine contre lui devenait violente, plus ils mettaient de piété et d'onction dévote dans leur langage. >• (Meine Lebensschïcksale, p. S9.)