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L INSTITUT D'YVERDON : DERNIÈRE PÉRIODE

En exécution du programme exposé dans son discours du 12 janvier 1818, Pestalozzi désirait créer tout d'abord une école de pauvres ou orphelinat (Armenanstalt), dont les élèves seraient destinés à la carrière d'instituteur et d'institutrice. Son vœu était d'installer cet établissement sur son domaine de Neuhof : mais, pour cela, il fallait d'abord y construire un bâtiment propre à recevoir les élèves; et, \u l'insuffisance des ressources dont il disposait, cette construction devait exiger plusieurs années. Gomme il ne voulait pas attendre, pour commencer sa nouvelle entreprise, d'avoir touché l'argent de la souscription (dont le premier versement ne lui fut fait par l'éditeur Gotta que trois ans plus tard, en 1821), il se décida à louer immédiatement, dans le hameau de Clindy, à un quart de lieue d' Yverdon, une maison pour y recevoir les élèves de l'orphelinat à créer; en même temps il annonça par la voie des journaux (mai 1818) qu'il était disposé à se charger gratuitement de l'éducation et de l'entretien de douze enfants pauvres, garçons ou filles : ces élèves devaient séjourner pendant cinq ans dans l'école de pauvres qui allait s'ouvrir à Clindy et s'y préparer à la carrière de l'enseignement. Il reçut de nombreuses demandes d'admission, et choisit les douze enfants qui lui parurent offrir le plus de garanties sous le rapport de l'intelligence et du caractère. L'établissement de Clindy fut solennellement inauguré le dimanche 13 septembre 1818 par un discours de Pestalozzi, qui a été imprimé, mais qu'on ne trouve dans aucune édition de ses œuvres. La section des garçons,

nous avons déjà cités p. 355. Quoique le tableau qu'il trace de l'institut d'Yverdon soit visiblement poussé au noir, et que la rancune ait conduit la plume de l'écrivain, il est probable qu'il y a dans ses récits une part de vérité.

dans cette nouvelle maison, fat placée sous la direction d'un instituteur nommé Morand, celle des filles fut confiée à une sœur de Schmid, Marie, qui était une ancienne élève de l'institut des jeunes filles. L'enseignement fut donné par des maîtres de l'institut d'Yverdon. L'histoire de l'école de Glincly est peu connue : les documents ont manqué jusqu'à présent pour la reconstituer. Mais une publication récente a apporté, sur ce point presque ignoré de l'œuvre pestalozzienne, d'intéressants renseignements : c'est une biographie de Jacob Heussi, l'un des douze élèves gratuits de l'école, qui est mort à Parchim en 1883 après avoir professé durant cinquante-trois ans dans divers établissements d'éducation en Angleterre et en Allemagne '. On y trouve entre autres un récit de la cérémonie d'inauguration, des détails sur la première installation des élèves, et des indications sur leurs études 2.

1. Dr Jakob Heussi, Erinnerungen aus dessen Leben, par le Dr A. Diïhr, Leipzig, 1884. L'auteur de cette brochure dit que les élèves gratuits étaient au nombre de vingt-quatre, douze garçons et douze filles : c'est une erreur (voir Schmid, Fellenberg's Klage, p. 66).

2. Nous n'emprunterons aux souvenirs de Heussi qu'une seule citation, qui nous fait connaître un côté particulier et assez inattendu du caractère de Joseph Schmid :

« L'anniversaire de la naissance de Pestalozzi, le 12 janvier, était pour tous les élèves un jour de grandes réjouissances : on le célébrait solennellement chaque année. Le matin il y avait un service dans la chapelle du château ; l'après-midi, un grand banquet auquel étaient invitées les notabilités de la ville ; le soir, concert ou représentation théâtrale (de préférence le Guillaume Tell de Schiller), donnés par les élèves et les maîtres de l'institut. Ce jour-là Schmid n'était que simple spectateur, surveillant tout, mais ne gênant personne dans l'expression d'une joie souvent exubérante; pas une goutte de vin n'approchait de ses lèvres. Le lendemain de la fête était toujours un jour de congé. Ce jour-là, le stoïcien Schmid se dédommageait des privations de la veille, et, avec quelques bons amis, sacrifiait libéralement à Bacchus. On pouvait le voir alors, sous les yeux de tous.

l'institut d'yverdon : dernière période (1817-1825). 387

Depuis que les communications avaient été rétablies entre les Iles-Britanniques et le continent, Pestalozzi se trouvait en relations avec un certain nombre d'Anglais, qui s'intéressaient à son œuvre *, et qui se montrèrent particulièrement satisfaits de la fondation de l'école de Glindy. Il pensa que, par leur intermédiaire, il serait possible de trouver en Angleterre des ressources destinées à accroître le capital de sa fondation, et il conçut le projet de publier à cet effet une édition anglaise de ses ouvrages. Il fit imprimer en anglais, à Yverdon, un Appel au public anglais 2, daté du 14 septembre 1818, où il s'engage, si l'Angleterre souscrit à une traduction de ses œuvres, à consacrer le montant de la souscription, déduction faite des frais de traduction et d'impression, à augmenter le fonds inaliénable déjà constitué. « Habitants de la Grande-Bretagne, ajoute-t-il, j'espère que vous ne dédaignerez pas l'offre que je vais vous faire : je suis prêt à admettre dans mon école un certain nombre de jeunes garçons, choisis

tituber en bon compagnon dans la cour et le long des corridors, à la grande joie des habitants du château, qu'il amusait par les épanchements de sa belle humeur. Mais c'était là une détente qu'il ne s'accordait qu'une fois par an, dans cette journée unique; dès le lendemain, on retrouvait en lui le stoïcien rigide, qui veillait sévèrement au maintien de l'ordre. Les élèves, du reste, ne songeaient pas le moins du monde à se scandaliser. » (Dr Jakob Réussi, Erinnerungen etc., p. 18.)

1. Pompée (p. 196) cite, entre autres, lord De Vescy, qui fonda sur son domaine, à Abbey-Leix (Irlande), des écoles pestalozziennes pour les enfants pauvres et pour ses propres enfants; Henri Brougham, qui visita Yverdon en août 1816; et Robert Owen, qui y vint vers la même époque.

2. The Acldress of Pestalozzi to ihe British public, soliciting thern lu aid by subscriptions his plan of preparing school masters and mistresses for the people, tliat mankind may in Unie receive the first principles of intellectual instruction from their mothers ; Ls. Fiva, son, printer, Yverdon. Cette brochure se trouve au Musée pédagogique de Parisi

dans la classe pauvre de l'Angleterre, en nombre proportionnel à l'intérêt de l'argent que j'aurai reçu de vous; et je les mettrai en état de vous prouver ma reconnaissance pour vos bienfaits, à leur retour dans leur pays natal, où ils introduiront les moyens d'éducation populaire qu'ils auront appris à connaître auprès de moi. »

L'école de Glindy donna promptement de bons résultats. Outre les douze élèves gratuits, d'autres enfants pauvres y fuient reçus moyennant une pension annuelle de douze louis que payèrent pour eux divers protecteurs i. Au bout de quelques mois, le nombre des pensionnaires s'élevait à une trentaine. L'appel au public anglais avait porté ses fruits; l'idée d'une édition anglaise des œuvres, il est vrai, dut être abandonnée, et aucune souscription ne fut ouverte : mais de nombreux élèves furent envoyés d'Angleterre à Pestalozzi l'année suivante.

Un philanthrope anglais, James-Pierpoint Greaves, que la lecture des écrits de Synge (voir plus haut, p. 310), avait enthousiasmé, s'était rendu à Yverdon à la fin de 1817. Il fut cordialement reçu par Pestalozzi, qui l'admit dans son intimité. Ils ne comprenaient pas la langue l'un de l'autre; et, détail curieux, Greaves ne s'occupa nullement, pendant son séjour en Suisse, d'apprendre ni l'allemand, ni le français, si bien qu'au bout des quatre ans et demi que dura ce séjour il n'était pas encore capable de converser avec Pestalozzi sans l'aide d'an interprète. Cette circonstance donna naissance à un livre écrit par Pestalozzi expressément pour Greaves, et qui fut livré à la publicité quelques années plus tard. Ne pouvant converser directement

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