Pompée, p
l'institut d'yverdon : DERNIÈRE PÉRIODE (1817-1825). 389
avec son ami, Pestalozzi eut recours à la voie épistolaire pour lui exposer l'ensemble de sa méthode : il rédigea, à l'adresse de Greaves, une série de trente-quatre lettres, dont la première porte la date du 1er octobre 1818, et la dernière celle du 12 mai 1819. Pestalozzi dictait en allemand; le disciple se faisait traduire la lettre du maître, et pouvait ensuite en étudier le contenu à loisir 1. Lorsque l'école de Glindy fut ouverte, Greaves, désirant appliquer les principes de la méthode à l'enseignement des langues étrangères, offrit à Pestalozzi, qui accepta, de donner aux élèves de Glindy des leçons d'anglais. Des progrès surprenants furent constatés en peu de temps, et le succès de cette expérience engagea Pestalozzi à en tenter d'autres, en faisant enseigner également à Clindy le français et le latin. La question de l'enseignement des langues fut, à cette époque, l'une des préoccupations essentielles de Pestalozzi; nous avons déjà vu (p. 303, note) que, quelques années auparavant, il avait travaillé à une méthode pour l'étude de la langue latine, qui n'a pas été imprimée. Greaves ne quitta Yverdon qu'en 1822.
1. Une traduction anglaise des lettres de Pestalozzi à Greaves a paru en 1827, sous ce titre : Letters on early éducation addressed to J. P. Greaves by Pestalozzi, translated frorn the German manuscript, with a memoir of the life and character of Pestalozzi. (La bibliothèque du Musée pédagogique de Paris possède une édition postérieure de cet ouvrage, imprimée à Londres chez Gilpin en 1850.) Le traducteur était un docteur allemand, nommé Worms; il dut, comme il le dit dans sa préface, modifier en différents passages la forme des lettres, pour les présenter au public anglais; mais il eut soin de soumettre son travail à Pestalozzi, et celui-ci, quelques mois avant sa mort, approuva tous les changements que la traduction avait rendus nécessaires. L'original allemand des trente-quatre lettres n'a jamais été publié. — On trouve dans la Revue pédagogique du 15 novembre 1886 une étude sur Greaves et ses relations avec Pestalozzi, d'après des documents originaux, par M. E. Martin.
L'année 1819 s'ouvrit sous d'heureux auspices. L'institut d'Yverdon était redevenu prospère sous la direction habile et prudente de Schmid ; l'école de Clindy attirait l'attention du public européen; Pestalozzi, délivré enfin des soucis qui l'avaient si longtemps oppressé, pouvait se consacrer à des travaux littéraires ; les premiers volumes de l'édition de ses œuvres complètes allaient paraître. Cette année et les deux suivantes furent pour le vieillard un temps heureux, le plus heureux de sa vie, a-t-il dit : l'horizon était serein; un seul nuage, qui ne semblait pas alors bien menaçant, s'y montrait, l'inimitié de Niederer et de ses alliés.
Les principaux événements de cette année 1819 furent l'arrivée des élèves anglais, attirés par l'appel lancé quelques mois auparavant, et le transfert de l'école de Clindy au château d'Yverdon.
Les lettres que Greaves écrivait d'Yverdon à ses amis avaient contribué, aussi bien que l'appel publié en 1818, à exciter en Grande-Bretagne un vif intérêt pour l'entreprise de Pestalozzi. Plusieurs Anglais, pères de famille, envoyèrent isolément leurs enfants à Yrverdon; et, au milieu de juillet 1819,1e révérend Mayo, fellow de Saint John's Collège à Oxford, directeur de l'école de Bridgnorth (comté de Salep), arriva en personne à l'institut, amenant avec lui une quinzaine d'élèves environ. La « colonie britannique » ainsi constituée forma dans l'institut pestalozzien comme une section spéciale, qui resta toujours presque uniquement confiée aux soins du révérend Mayo, de Greaves, et d'un autre maître anglais, le révérend Brown, du collège de Worcester * .
Le motif du transfert de l'école de Clindy au château