L'INSTITUT DYVERDON : DERNIÈRE PÉRIODE
, Il semblait que désormais aucun obstacle ne s'opposât plus au projet caressé depuis si longtemps par Pestalozzi, et qui avait fait la joie de sa vieillesse : l'installation à Neuhof de l'école de pauvres dont il avait cru pouvoir annoncer à sa sœur la prochaine ouverture dès 1822, et dont le personnel enseignant aurait été composé des élèves reçus gratuitement à Glindy en 1818, et préparés durant cinq ans à l'exercice des fonctions d'instituteur. Gomme nous l'avons vu, il avait fait commencer à Neuhof la construction d'un nouveau bâtiment * ; dès la fin de 1822, son petit-fils Gottlieb était allé avec sa jeune femme s'installer sur l'ancien domaine de son grand-père pour en diriger lui-même l'exploitation et pour achever les préparatifs" destinés à l'école projetée. Cette même année, l'Anglais Mayo était retourné dans son pays afin d'y fonder un institut pestalozzien ; il avait emmené avec lui l'un des meilleurs élèves cle Glindy, Heussi, et avait promis à Pestalozzi le concours actif d'un comité anglais pour son entreprise. Mais, au moment même où Pestalozzi croyait ainsi toucher à la réalisation de son rêve, toutes ses espérances furent brusquement déçues. Les cinq années durant lesquelles les futurs instituteurs avaient été gratuitement entretenus venaient d'arriver à leur terme, et aucun d'eux — qui eût pu prévoir une telle ingratitude? — ne voulut consentir à aller à Neuhof. Les connaissances qu'ils avaient acquises les avaient mis en état de prétendre à des positions plus brillantes : ils déclarèrent qu'ils voulaient partir, et que « leur devoir de reconnaissance n'allait pas jusqu'à se sacrifier eux-mêmes de pareille
1. C'était sur le conseil du révérend Mayo qu'il avait entrepris cette construction. (Mëine Lebensschicksale. p. 134.)
sorte 1 ». D'autre part, les ressources financières dont avait disposé Pestalozzi étaient épuisées; les fonds produits par la souscription, loin d'avoir pu être mis en réserve pour constituer un capital inaliénable, suffisaient à peine à couvrir les dépenses faites jusqu'à ce moment, ainsi que le démontrent les chiffres publiés par Schmid - : la souscription, en effet, ne rapporta en réalité à Pestalozzi qu'une somme de 13 958 florins, c'est-à-dire environ la moitié de la somme primitivement annoncée ; cette somme lui fut remise en quatre versements, dont le dernier n'eut lieu qu'en octobre 1826; d'autre part, l'entretien durant cinq ans des douze élèves reçus gratuitement, calculé à raison de 12 louis par élève et par an, coûta à Pestalozzi 720 louis ou 7900 florins; la construction du nouveau bâtiment à Neuhof engloutit une somme considérable ; les travaux relatifs à l'élaboration des moyens d'enseignement, en particulier des méthodes pour l'étude du latin et du français, occupèrent pendant de longues années plusieurs personnes qu'il fallait rétribuer; enfin, dix années durant, l'édition des Œuvres complètes exigea le travail continu de deux copistes. Pestalozzi se trouvait donc, au moment où l'établissement de Neuhof aurait dû s'ouvrir, à la fois sans maîtres et sans argent. Une lettre qu'il reçut de Mayo en mars 1824 fut le coup de grâce donné à ses espérances : Mayo annonçait qu'il ne fallait plus compter sur aucun concours de la part du comité anglais 3.
Se voyant dans l'impossibilité de donner suite à son plan, Pestalozzi fit connaître au public, par une déclaration datée du 17 mars 1824 et imprimée en tête du