Meine Lebensschicksale. p. 13u
l'institut d'yverdon : dernière période (isn-1825). 409
XIIe volume de ses œuvres (édition Gotta), la situation où il se trouvait. C'est aux inimitiés qui ont paralysé ses efforts qu'il attribue principalement son insuccès :
Le public, dit-il, partagera la douleur avec laquelle je me vois forcé de déclarer que ces circonstances ont reudu complètement impossible la fondation que j'avais projetée et de laquelle je m'étais promis tant de bien, et qu'elles m'ont mis absolument hors d'état de remplir les engagements que je m'étais imposés avec tant de dévouement et d'abnégation. J'ai tout fait et tout sacrifié, jusqu'au dernier sou de l'argent qui se trouvait entre mes mains, pour rendre possible la fondation projetée; j'ai même compromis et entamé la fortune et les droits de mon petit-fils; mais tous mes efforts ont été en pure perte.
Il ne peut, ajoute-t-il, demander qu'à sa plume les ressources dont sa maison d'Yverdon a besoin pour continuer à subsister; il annonce, en conséquence, la prochaine publication de plusieurs ouvrages inédits : une continuation cle Léonard et Gertrude, divers opuscules relatifs à sa carrière et à ses entreprises, et trois volumes sur l'enseignement élémentaire du nombre, de la forme et du langage.
Mais ce n'était pas seulement à la fondation annoncée en 1818 que Pestalozzi allait se trouver obligé de renoncer. L'institut d'Yverdon lui-même avait reçu, de tous ces débats étalés sous les yeux du public, d'irréparables atteintes; depuis 1822, le nombre des élèves avait beaucoup diminué. En outre, malgré la signature du traité de paix, les haines n'avaient pas désarmé. Le plan des adversaires de Schmid était maintenant d'obtenir contre lui, de la complaisance des autorités vaudoises, un arrêté d'expulsion. M. de Guimps a fait connaître le détail de cette intrigue, et a révélé le texte
de la délibération du Conseil d'État vaudois en date du 6 octobre '1824 (extraite du registre secret de ce corps). L'expulsion de Schmid fut décidée !, et le Conseil d'État écrivit en ces termes au juge de paix d'Yverdon :
Le Conseil d'État vous charge d'enjoindre à M. Victor- Joseph Schmid, étranger, qui n'a point de permis d'établissement ni de séjour, et qui est dans l'institut de M. Pestalozzi, à Yverdon; de sortir du canton, en vous autorisant toutefois à accorder à cet étranger un délai de six semaines pour arranger ses affaires, s'il en a besoin.
1. Voici l'extrait du registre secret du Conseil d'État, séance du 6 octobre 1824, publié par M. de Guimps (p. 439) :
« Le département de justice et police expose qu'ayant été informé que M. Victor-Joseph Schmid, étranger, avait facilité des actes contre les mœurs dans l'institut de M. Pestalozzi à Yverdon, il a chargé le juge de paix d'interroger un nommé Théodore Frank, instituteur audit lieu, qui pouvait donner des renseignements à ce sujet.
« Il résulte des dépositions de M. Frank, ainsi que des renseignements ultérieurs fournis par le juge de paix, que M. Schmid est gravement compromis sous le rapport en question. Il doit être du Tyrol.
« Le Conseil d'État, adoptant le préavis du département, avec quelques modifications, décide de renvoyer du canton M. Schmid, et d'écrire les lettres suivantes. » (Suit le texte de deux lettres au juge de paix d'Yverdon, la première destinée à la publicité, la seconde confidentielle.)
Les « actes contre les mœurs » que les ennemis de Schmid lui reprochaient d'avoir « facilité » sont certainement des désordres du genre de ceux dont parle le Dr Lange (voir plus haut, p. 355, note). Il est à remarquer que l'accusation ne met pas Schmid lui-même en cause; elle le déclare seulement coupable de n'avoir pas empêché ou réprimé des actes blâmables.
Il est bien difficile de croire que Schmid, si ferme défenseur du bon ordre et de la règle, n'ait pas exercé une surveillance sérieuse, et qu'il ait volontairement fermé les yeux sur certains écarts.
Le dénonciateur était un jeune théologien prussien, Franke, qui avait été chargé en 1820 de donner l'enseignement religieux aux élèves allemands de l'institut de Pestalozzi (Duhr, DT Jakob Heussi, Erinnerungen etc., p. 14), et plus tard était devenu l'allié de Niederer (Biber, Bêitra.g etc., p. 270).
l'institut d'yverdon : dernière période (1817-1825). 411
iVinsi le renvoi de Schmid, que ses ennemis n'avaient pu arracher à Pestalozzi malgré l'acharnement avec lequel ils l'avaient réclamé pendant huit ans, était maintenant imposé au vieillard par la volonté du gouvernement lui-même.
Pestalozzi protesta avec indignation ; il se rendit à Lausanne, représenta aux membres du Conseil d'État que lui enlever Schmid c'était vouloir la ruine cle l'institut; il demanda quels motifs pouvaient légitimer un pareil acte d'arbitraire. Il ne put obtenir aucune explication 1 ; mais, sur ses instances, on consentit à accorder à Schmid un délai cle quelques mois.
En même temps que ceci se passait, le différend entre Pestalozzi et les époux Niederer au sujet du compte non encore réglé était soumis à un tribunal arbitral, en exécution de l'article 3 cle la convention signée le 31 décembre 1823. Les arbitres désignés par Pestalozzi furent le conseiller d'État Soulier et le professeur Gh. Secrétan ; ceux de Niederer, le conseiller d'État de La Harpe et le docteur en droit Pellis. La sentence des arbitres, qui fut rendue le 30 novembre 1824, porta sur douze points différents 2 ; nous les résumons ci-dessous, en nous excusant une dernière fois auprès de nos lecteurs d'avoir à placer sous leurs yeux de semblables détails; nous avons déjà dit pourquoi nous ne pouvions pas les passer sous silence :
1° Niederer réclamait une première somme de 233 francs. Pestalozzi fournit la preuve que cette somme, légitimement due à Niederer, avait été payée à celui-ci le 26 juin 1817;
2° Niederer réclamait le payement de quatre mois et demi d'appointements, de janvier au milieu de mai 1817, soit