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CHAPITRE IV

Affiliation de Pestalozzi à l'Illumiriisme. — Détails sur la vie domestique de Pestalozzi. — Écrits publiés de 1783 à 1787. Sur la législation et l'infanticide (écrit en 1780 et 1781, publié en 1783). Seconde partie de Léonard et Gertrude (1783); analyse. Troisième et quatrième parties de Léonard et Gertrude (1785 et 1787); analyse. — Rapports de Pestalozzi avec le comte de Zinzendorf, ministre de Joseph II; extraits de leur correspondance (1783-1790). — Refonte de Léonard et Gertrude en trois parties (1790-1792). — Mariage du fils de Pestalozzi (1791).

— Voyage de Pestalozzi en Allemagne (1792). — Pestalozzi et la Révolution française. Pestalozzi est nommé citoyen français (1792). Essai sur les causes de la Révolution française (écrit en 1793, publié en 1872); analyse. Liaison de Pestalozzi avec Fichte (1793). Affaire du mémorial de Stâfa (1794). Écrits divers de Pestalozzi sur les affaires politiques zuricoises (1795-1797).

— Fables (commencées vers 1782, publiées en 1797). — Recherches sur la marche de la nature dans le développement du genre humain (commencé vers 1785, publié en 1797); résumé des idées philosophiques de Pestalozzi exposées dans ce livre ; épilogue de l'ouvrage.

Vers cette époque se place un événement auquel la plupart des biographes n'ont pas accordé assez d'importance, et qui est peut-être le plus considérable à signaler dans cette première moitié de l'existence de Pestalozzi : c'est son affiliation à l'ordre secret des Illuminés.

L'Illuminisme, fondé par Weisshaupt vers 1776,

avait rapidement gagné de nombreux adeptes dans les pays de langue allemande; beaucoup d'hommes distingués, de hauts personnages, étaient entrés dans l'association. Le plan des chefs des Illuminés était de se servir des souverains eux-mêmes comme d'instruments inconscients de l'œuvre d'émancipation sociale, et d'obtenir des gouvernements, grâce à l'influence occulte qu'ils sauraient exercer sur eux, les réformes préalables nécessaires à l'exécution de leurs projets. Mais seuls les hauts dignitaires de l'ordre avaient la pleine connaissance de son but mystérieux ; les affiliés appartenant aux degrés inférieurs de la hiérarchie ne recevaient qu'une demi-initiatidn.

Quelle est la date exacte à laquelle Pestalozzi entra en rapport avec les Illuminés? On l'ignore. Tout ce qu'on sait, c'est qu'en 1782 il était membre de l'ordre, et qu'il y portait le nom d'Alfred 1. Le Musée pestalozzien de Zurich possède une lettre adressée à Pestalozzi par l'un de ses supérieurs de l'ordre, qui signe Ejrictète; la lettre est datée d'Utique, 5 décembre 1782 2. Nous apprenons par cette lettre que Pestalozzi désirait obtenir à Vienne, auprès cle l'empereur Joseph II, une situation dans laquelle il pût travailler au relèvement moral et matériel du peuple des campa-

1. Le Dr Hunziker suppose que le choix de ce nom fut suggéré à Pestalozzi par le roman d'Albert de Haller, Alfred, roi des Anc/lo-Saxons (paru en 1773), qui avait joui d'une certaine vogue. Le nom d'Alfred éveillait chez les contemporains l'idée du législateur philosophe et populaire; et c'était bien là le personnage avec lequel Pestalozzi devait se plaire à s'identifier en imagination. Dans la quatrième partie de Léonard et Gertrude, on le verra prendre ce rôle de législateur tout à fait au sérieux. — Le nom <Y Alfred était aussi porté par un des membres les plus importants de l'ordre, le comte de Seinsheim, ministre de l'électeur de Bavière. (Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, 1799, t. IV, p. 279.)

2. Elle est reproduite dans Ips Pestalozzi-Bliitter, 188-5, p. 17.

PESÏÀLOZZI ÉCRIVAIN, DE 1783 A 1198. 71

gnes, soit par la fondation d'un institut d'éducation professionnelle comme celui de Neuhof, soit de quelque autre façon. Il avait rédigé à cet effet un mémoire dans lequel il développait ses idées. Son correspondant lui répond qu'il a trouvé ses propositions bonnes et ses théories justes, mais que son mémoire n'est pas écrit de façon à plaire à l'empereur. Il l'engage à s'adresser directement à M. de Sonnenfels à Vienne, homme d'État de grande réputation, possédant la confiance de Joseph II, et affilié lui-même à l'Illuminisme *. A cette lettre est jointe une note signée Machiavel, émanant d'un autre membre de l'ordre auquel le mémoire de Pestalozzi avait été communiqué; « Machiavel» juge aussi que le mémoire est trop défectueux sous le rapport du style, de la méthode et de la clarté pour pouvoir être présenté à l'empereur; il ajoute cette observation assez inattendue : « Si le sieur P., comme son style semble l'indiquer, manie plus facilement le français que l'allemand, il vaudrait mieux qu'il rédigeât ses pensées en français, et qu'il les fît traduire ensuite en allemand par quelque personne capable ».

Le projet de Pestalozzi de chercher un établissement à l'étranger le préoccupait dès 1778 2 ; et nous voyons par sa correspondance avec Iselin que celui-ci l'encourageait dans cette idée et lui faisait entrevoir la possibilité cle trouver des protecteurs à Vienne 3. Il est très

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