Coin m uni cation faite à la Société littéraire cl'Eutim
débourser si j'avais accepté son offre. Ma femme et moi résolûmes donc de garder Neuhof, malgré notre détresse, et préférâmes la continuation de notre misère momentanée à l'acceptation d'un bienfait qui nous eût, au fond, placés dans une situation financière inférieure à la valeur réelle de notre propriété. L'avenir prouva que nous avions raison, et mon petit-fils récolte aujourd'hui les fruits de notre persévérance. Mais Battier ne voulut voir dans ma décision qu'un entêtement déraisonnable. Un riche négociant argovien, qu'il avait chargé de prendre des informations exactes sur l'état de Neuhof et sur sa valeur, s'était aperçu sans doute que l'achat de mon domaine pour un morceau de pain constituerait une excellente spéculation ; ce négociant se fit délivrer, par des paysans dont les terres touchaient aux miennes et qui avaient tout intérêt à les décrier dans l'espoir de les racheter à vil prix, des déclarations légalisées certifiant que ma propriété était sans valeur. Naturellement, après cet incident, mon état de détresse financière se trouva encore plus grand, et il ne fit que s'accroître jusqu'au moment de la révolution helvétique l.
Nous aurons à revenir encore, dans le chapitre suivant, sur cette liaison de Pestalozzi avec le négociant de Bàle.
1. Schwanengesang . p. 223. — Cet incident avait laissé à Pestalozzi une certaine amertume, — qui ne l'empêcha pas de continuer avec Battier des relations amicales, puisqu'il lui dédia la quatrième partie de Léonard et Gertrude en 1787 et lui emprunta 5000 florins en 1790, — mais qui* plus tard lui fit porter sur l'attitude du négociant bâlois à son égard un jugement d'une injuste sévérité. C'est ainsi qu'on lit dans les Souvenirs de Henning (Schulrath an der Oder, III, p. 184) : « Sur Battier aussi, qui avait montré de l'intérêt pour ses projets et lui avait même témoigné de l'amitié, sur Battier, qu'il regardait comme un ami fidèle et éprouvé et dans les bras duquel il s'était jeté, Pestalozzi dut reconnaître qu'il s'était trompé (auch in Battier musste sich Pestalozzi getûuscht finden) ».