Voir la note 3 de la page 4L
L'essai intitulé Sur la législation et V infanticide i avait été rédigé en 1780 et 1781 2; l'auteur nous apprend qu'il s'agissait de répondre à cette question, pour la solution cle laquelle un prix de cent ducats avait été proposé3 : «Quels seraient les meilleurs moyens à employer en vue de prévenir l'infanticide?» Pour faire connaître l'esprit dans lequel l'ouvrage est composé, il suffit de citer l'énumération des causes cle l'infanticide, telles que Pestalozzi les indique : ce sont la perfidie des séducteurs, la rigueur des lois pénales édictées contre les filles-mères, la pauvreté, les circonstances où vivent beaucoup de filles en service, la crainte de la sévérité des parents ou tuteurs, le rigorisme hypocrite des mœurs, des antécédents vicieux, enfin les conditions spéciales où se trouve la fille-mère à l'heure de son accouchement. Au nombre des réformes que Pestalozzi réclame, on remarque l'abolition de la peine de mort.
La deuxième partie de Léonard et Gertrude 4 fut écrite
1. Ueber Gesetzgebung und Kindermord; Warhrheiten und triiume, Nachforschungen und Bilder. Vom Ver fasse?: Lienhards und Gertrud. Geschrieben 1780. Herausgegeben 1783. Frank furi und Leipzig, auf Kosten des Verfassers.
2. « J'écris sur les lois contre l'infanticide. » (Lettre de Pestalozzi à Iselin, du 4 janvier 1781.)
3. Ce prix avait été annoncé dans les Rheinische Beitruge, et l'annonce fut reproduite dans les Éphémérides d'Iselin, numéro de novembre 1780. Les juges du concours devaient être le bourgmestre von Dallberg à Erfurt, le professeur Michaëlis à Gœttingue, et le conseiller aulique Rigal à Mannheim. Le délai pour l'envoi des manuscrits était la Pentecôte de 1781. Le mémoire de Pestalozzi ne fut pas présenté au jury; l'auteur aurait désiré le vendre à un libraire de Bàle pour en retirer un profit immédiat. (Lettre de Pestalozzi à Iselin, du 13 février 1781.) Mais ses négociations successives avec le libraire Flick à Bâle, puis avec le libraire Weygand à Leipzig, n'aboutirent pas, et Pestalozzi finit par faire imprimer son mémoire à ses propres frais.
4. Lienhard und Gertrud. Fin Buch fûr's Volk, Zweiter Theil. Francfort et Leipzig, 1783,
dans les premiers mois de 1783 i et parut à la fin de l'année 2 . L'auteur avait renoncé à l'enseignement direct, au procédé didactique employé dans Christophe et Else, et était revenu à sa première manière. Les personnages sont les mêmes dans la deuxième partie de Léonard et Gertrude que dans la première ; il faut noter cependant que Gertrude y tient beaucoup moins de place : elle ne paraît que dans trois ou quatre chapitres sur soixante-dix; tout le reste du livre est consacré au récit des méfaits de divers complices de Hummel, et de la punition que leur inflige Arner, ainsi qu'à une biographie rétrospective de l'ancien bailli. Pestalozzi s'en excuse : « J'aimerais tant, s'écrie-t-il, à parler beaucoup de cette femme, et je trouve si peu à dire d'elle, tandis qu'il me faut parler si longuement de la bande des coquins 3 ! » Et c'est alors qu'il a recours à une belle comparaison, souvent citée :
Lecteur, je voudrais pourtant chercher pour toi une image de cette femme, afin qu'elle apparaisse vivante devant tes yeux, et que sa silencieuse activité te devienne â jamais inoubliable. Ce que je vais dire est beaucoup; mais je ne crains pas de le dire. Ainsi chemine dans sa voie, du matin au soir, le soleil de Dieu. Ton œil ne voit pas ses pas, ton oreille n'entend pas sa marche; mais à son coucher tu sais qu'il se lèvera de nouveau et continuera à réchauffer la terre, jusqu'à ce que les fruits en soient mûrs. Cette image de la grande mère 4, qui vivifie la terre de ses rayons, est l'image de Gertrude, et de toute femme qui
4. Pestalozzi annonçait à Zinzendorf, en juin, que le manus* crit en était presque terminé.
2. Un exemplaire put en être envoyé par Pestalozzi à Zinzendorf le 30 décembre.
3. Chap. xxiii, p. 306. Nous citons toujours Léonard et Gertrude d'après l'édition du Musée pestalozzien de Zurich.