Fichte avait épousé en octobre 1793 une amie de Mine Pes
et qui vint plusieurs fois le voir dans sa retraite. Une lettre du littérateur allemand Fernow contient le récit d'une de ces visites, dans laquelle il avait accompagné Fichte et son ami le poète danois Baggesen. « Nous suivîmes, dit-il, pendant deux heures la rive droite du beau lac de Zurich , puis nous traversâmes le lac pour nous rendre à Richtersweil, grand village situé à deux lieues plus loin. C'est là que réside un certain savant (ein gewisser Gelehrter) nommé Pestalozzi, qui s'est fait connaître entre autres par le livre populaire suisse intitulé Léonard et Gertrude. Baggesen désirait faire sa connaissance. C'est un homme entre quarante et cinquante ans, laid et marqué de la petit vérole, simple dans ses vêtements et son extérieur, comme un paysan, mais si plein de sentiment que peu d'hommes l'égalent et que Baggesen seul le surpasse sous ce rapport; il est plein également d'une excellente philosophie pratique, qui respire dans tous ses écrits. Avec ces deux hommes, les heures passaient comme des secondes, et ces jours me procurèrent beaucoup d'heureux instants *. »
Si Pestalozzi pouvait lutter de « sentiment » avec le lyrique Baggesen, il savait aussi raisonner avec Fichte. « J'ai constaté avec satisfaction, écrit-il à Fellenberg, en m'entretenant avec Fichte, que j'étais arrivé par mes expériences personnelles à peu près aux mêmes résultats que la philosophie kantienne 2. » La liaison entre Fichte et Pestalozzi se transforma bientôt en une solide et durable amitié : le philosophe allemand resta
talozzi, MUe Johanna Rahn, de Zurich, nièce de Klopstock. Sur les relations entre Pestalozzi et Fichte, voir les Pestalozzi-Blàtter, 1884, pp. 50-51