Lettre du 16 janvier
toujours en correspondance avec le pédagogue suisse, et en 1807, dans ses Discours à la Nation allemande, rendit à sa méthode d'éducation un éclatant hommage.
C'est au séjour à Richtersweil qu'appartient une lettre célèbre, écrite à Nicolovius (1er octobre 1793), et dans laquelle Pestalozzi déclare qu'il n'est pas chrétien 1 . Elle est trop longue pour que nous puissions la reproduire ici ; il suffit d'en citer le passage essentiel : ce Tu connais la manière de voir de Glùlphi, dit-il à son correspondant; c'est la mienne : je suis incrédule... Le christianisme, à mes yeux, n'est pas autre chose que la modification la plus pure et la plus noble de la doctrine de la suprématie de l'esprit sur la chair... Mais je ne crois pas que beaucoup d'hommes soient capables d'être chrétiens; je crois le gros de l'humanité aussi peu fait pour réaliser cet ennoblissement intérieur de l'être, que pour porter des couronnes... J'admets que le christianisme soit le sel de la terre; mais, si haut que j'estime ce sel, je crois que For, la pierre, le sable, les perles ont leur valeur, indépendante de ce sel, et que toutes ces choses ont leur ordre et leur utilité propres... Voilà, ami, ce que j'ai à dire pour cette fois sur mon non-christianisme 2. »
1. Cette lettre a été citée pour la première fois par Heussler clans sa brochure Pestalozzïs Leistungen im Erziehungsfache, Bâle, 1838, pp. 80-81.11 la tenait de son ami W. Gamper, pasteur à Winterthour, qui, à l'époque de ses études à Berlin, s'était trouvé en rapports avec Nicolovius et avait obtenu de celui-ci la permission de copier ce document. La lettre a été ensuite réimprimée clans une autre brochure publiée à l'occasion du centième anniversaire de la naissance de Pestalozzi : Vortriige gehaUen bel der Pestalozzifeier in Base!, 1846, pp. 31-33.
2. Voici, dans le texte original, les phrasés que nous avons traduites :
« Du kennest Glùlphis Stimmung — sie ist die meinige — ich
Nous aurons l'occasion tout à l'heure de revenir sur ce sujet.
Pestalozzi se trouvait cle nouveau à Richtersweil lorsqu'éclatèrent les troubles connus dans l'histoire suisse sous le nom d' « affaire du mémorial ». Les bourgeois de Zurich jouissaient, sur tout le territoire du canton, d'un monopole commercial; les habitants des campagnes devaient acheter d'eux le tabac, le sucre, le café, le coton, matière première de leur industrie; le coton, une fois filé et tissé, devait être blanchi dans la ville et ne pouvait être vendu qu'à un bourgeois. La commune de Stâfa ayant adressé au gouvernement zuricois un mémorial pour demander l'abolition de ce monopole (novembre 1794), il y fut répondu par des condamnations à l'amende, à l'exil et à la prison. Sur ces entrefaites, le boursier de la commune, Bodmer, découvrit dans les archives de Stafa deux anciennes chartes de 1489 et de 1532 qui accordaient aux paysans la liberté d'industrie et l'admission aux emplois de l'État; appuyés sur ces documents, les habitants des communes du bord du lac osèrent élever la voix et réclamer les droits que les chartes leur garantissaient. Mais les magistrats de Zurich,
bin unglaubig... Von meinen Schicksahlen also gefiihft halte ich das Christenthum fur nichts Anders als fur die reinste und edelste Modification der Lehre von der Erhebung des Geists iiber das Fleisch... Aber .ich giaube nicht dass viele Mentschen ihrer Natur nach fehig syen Christen zu werden — ich giaube das Grose der Mentschheit so wenig einer solchen allgemeinen inneren Veredlung fehig — als ich daselbe im Algemeinen fehig giaube irdische Cronen zu tragen. — Ich giaube das Christenthum sey als Salz der Erde — aber so hoch ich dièses Salz anch schaze, so giaube ich denoch dass Gold und Stein und Sand und Perlen ihren Werth unabhangend von diesem Salz haben und dass die Ordnung und die Nuzbarkeit aller dieser Dinge unabhangend von demselben muss ins Au g gefasst werden... So vi.el Freund fiîr dies Mahl von meinem nicht Christenthum. »
résolus à réprimer les velléités d'indépendance de leurs sujets, levèrent des troupes, firent occuper Stàfa, frappèrent le village d'une lourde amende, et condamnèrent à mort Boclmer, un vieillard dont le seul crime avait été de retrouver les chartes oubliées. Lavater réussit toutefois à empêcher l'exécution de la sentence et à obtenir que la peine capitale fût commuée en celle de la détention perpétuelle (1795). Pestalozzi, le « démocrate », avait été naturellement mêlé à cette affaire. Nous voyons, par des lettres de Lavater et de Baggesen \ qu'on le soupçonna un moment d'être le rédacteur du mémorial de Stâfa 2, et que sa liberté fut menacée. S'il ne prit pas une part directe aux revendications des campagnards, il ne cacha pas du moins la sympathie que lui inspirait leur cause, et l'on a retrouvé et publié plusieurs écrits datant de cette époque, dans lesquels il s'efforce d'amener les gouvernants zuricois à faire des concessions 3. L'un de ces écrits, adressé Aux communes des bords du lac ;, est signé : « Pestalozzi, citoyen zuricois et citoyen français ».
Les années 4796 et 4797, où Pestalozzi acheva l'élaboration de son ouvrage philosophique, furent les plus douloureuses peut-être de la longue période que nous venons de parcourir : après avoir en vain cherché de tous côtés quelque voie qui pût s'ouvrir à son besoin d'activité, il avait dû reconnaître son impuissance; l'âge était venu, et désormais toute perspective encou-