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crée une espérance par delà le tombeau, parce que la vertu seule n'aurait pas assez d'attrait pour lui et qu'il sent le besoin d'y joindre la perspective d'une récompense J . Ces formes inférieures de la religion reposent sur des croyances erronées; toutefois, comme elles répondent à des besoins que l'homme éprouve en tant qu'animal et en tant qu'être social, elles ont leur utilité. « L'homme doit respecter l'erreur de la religion naturelle et l'imposture de la religion d'État, aussi longtemps qu'elles peuvent contribuer à produire la disposition intérieure qui est l'essence même de la vraie religion ; il ne doit pas les respecter, si elles produisent la disposition contraire. La nature conduit ellemême l'homme dans cette voie : elle lui a donné la faculté d'approprier par une transformation intérieure toute religion aux besoins de sa conscience 2. »
Voilà donc la conclusion de Pestalozzi, qui, dans la pratique, se rapproche beaucoup de celle du Vicaire savoyard : accepter les religions établies, mais en se réservant de transformer à son propre usage, par une interprétation personnelle, la religion dans laquelle le hasard vous a fait naître. Grâce à cette doctrine, il pourra s'accommoder des formes extérieures du christianisme ; comme il n'attache d'importance qu'au résultat moral, le dogme et les pratiques du culte restent pour lui chose indifférente.
La page qui sert d'épilogue aux Recherches nous révèle le profond découragement avec lequel Pestalozzi, jetant un regard en arrière sur sa vie perdue, contemplait à ce moment sa destinée. C'est par cette « lamentation », comme il l'a lui-même appelée, qu'il convient de terminer cette première partie de sa biographie :
Je connais un homme en qui résidait la candeur de l'innocence et une foi dans les hommes que peu de mortels connaissent; son cœur était fait pour l'amitié, l'amour était sa nature et la fidélité son penchant le plus intime. Mais il n'était pas fait pour le monde, il n'était propre à y occuper aucune place. Et le monde, qui le trouva ainsi, ne demanda pas si c'était par sa propre faute ou par la faute d'autrui; il le brisa de son marteau de fer, comme le maçon brise une pierre inutile, dont les fragments ne sont bons qu'à remplir les interstices. Ainsi brisé, il croyait encore à l'humanité plus qu'à lui-même; il se proposa une tâche, et pour s'y préparer il apprit au milieu de sanglantes douleurs ce que peu de mortels eussent pu apprendre. Il ne pouvait plus être placé aux premiers rangs, et il n'y prétendait pas non plus; mais, pour sa tâche spéciale, nul ne pouvait être plus utile que lui. Il attendit alors la justice de ses semblables, qu'il aimait toujours avec candeur. Mais il ne l'obtint pas. Les gens qui se constituèrent ses juges, sans l'avoir entendu, persistèrent à déclarer qu'il était impropre à tout usage. Ce fut là le grain de sable jeté dans la balance, qui décida de sa ruine. Il n'est plus; tu ne le connais plus; ce qui reste de lui ne sont plus que les débris de son existence foulée aux pieds.
Il est tombé ; ainsi tombe de l'arbre un fruit encore vert, quand le vent du nord l'a blessé dans sa fleur et que des vers rongeurs ont dévoré ses entrailles. Passant, accorde-lui une larme; lorsqu'il tomba, il inclina encore sa tête contre le tronc aux branches duquel il avait vécu son été maladif, et murmura : « Je veux, en mourant, fortifier encore ses racines «.Passant, épargne le fruit tombé qui se décompose, et laisse la poussière de ses débris fortifier encore les racines de l'arbre aux branches duquel il a vécu son été maladif *.
1. Cette page caractéristique mérite d'être donnée in extenso dans la langue originale. La voici :
« Tausende gehen, als Werk der Natur, im Verderben des Sinnengenusses dahin, uncl wollen nichts mehr.
« Zehntausende erliegen unter der Last ihrer Nadel, ihres Hammers, ihrer Elle und ihrer Krone, und wollen nichts mehr.
« Ich kenne einen Menschen, der mehr wollte; in ihm lag die Wonne der Unschuld uncl ein Glauben an die Menschen, den wenige Sterbliche kennen, sein Herz war zur Freùndschaft ge-
schafïen.Liebe war seine Natur und Treu seine innigste Neigung.
« Aber er war kein Werk der AVelt, er passte in keine Ecke derselben.
« Und die Welt, die ihn also fand, und nicht fragte, ob durch seine Schuld, oder durch die eines andern, zerschlug ihn mit ihrem eisernen Hammer, wie die Maurer einen unbrauchbaren Stein zum Lûckenfûllen zwisehen den schlechtesten Brocken.
« Noeh zerschlagen glaubte er an das Menschengeschlecht mehr aïs an sich selber, setzte sich einen Zweck vor, und lernte uiiter blutigen Leiden fur diesen Zweck. was wenige Sterbliche konnen.
« Allgemein brauchbar konnte er nicht mehr werden, und er wollte es auch nicht; aber fur seinen Zweck wurde er es mehr als irgend einer: er erwartete jetzt Gerechtigkeit von dem Geschlecht, das er noch immer harmlos liebte. Er erhielt sie nicht. Leute, die sich zu seinen Richtern aufwarfen, ohne ein einziges Verhor, beharrten auf dem Zeugniss. er sei allgemein und unbedingt un brauchbar.
« Das war das Sandkorn auf der stehenden Wage seines Elends.
« Ër isl nicht mehr. du kennst ihn nicht mehr: was von ihm iibrig ist, sind zerriittete Spuren seines zertretenen Daseins.
« Er fiel: so fâllt eine Frucht,wenn der Nor-dwind sie in ihrer Bliithe verletzt und nagende Wûrmer ihre Eingeweide zerfressen, unreif vom Baum.
« Wanderer. weihe ihr eine Zahre, sie neigte noch im Fallen ilir Haupt gegen den Stamm, an dessen Aesten sie ihren Sommer durchkrankte, und lispelte dem Horchenden hôrbar : « Ich « will dennoch auch in meinem Vergehen seine Wurzeln noch a stârken ».
«- AVanderer, schone der liegenden sich auflôsenden Frucht, und lass den letzten Staub ihres Vergehens die Wurzeln des Baums noch starken.an dessen Aesten sie ihren Sommer durchkrankte. »