CEuvres, t. X, pp
Les événements du Nidwald, qui amenèrent la création de l'orphelinat de Stanz, ont été le plus souvent présentés sous un faux jour; et on a en particulier négligé de faire connaître l'opinion de Pestalozzi luimême sur ce sanglant épisode de l'histoire de la Pvépublicfue helvétique. Nous exposerons les faits en peu de mots.
Des mesures qui atteignaient le clergé dans ses intérêts (suppression de la dîme, séquestre mis sur les biens ecclésiastiques, etc.) avaient amené un nouveau soulèvement à Schwytz et clans le Nidwald. Des prêtres fanatiques, soudoyés par l'Autriche, excitèrent les montagnards des petits cantons à prendre les armes, leur promettant le secours des légions célestes et celui des soldats de l'empereur. Grâce aux efforts de magistrats patriotes, il fut possible de calmer l'effervescence du peuple de Schwytz , et de prévenir dans ce district l'effusion du sang. Mais les insurgés du Nidwald refusèrent absolument d'écouter les propositions de paix que le gouvernement helvétique leur adressa; et, après avoir épuisé tous les moyens de conciliation, le Directoire se vit obligé d'employer la force. Lorsque le dernier délai qui avait été accordé aux rebelles pour faire leur soumission fut écoulé, le i) septembre, l'armée de Scbauenbourg marcha sur Stanz.
Voici ce que Pestalozzi écrivait au moment même où Schauenbourg recevait l'ordre d'occuper le Nidwald :
L'heure est venue où le salut de la patrie va probablement devoir être acheté au prix du sang de quelques égarés, dont le cœur n'est sans doute pas entièrement mauvais, mais qui, par leurs actes criminels, sont devenus des rebelles et des traîtres à leur pays. Pleurez, citoyens!
Que le sang de tout compatriote vous soit sacré; mais que le bien de la patrie vous soit plus sacré que le sang des rebelles. Il faut que la patrie soit sauvée, — et Dieu prenne pitié des malheureux dont nous ne pouvons plus aujourd'hui ménager les biens et la vie sans immoler la patrie elle-même à leur crime! Oui, malheureux, la patrie pleure sur vous; elle prendra soin de vos veuves et de vos orphelins; mais il faut qu'elle mette un terme à vos crimes, et elle se doit à elle-même et au monde de faire connaître toute la folie par laquelle vous avez attiré sur vous votre infortune J.
Et il fait le tableau suivant de l'état moral de ces petits cantons dits ce démocratiques », où les abus du passé trouvaient leurs derniers défenseurs, et les principes de la révolution leurs plus acharnés adversaires :
Toute l'Europe a eu de vous jusqu'à présent une idée fausse; elle croyait que dans vos montagnes existaient encore l'innocence, des mœurs pures et des vertus civiques... Mais ceux qui vous voyaient de près ne pouvaient se dissimuler que la masse de votre peuple était entretenue à dessein, et pour l'avantage de vos chefs, dans la stupidité et la fainéantise... Toujours vous avez foulé aux pieds les droits les plus sacrés, lorsque vous y trouviez le moindre profit; toujours vous vous êtes montrés hostiles à quiconque était riche, à quiconque était instruit, actif et intelligent... Oui, vous n'êtes plus qu'un peuple prêt à toutes les violences, un peuple sans lois ; la religion et la conscience ne réfrènent plus parmi vous la cupidité, la cruauté, l'ambition; des intrigants achetés vous conduisent où ils veulent 2.
On sait comment, après une lutte de quelques heures, l'armée française s'empara de toutes les positions défendues par les insurgés; on sait aussi quels excès suivirent la victoire : des femmes et des enfants